Quatre icônes des droits de l'homme : Somchai, Supinya, Lu et Chee

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Quatre icônes des droits de l'homme : Somchai, Supinya, Lu et Chee

Message  Admin le Lun 2 Aoû 2010 - 19:05

Le combat pour les droits de l'homme a besoin d'icônes, de personnages au verbe haut et au coeur pur qui symbolisent un idéal de justice trop souvent bafoué. La pasionaria birmane, Aung San Suu Kyi, a même dans ce domaine acquis le rang d'idole, enfermée dans sa demeure de Rangoon depuis bientôt trois ans.
Au mois de mars, quatre “nouveaux” martyrs asiatiques de la cause des droits de l'homme ont fait la Une de l'actualité. Le premier d'entre eux, Somchai Neelaphaijit, avocat et défenseur de musulmans suspects d'appartenir au mouvement séparatiste du Sud de la Thaïlande, disparu le 12 mars 2004, a selon toutes probabilités été enlevé par des représentants des forces de l'ordre et sa famille n'a aujourd'hui plus aucun espoir de le retrouver vivant.

Angkhana, l'épouse de ce défenseur acharné des droits de l'homme, a reçu en son nom le 10 mars le Prix de la Commission asiatique des droits de l'homme (AHRC). A cette occasion, des officiels de l'ONU, des juges mondialement connus et de nombreux activistes de toute la planète ont rendu hommage à cet avocat courageux. Si cinq policiers ont récemment été jugés pour l'enlèvement de Somchai, un seul en a été reconnu coupable et le nom des commanditaires du crime n'est pas apparu une seule fois.

Heureusement, toujours en Thaïlande, la justice a par ailleurs fait le gros dos face aux pressions politiques et a acquitté Supinya Klangnarong, dans l'un des procès les plus suivis par la presse internationale depuis longtemps.

Cette jeune femme charmante et dynamique, pugnace et appliquée, a tenu tête pendant des mois à tous les avocats grassement payés de l'empire des télécoms du Premier ministre Thaksin Shinawatra, Shin Corp, - depuis janvier revendu à la firme singapourienne Temasek. Supinya, secrétaire générale de la Campagne pour la réforme des médias, s'était vu assignée en justice par Shin Corp pour avoir affirmé dans le quotidien Thai Post que la compagnie bénéficiait largement des politiques mises en place par le Premier ministre Thaksin Shinawatra. Elle risquait jusqu'à deux ans de prison et 10 millions de dollars d'amende. Dans un jugement qui fera date dans l'histoire de la liberté d'expression en Thaïlande, le tribunal pénal a acquitté le 15 mars Supinya et ses quatre co-accusés, journalistes du Thai Post. Les juges ont estimé que les compagnies cotées en bourse, comme les personnages publics, devaient être ouverts à la critique dans l'intérêt du public. La jeune activiste a bénéficié depuis le début de son procès d'une couverture médiatique internationale et du soutien des organisations de défense de la liberté de la presse comme Reporters Sans Frontières ou le «Committee to Protect Journalists» américain.

Supinya nous confiait récemment que, quelle que soit l'issue de son procès, elle continuerait son combat pour la réforme des médias et n'avait aucune envie de s'affilier à un parti politique.

Toujours en Thaïlande, le chinois Lu Decheng, qui croupit en prison depuis décembre 2004, est victime d'un bras de fer entre la Chine et le Canada. Lu est l'auteur d'une oeuvre d'art qui a particulièrement déplu au gouvernement de Pékin: c'est lui qui, en juin 1989, avait jeté de la peinture rouge sur le portrait de Mao qui orne la place Tian-an-men de Pékin. Considéré comme un des meneurs des manifestations pro-démocratie du “Printemps de Pékin”, Lu, pauvre chauffeur de bus monté de sa province du Hunan, avait été condamné à seize ans de prison. Libéré sur parole en 1998, il s'était enfui de Chine par la Birmanie en novembre 2004, avant d'être arrêté un mois plus tard par la police thaïlandaise pour entrée illégale sur son territoire.

Dans le cadre d'un programme du Haut Commissariat aux Nations Unies, Lu Decheng devait, le 14 mars dernier, s'envoler enfin pour le Canada qui avait accepté sa demande d'asile politique. Mais la Chine a eu vent de la manoeuvre et exerce aujourd'hui une forte pression sur la Thaïlande pour que Lu reste dans sa prison de Bangkok. A l'heure actuelle, les organisations de défense des droits de l'homme se mobilisent sur son cas, mais elles auraient tort de sous-estimer le poids de l'influence chinoise sur les autorités thaïlandaises: il y a quelques années, le gouvernement démocrate avait fait annuler une grande manifestation de la secte Falun Gong, interdite en Chine.

Un peu plus au sud, à Singapour, c'est le Docteur Chee Soon Juan, leader du parti d'opposition Singapore Democratic Party, qui se retrouve sous les verrous pour outrage au tribunal. Chee, qui se bat depuis des années pour un changement démocratique à Singapour, passera huit jours en prison pour avoir critiqué l'appareil judiciaire de l'île-Etat. En février dernier, le tribunal l'avait déclaré en faillite personnelle pour n'avoir pu verser 300,000 dollars de dommages et intérêt accordés aux anciens Premiers ministres Lee Kwan Yew et Goh Chok Tong dans un procès en diffamation. Le jugement de février l'a privé de certains de ses droits civiques et notamment celui de se présenter aux élections.

Derrière ces icônes des droits de l'homme, des milliers d'autres Asiatiques poursuivent le même combat, avec courage et abnégation. Mais sans l'aide de la communauté internationale, politique et associative, les murs sur lesquels ils cognent avec hargne mettront bien plus de temps à être abattus.

source http://www.gavroche-thailande.com/actualites/societe/145-quatre-ic-nes-des-droits-de-l-homme-somchai-supinya-lu-et-chee
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