Un barrage en Birmanie, symbole de l'insoumission des minorités ethniques

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Un barrage en Birmanie, symbole de l'insoumission des minorités ethniques

Message  Admin le Jeu 4 Nov 2010 - 16:19

TANG HPRE (Birmanie) - Les villageois de Tang Hpre n'ont pas le choix, ils doivent partir pour faire place à un barrage qui révolte les ethnies minoritaires rebelles. Un dossier de plus dans leur conflit avec l'armée, sans nul doute la plus grande menace à la stabilité de la Birmanie.


Des Birmans au bord de la rivière Irrawady le 8 août 2010

"Cette question de barrage, c'est une question d'identité (...). Les gens ont le sentiment d'avoir été constamment exploités", explique un militant associatif de la minorité kachin.
Car les milliers d'habitants des dizaines de villages de l'Etat kachin (nord) inondés par la construction de ce barrage n'en tireront aucun bénéfice. L'électricité produite partira chez le voisin chinois. Et les revenus générés finiront dans les caisses de la junte.
A l'heure des premières élections dans le pays depuis 20 ans, le barrage de Myitsone est donc un symbole de l'oppression de l'armée, contre laquelle les Kachins se battent depuis des décennies.
A l'image de beaucoup d'autres, parmi la centaine de groupes ethniques minoritaires, qui représentent au moins un tiers des 50 millions d'habitants de la Birmanie et n'ont jamais pacifié leurs rapports avec le pouvoir central depuis l'indépendance en 1948.
Depuis cette date, une guerre civile a éclaté entre capitale et groupes rebelles, qui réclament plus d'autonomie et de droits. Un des plus vieux conflits du monde, quoique oublié, et sur lequel repose en équilibre précaire l'unité du pays.
"Il doit y avoir un nouveau système qui respecte les droits politiques" des minorités, souligne Tom Kramer, du Transnational Institute, centre de recherche basé aux Pays-Bas. "Sans cela, les perspectives de paix et de démocratie sont bien sombres".


Des Birmans au bord de la rivière Irrawady le 8 août 2010

Dans l'Etat kachin, un cessez-le feu fragile entre l'Organisation pour l'indépendance kachin (KIO) et le gouvernement a mis fin en 1994 à ces décennies de violence, de violations des droits de l'Homme et de déplacement de population.
La KIO a été autorisée à contrôler une partie des frontières de l'Etat. Mais elle accuse le gouvernement de ne pas avoir tenu ses promesses et refuse de baisser sa garde.
"La KIO ne peut pas rendre les armes tant qu'il n'y a pas de solution politique", souligne James Lumdau, un de ses responsables, pour justifier du refus de désarmer l'Armée de l'indépendance kachin.
Cette solution politique est l'unique recours contre la violence. Mais la société birmane est marquée par une conception en partie raciale de la Nation, et la négociation ne semble pas être la voie choisie par la junte.
Celle-ci accuse certains groupes d'avoir préparé des attentats et les plus puissants d'entre eux refusent de cesser le combat. D'où la crainte, largement partagée, de nouveaux affrontements.
"Dans les six mois, il est probable qu'il y ait des opérations militaires importantes contre les groupes ethniques", estime Maung Zarni, expert à la London Schools of Economics. "Ce sera le combat de leur vie, un combat pour la survie".
En attendant, la junte a décidé de ne pas organiser les élections dans de nombreux villages des Etats kachin, kayah, karen, mon et shan, aux confins du pays, arguant de "pressions" des rebelles qui empêcheraient des élections libres.
Des millions de membres d'ethnies minoritaires sont donc exclus du scrutin. Et comme les autorités ont également refusé l'inscription de certains partis, "les gens ne croient pas en ce processus", constate le militant associatif kachin.
"A travers l'histoire, la confiance a été rompue, encore et encore".

source http://www.lexpress.fr/actualites/1/un-barrage-en-birmanie-symbole-de-l-insoumission-des-minorites-ethniques_933929.html
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La Birmanie confirme un projet de barrage

Message  Admin le Mar 13 Sep 2011 - 6:04

RANGOON, Myanmar - Le gouvernement birman a confirmé lundi qu'il ira de l'avant avec un controversé projet de barrage hydroélectrique le long de la rivière Irrawaddy, en dépit des objections formulées par les minorités ethniques et les environnementalistes.

