Les Birmans voient venir les élections avec l'envie d'y participer

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Les Birmans voient venir les élections avec l'envie d'y participer

Message  Admin le Mer 21 Avr 2010 - 6:04

La société civile tente de se faire entendre à l’occasion du scrutin, même si chacun sait qu’il a été conçu sur mesure pour la junte

«C’est une occasion que nous ne pouvons pas nous permettre de manquer. » Dans le bureau de son ONG, dans une petite rue tranquille à l’écart de l’agitation de Rangoun, Soe Min (1) en est convaincu. Membre de l’ethnie Chin, l’une des nombreuses minorités birmanes, il compte bien se porter candidat aux élections législatives annoncées par la junte pour la fin de cette année.

Le scrutin, le premier organisé en vingt ans par la dictature militaire, est pourtant dénoncé comme une « escroquerie » par l’opposition en exil et par beaucoup d’observateurs internationaux. Fin mars, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), vainqueur des élections de 1990, a décidé de le boycotter.

Sa dirigeante, Aung San Suu Kyi, toujours en résidence surveillée, ne peut y prendre part, car les lois électorales interdisent aux personnes emprisonnées d’être candidates. Plutôt que d’exclure la lauréate du prix Nobel de la paix, la LND a préféré se retirer, jetant le doute sur la crédibilité des élections.
"La Constitution est injuste"

La perspective d’un scrutin libre, conforme aux standards internationaux, semble lointaine. « La Constitution est injuste, elle est conçue pour les militaires. Je ne veux pas aller voter, cela n’aurait aucun sens », regrette Min Win, un guide touristique de Rangoun. Adopté en 2008, le texte accorde une minorité de blocage aux militaires : 25 % des sièges du futur Parlement leur seront réservés. Il faudra au moins 75 % des voix des députés pour valider les lois. Mais le vote lui-même pourrait être relativement transparent.

Selon les lois électorales, le décompte des voix sera fait localement, devant les candidats. « Ce sera plus difficile pour le gouvernement de tricher que si tout était centralisé à Naypyidaw, la capitale », estime Maung Naing, rédacteur en chef d’un hebdomadaire de Rangoun.

Quoi qu’il en soit, beaucoup d’acteurs de la société civile ont décidé de s’engouffrer dans la brèche. « Qu’elles soient libres ou non, ces élections sont le premier espace que nous ayons depuis 1990. Il faut faire avec », argumente Soe Min. Il voit dans le scrutin l’occasion, pour les civils, de faire un premier pas, même minime, dans l’administration du pays.

« Je n’ai aucun doute sur le nom du vainqueur. Mais d’ici aux élections suivantes, en 2015, nous pourrons former les gens, travailler avec les députés. Les changements politiques de qualité prennent du temps. Plus que les manifestations de rue. »
L'éducation des électeurs : un enjeu crucial

Les journaux privés, dont le nombre a explosé depuis quelques années, tentent d’informer leurs lecteurs sur le processus électoral. « Nous ne pouvons pas écrire sur la LND et sur Aung San Suu Kyi. Mais nous pouvons expliquer en quoi consiste l’élection, ce qu’elle signifie », explique Maung Naing.

En dehors de Rangoun et des grandes villes, la tâche se complique. Pour les Birmans les plus pauvres et les moins éduqués, la priorité reste la survie quotidienne, bien loin des débats politiques. « Les radios basées à l’étranger peuvent nous aider dans ce travail, car la radio est un média très écouté dans les régions rurales », souligne le journaliste. La BBC et Voice of America, entre autres, diffusent des programmes en birman très écoutés dans tout le pays.

L’éducation des électeurs est un enjeu crucial. La moitié des Birmans ont moins de 30 ans. Beaucoup de votants glisseront donc un bulletin dans l’urne pour la première fois de leur vie. Dans la rédaction de Maung Naing, il a fallu expliquer aux reporters, âgés de 20 à 30 ans, ce qu’étaient un parlement et une circonscription.
Les jeunes s'intéressent à la politique

« Depuis les manifestations des moines en 2007, les jeunes s’intéressent davantage à la politique. On apprend beaucoup sur Internet », explique Moe Naing, 28 ans, qui tient un blog en plus de son travail de journaliste. Rangoun compte des centaines de cybercafés. Des sites comme Facebook, épargnés par la censure, permettent aux jeunes de communiquer et de discuter des événements.

Pour la jeune génération, la participation de la LND et d’Aung San Suu Kyi n’est pas forcément un élément décisif. « Bien sûr, elle reste un modèle, mais nous devons aussi avancer sans elle. Moi, je trouve ces élections très excitantes, j’ai envie de m’impliquer », s’enthousiasme Mie Thet, étudiante à l’Egress, un organisme de formation professionnelle pour la jeunesse.

La principale interrogation reste pour l’instant l’identité des candidats. Les partis ont jusqu’au 7 mai pour s’enregistrer officiellement. Une dizaine de formations se sont déjà déclarées. Certaines sont clairement téléguidées par la junte. Quelques-unes, comme le Parti démocrate, sont dirigées par d’anciens prisonniers politiques.

(1) Les noms ont été modifiés.

Claire MARLI à Rangoun

source http://www.la-croix.com/
avatar
Admin
Admin

Messages : 4881
Date d'inscription : 31/05/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Les Birmans voient venir les élections avec l'envie d'y participer

Message  asiaonly le Mer 21 Avr 2010 - 16:57

Une leçon a retenir de la suisse...?

Une tradition qui perdure depuis des siècles dans certaines parties de la suisse: La Landsgemeinde.
Il s'agit d'une assemblée législative qui réunit tous les citoyens sur la place du village. Les questions sont posées a voix haute et les votes se font à main levée.
Transparence et démocratie Xtrem



avatar
asiaonly
Admin

Localisation : sawiselèèèène
Messages : 1294
Date d'inscription : 01/06/2009

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum