Le paludisme décime la Birmanie mais déserte la campagne électorale

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Le paludisme décime la Birmanie mais déserte la campagne électorale

Message  Admin le Sam 16 Oct 2010 - 5:43

Dans un paisible village Kachin de l'extrême-nord birman, un père serre dans ses bras ses deux enfants terrassés par la fièvre. Comme eux, la moitié du village souffre du paludisme, mais à trois semaines des élections, aucun parti n'évoque ce fléau et l'aide internationale fait défaut.

Les médicaments fournis par la Convention baptiste kachin (KBC) sont épuisés depuis 15 jours, explique Tu Raw, 29 ans, dont le nom a été modifié pour des raisons de sécurité.

"Nous attendons parce que n'avons pas assez d'argent" pour aller à l'hôpital le plus proche, dit-il, réduit à frotter vigoureusement le dos de son petit garçon de trois ans pour apaiser la fièvre, laissant sur sa peau des marques semblables à celles d'un fouet.

Jusqu'à 10 millions de personnes sont contaminées chaque année par le paludisme en Birmanie, et sans doute des dizaines de milliers en meurent, selon Frank Smithuis, expert de cette maladie transmise par les moustiques.

Des chiffres qui devraient attirer l'attention des partis politiques, alors que les Birmans sont appelés aux urnes le 7 novembre pour les premières législatives depuis 20 ans. Mais dans un scrutin verrouillé par les militaires, la campagne est réduite à sa plus simple expression.

Rien ou presque sur la détresse des hôpitaux, le paludisme, la tuberculose, la dysenterie, la malnutrition, le sida.

Maung Zarni, chercheur à la London School of Economics, regrette "une absence complète d'espace pour parler sérieusement des problèmes fondamentaux : le problème n'est pas que les gens ne veulent pas parler de ces questions, mais les généraux qui prennent les décisions ne sont pas ouverts à la discussion".

La situation est d'autant plus compliquée dans les zones montagneuses impaludées et dominées par des minorités ethniques, en conflit plus ou moins larvé avec l'armée birmane, et dont des centaines de villages ne pourront pas voter pour des questions de sécurité.

"Il y a beaucoup de gens que l'on n'arrive pas à atteindre et c'est de pire en pire", admet un responsable local de la KBC, relevant que certains ne peuvent même pas s'offrir une moustiquaire.

Un tiers des 50 millions de Birmans vivent en dessous du seuil de pauvreté, et la mortalité des enfants de moins de 5 ans est presque le double de la moyenne mondiale.

La Birmanie devrait pourtant être riche avec ses hydrocarbures, pierres précieuses et autres bois rares. Mais une partie importante de ces revenus est détournée et 80% des dépenses de l'Etat vont dans l'armée et les entreprises publiques. Selon l'ONU, la Birmanie ne dépense ainsi que 0,5% de son budget à la santé.


Et si certains soins sont gratuits, les hôpitaux n'ont plus de stocks. "Environ 70% des soins sont assurés par le secteur privé, de qualité inégale et hors de portée de beaucoup", constate un expert étranger.

Les ONG font le maximum mais "c'est loin d'être suffisant", ajoute l'expert.

Malgré la pénurie de personnel dans les hôpitaux, les ONG n'y ont pas accès. Plus grave, la Birmanie, un des pays les plus pauvres de la planète, est aussi l'un de ceux qui touchent le moins d'aide étrangère, en raison des violations des droits de l'Homme par la junte, et de son isolement sur la scène internationale.

Frank Smithuis, ex-directeur de Médecins sans frontières en Birmanie, rappelle que le pays touche en moyenne 4 dollars d'aide par an et par habitant. Contre 38 au Cambodge, 50 au Laos.

Il en appelle à un afflux majeur de fonds. "Il s'agit en pratique d'un boycott humanitaire pour des raisons purement politiques. C'est un scandale".

source http://www.romandie.com/infos/news2/101015075431.ctf3fnpm.asp
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Re: Le paludisme décime la Birmanie mais déserte la campagne électorale

Message  Admin le Sam 22 Déc 2012 - 10:09

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En Birmanie, des traitements antipaludéens de moins en moins efficaces

Message  Admin le Mar 3 Sep 2013 - 10:02

Un parasite résistant se propage en Asie du Sud-Est. Il menace la Birmanie, qui concentre 75% des infections paludéennes dans le bassin du Mékong.

« La grenade est désamorcée. Ce n’est plus qu’une question de temps », s’alarme le docteur Frank Smithuis, représentant de l’ONG Action médicale Myanmar. Il y a une dizaine d’années est apparu, à l’ouest du Cambodge, un parasite responsable du paludisme et résistant à l’artémisinine, une substance tirée d’une plante chinoise qui permet, depuis une trentaine d’années, de traiter efficacement les malades.

Ce nouveau parasite s’est peu à peu propagé et il semblerait qu’il soit en train de franchir la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie. « Je ne crois pas que, pour le moment, des gens meurent en Birmanie à cause de ce problème de résistance, précise le médecin. L’artémisinine est donnée en complément d’autres médicaments, toujours efficaces. La probabilité de l’échec du traitement reste maigre, mais elle augmente. Un jour, le parasite sera complètement résistant. Il y aura plus de décès. »

Plus de quatre millions de personnes sont infectées chaque année par le paludisme en Birmanie. Plusieurs milliers en meurent. Le pays concentre environ 80 % des décès dans le bassin du Mékong, une vaste zone qui couvre le Vietnam, le Laos, le Cambodge, la Thaïlande, la Birmanie (ou Myanmar) et le sud de la Chine.

Ce triste constat s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, une population importante: il y a plus de 50 millions d’habitants en Birmanie, principalement des ruraux. Ensuite, un système de santé en piteux état, qui n’a jamais été la priorité des juntes militaires, au pouvoir jusqu’en 2011. Enfin, une aide au développement très limitée ces dernières décennies, pour des raisons politiques. « Il y avait une chose à éviter: que le parasite résistant s’installe dans ce mégaréservoir de paludisme qu’est la Birmanie, où il peut se propager. Or, il est déjà là », constate le docteur Smithuis. Dans l’est du pays, le long de la frontière thaïlandaise, les traitements permettent toujours de guérir les patients, mais plus difficilement. Les malades subissent parfois des rechutes, un nouvel accès de fièvre après une période de rétablissement prometteuse.

La découverte d’un vaccin et la mise au point de nouveaux médicaments curatifs ne sont pas d’actualité. Que faire, en attendant? « Augmenter les doses, répond le docteur Smithuis, et utiliser d’autres combinaisons de médicaments. »

En d’autres termes, revoir le protocole national de traitement. Son avis fait débat. « C’est une question qui doit être examinée par les chercheurs », explique le docteur Paul Sender, directeur du Fonds pour les objectifs de développement du millénaire en Birmanie. Il finance des interventions de lutte contre la résistance à l’artémisinine à hauteur de 30 millions d’euros sur cinq ans dans le pays. « Les travaux de recherche vont demander entre six et douze mois, poursuit-il. Le protocole ne sera pas changé dans les prochaines semaines ou mois. »

Ces efforts seront-ils suffisants? « On fait ce qu’il faut à petites doses, mais il faudrait le faire complètement, ou pas du tout », répond le docteur Smithuis, qui plaide pour des actions massives et coûteuses afin d’endiguer rapidement la progression du parasite résistant tant qu’il en est encore temps. « Il est peut-être déjà trop tard », s’inquiète-t-il. « Aurait-il été préférable de faire plus dans le passé? La logique veut que oui », concède le docteur Sender.

REMY FAVRE, à Rangoun (Birmanie)
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