Cambodge - Balade, les monochromes du Ratanakiri

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Cambodge - Balade, les monochromes du Ratanakiri

Message  Admin le Ven 28 Mai 2010 - 5:56

Rouge, vert, bleu. Comme les pierres précieuses qui enrichissent le sous-sol de cette région et qui lui a donné son nom. Ratanakiri ou « la colline aux pierres précieuses ». Là-bas, les couleurs ne se mélangent pas, ou très peu. Elles s’unissent dans le paysage sans jamais se fondre, comme ses pierres que l’on réunirait pour mieux en admirer la teinte

Rouge
La route, la terre. On en avait déjà connu de la poussière, sur les routes, mais celle-ci a quelque chose de plus vif, de plus frappant. Sans doute le vert, autour, rend le rouge plus agressif, plus lumineux. Et elle colle, cette route, elle déteint sur vos vêtements, sur vos chaussures, comme si chaque passager se devait de porter sa marque, pour ne pas détonner dans le paysage, pour être assorti au Ratanakiri. A son rouge sang, pur, profond. Qui jamais ne vire vers l’orange, qui jamais ne tourne au noir. Son rouge constant, pur, profond. La frontière entre la province de Kratie et la dernière province du nord-est, se démarque comme une fracture. Alors que nous roulions sur une route large, blanchie par les travaux, escortée de quelques rares arbres, nous tournons dans un sentier. La terre a pris son teint cramoisi, la jungle se resserre sur nous. Point de sentier en fait, il s’agit bien de la route principale pour Ban Lung. Le panneau nous informe dans ce sens : "Bienvenue dans le Ratanakiri". Ecrit à l’encre rouge, bien sûr.

On ne cessera plus de pénétrer un univers épais mais étrangement libre. Enfoncée dans la jungle, prenant de l’altitude, la route nous élève parfois jusqu’à la crête des collines que nous traversons. Le paysage s’expose à nos yeux charmés. Et le vert dense qui nous assiège vient parfois se briser contre le rouge, au loin, en ligne nette. Aucun mélange, aucun débordement. Juste un trait qui passe entre les arbres de jade. La route vers Ban Lung, capitale du Ratanakiri, est parsemée de ponts de bois traversant des rivières asséchées. Elles ne le seront plus longtemps. Mais il sera difficile de s’en rendre compte. A la saison des pluies, la route est presque impraticable. A voir les sillons creusés par les orages passés, à voir les abords dégoulinant de poussière, à voir les trous et les bosses autour desquelles zigzaguent voitures et motos, on n’imagine que trop bien la perversité de cette terre ramollie par une lourde averse.

Bleu
Le ciel, l’eau. Certes, il y a ces petites rivières mortes sur le chemin, mais le Ratanikiri n’en reste pas moins riche en eau. La rivière Tonle San parsème la province de multiples cascades. Certaines, petites, ne sont que des escaliers de roches. L’eau y est chaude, masse doucement les baigneurs assis juste au-dessous. D’autres encore, sont plus fortes, plus violentes. Ces dernières offrent soit le plaisir de les contempler depuis un pont de bois suspendu, les pieds dans le vide, le visage baigné des rayons du soleil et des éclaboussures, soit elles invitent à une vraie baignade dans un bassin naturel.

Deux lacs accueillent baigneurs et légendes. Tout près de Ban Lung, un cercle parfait s’est rempli d’eau, tout juste au milieu de la forêt. L’eau n’y est jamais troublée. Le ciel, lui, entoure la province comme si elle flottait dans les airs. Ratanikiri ou la Province dans le ciel. Le rouge et le vert viennent ainsi se blottir dans un écrin si bleu qu’il nous semble voir la mer.

Vert
Les arbres, la jungle. Sans doute en est-il différent à la saison des pluies. Sans doute, n’est-ce que le fait de la saison sèche : aucune fleur aux couleurs chatoyantes ne vient nullement troubler l’ordre vert. Les troncs se sont recouverts de mousse émeraude tandis que les feuilles se teintent d’une couleur plus fluo. Il faut partir à dos d’éléphant, s’enfoncer avec lui dans la jungle, s’éloigner de la route. Alors, lorsque les bruits de la forêt se seront refermés sur vous, simplement entrecoupés des sons mélodieux du guide parlant en langage indigène, lorsque le vert sera partout autour de vous, vous aurez l’étrange impression de vouloir vous sentir sauvage. Vous toucherez les lianes accrochées en arabesques, les arbres aux formes incroyables. Bien que seul votre guide puisse vous sortir de cet "univert", jamais l’impression d’être emprisonnés ne vous saisira. Vous sentirez autour de vous la vie secrète d’animaux que vous ne savez pas voir. Vous entendrez des sons étranges. Vous laisserez la nature fraîche vous envahir, vous rendre soudain petit rien au milieu du magnifique. Et si pouviez descendre de votre monture, nul doute que vous iriez vous perdre plus loin encore, dans les bois inconnus.

Mais dépêchez- vous. Les arbres centenaires tombent sous la main de l’homme qui veut rentabiliser les terres en cultivant le caoutchouc. Les plantations d’hévéas poussent partout. Les arbres penchent la tête, fatigués certainement, par la perte de leur vie s’écoulant le long des saignées blanches. Malgré cela les trois monochromes demeurent, survivent, et font resplendir le Ratanakiri comme l’une des plus belles parures du Cambodge

source http://www.lepetitjournal.com/sortir-cambodge/balades-et-decouvertes-cambodge/58377-ballade-les-monochromes-du-ratanakiri.html
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