La lutte contre le sida dans les bordels de Rangoon

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La lutte contre le sida dans les bordels de Rangoon

Message  Admin le Mar 20 Juil 2010 - 9:04


"Mon mari est mort, explique-t-elle. Je suis restée seule pour élever mes deux garçons", explique une prostituée

En Birmanie, l'un des points chauds de l'épidémie de VIH sur la planète, des éducateurs sillonnent les lieux de prostitution pour étendre l'usage du préservatif. Reportage dans un pays fermé aux journalistes.

Accablés par la chaleur de l'après-midi, quelques habitués devisent mollement sous l'auvent du centre de Médecins du monde, une bâtisse discrète d'un quartier résidentiel de Rangoon. Des femmes, surtout, portant le chemisier et la longue jupe traditionnelle. Ce sont des prostituées, venues ici incognito. Khin* accepte, à contrecoeur, de témoigner. Depuis trois ans, l'ONG fournit à cette femme, séropositive, les antirétroviraux sans lesquels elle ne serait plus de ce monde.
Ses longs cheveux noirs relevés par une pince, la mère de 37 ans résume en deux phrases comment le destin l'a précipitée tout en bas de l'échelle sociale, juste au-dessous des conducteurs de cyclo-pousse qui vivent de la force de leurs mollets. "Mon mari est mort, explique-t-elle. Je suis restée seule pour élever mes deux garçons."
L'an dernier, Khin a été condamnée à un mois de prison pour racolage. Elle a soudoyé les gardiens pour sortir au bout de deux semaines. Avant de prendre congé, elle enfouit au fond d'un sac à dos le gros flacon de 60 comprimés fourni pour le mois. Dehors, personne ne doit rien soupçonner.
Elle le sait, sa vie tient du miracle. En Birmanie, les médicaments disponibles contre le VIH permettent de soigner à peine 15% des personnes qui en auraient besoin. Cette pénurie provoque plus de 20 000 décès chaque année dans un pays à peine moins peuplé que la France. La jeune femme a été sauvée par le plan national de lutte contre le sida. Un plan modèle, conçu en 2005 par l'agence spécialisée des Nations unies, Onusida, cité en exemple dans le monde entier.
Ce programme fixe comme priorité n°1 d'impliquer les "travailleurs du sexe". "Il fut d'emblée adoubé par la junte, qui se désintéresse des questions de santé", se souvient Françoise Sivignon, responsable depuis huit ans des missions de Médecins du monde dans le pays. L'enjeu dépasse d'ailleurs les frontières. Avec plus de 1% de sa population touchée par le virus, la Birmanie fait figure de menace - au côté de la Thaïlande - pour l'ensemble de l'Asie du Sud-Est.
"Faute de traitement, les prostituées ne voient pas l'intérêt de se savoir malades"

Sauver les prostituées d'abord? Etrange paradoxe, pour une dictature, que d'offrir de meilleures chances de survie aux femmes "de mauvaise vie". C'est qu'en Birmanie, 1 prostituée sur 5 est séropositive. Les relations sexuelles tarifées constituent le principal vecteur de l'épidémie. D'où l'obsession des ONG, chargées de mettre en oeuvre le plan Onusida: convaincre ces femmes d'utiliser le préservatif et, si possible, de passer le test de dépistage.
Seulement voilà, faute de traitement, les prostituées ne voient pas l'intérêt de se savoir malades - et condamnées. Alors plusieurs organisations humanitaires les placent en tête de liste pour l'attribution gratuite de médicaments. Une stratégie judicieuse, dans une pure logique de santé publique.
"Tout le monde, dans la pièce, feint de croire que la maquerelle donnera son autorisation"
Du QG de Médecins du monde, une voiture sort à petite allure. Direction les rues bruyantes du centre-ville et ses bordels clandestins. Leurs pensionnaires, très jeunes et étroitement surveillées, ne fréquentent pas les centres de santé. Alors Than*, un travailleur social, vient à leur rencontre, en compagnie d'une ancienne prostituée. Le véhicule s'arrête au pied d'un immeuble en béton, coincé entre une échoppe de chaussures et une pharmacie. Au dernier étage, la porte du palier s'ouvre sur une grosse femme qui, d'un signe, fait dérouler des nattes sur le sol en ciment pour installer ses visiteurs. Du papier journal masque les fenêtres jusqu'à mi-hauteur.

Légères et silencieuses, les filles arrivent les unes derrière les autres. Cinq gamines effrayées, épaisses comme des sauterelles, tirant sur leur jupe en jean pour cacher leurs croûtes aux genoux. "La gale", chuchote Than, fin observateur, sous des traits impassibles.
Devant les éducateurs, les filles se montrent de bonne composition. Oui, elles exigeront à chaque fois que le client porte un préservatif. Bien sûr, elles sont d'accord pour venir au centre et passer le test de dépistage. Tout le monde, dans la pièce, feint de croire que la maquerelle donnera son autorisation.
En fait, elle ne les laisse jamais sortir, sauf pour se rendre, dûment escortées, chez un client. "Ici, tout se passe bien, assène la dame pour signifier que la discussion est close. Sauf que je n'ai pas assez de préservatifs..." Va pour une boîte supplémentaire. Les capotes gratuites restent la meilleure technique pour forcer la porte des maisons closes.
Partout en Birmanie des éducateurs comme Than sillonnent les lieux de prostitution, parfois inattendus, toujours clandestins. Ce travail de fourmi commence à payer. Depuis trois ans, l'épidémie donne ses premiers signes de déclin, selon Onusida. Une victoire fragile. Car les fonds disponibles fluctuent en fonction de la politique internationale et des consignes de boycott visant à exercer des pressions sur la junte.

source http://www.lexpress.fr
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