Les détracteurs du projet affirment que le barrage Myistone, qui sera construit conjointement avec la Chine dans l'État de Kachin, submergera un site de grande importance culturelle, là où les rivières Malikha et Maykha se rejoignent pour créer l'Irrawaddy.

Le ministre birman de l'Énergie électrique, Zaw Min, a promis d'aller de l'avant avec le projet malgré tout, selon le quotidien birman Onze.

Le projet d'une valeur de 3,6 milliards $ US et d'une durée de huit ans inondera une région aussi grande que Singapour. La Birmanie recevrait 10 pour cent de l'énergie hydroélectrique qui y sera produite.

La principale opposante politique du pays, la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, s'est déjà prononcée contre le projet. En août, elle a affirmé que 12 000 personnes provenant de 63 villages ont déjà été déplacées par le projet, ce à quoi le gouvernement rétorque que seulement 2146 résidants de cinq villages ont été chassés.

THE ASSOCIATED PRESS
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Suu Kyi attends Irrawaddy River art exhibition

Message  thanaka le Jeu 22 Sep 2011 - 14:22



(Mizzima) – Burma’s opposition leader Aung San Suu Kyi attended “The Sketch of A River” art exhibition in Rangoon on Thursday, highlighting the possible adverse impacts on the environment because of the Myitsone Dam project.

The exhibition at Gallery 65 on Yawmingyi Road includes paintings, photos and cartoons that highlight gold mining, timber harvesting and other activities that can adversely affect the river.

Aung San Suu Kyi is surrounded by viewers and the media at 'The Sketch of a River' art exhibition in Rangoon on Thursday, September 22, 2011. Photo Mizzima


Aung San Suu Kyi, the general-secretary of the National League for Democracy, has urged the government to review the dam project and its possible consequences before it is too late.

She said: “At the present time, we have to face many things in order to achieve unity in the country. The affair regarding the Irrawaddy River is not likely to make us united. But if we all work in unison and we are united, we can get good results regarding the Irrawaddy.”

In a book marking the exhibition, she wrote, “May the Irrawaddy River survive forever for the unity of all the sons and daughters of the Union.”

The three-day art exhibition, organized by the Green Hearts Conservation Group, will run through Saturday.

Work on the Myitsone Dam project, located near the confluence of the Maykha and Malikha rivers, is a joint under taking of the No. 1 Electrical Power Ministry and the China state-own China Power Investment Corporation. Environmental activists and political groups have launched campaigns to urge the government to reconsider the project, calling for more environmental studies, disseminating the studies by experts more widely and accepting public input before deciding to continue the project.

However, on Saturday, Burmese No. 1 Electrical Power Ministry Minister Zaw Min cited parliamentary decisions as the authorization for moving ahead on the project.
 
“The ministry will continue implementing power supply projects in line with the decisions of the Parliament, and the adopted policies of the government within the framework of law,” Minister Zaw Min told a group of MPs in a small workshop, according to an article in the state-run newspaper New Light of Myanmar on Sunday.

Environmental activists have urged the new government to stop construction during a more intensive review process. Opposition leaders and ethnic groups have called for a national referendum on whether to continue the project.
 
“The decision by the Parliament is not enough. If they want more views, they can hold a referendum,” Myo Yan Naung Thein, an organizer of a signature campaign to oppose the project, told Mizzima.
 
If the Myitsone Dam, the largest dam on the Irrawaddy River, is completed, 6,000 megawatts of electricity will be generated, the vast majority dedicated to China, which is bankrolling the project. Construction plans call for five massive embankments to be built along the Maykha River and two embankments along the Malikha River. The project area, including the reservoir, covers 18,000 square miles.
 
Zaw Min told lawmakers that companies implementing the project would take responsibility for the impact on the upper and lower basin areas, and the obligation that adequate protection measures would have to be taken for the environmental impact was included in the joint venture contract.
 
He said that in the five-year term of the current government, nine hydropower projects would be completed including Shwegyin, Kun, Pyu, Thaukyekhat (2), Nankhio, Upper Paunglaung, Belu Creek (3), Upper Belu Creek, Chipwenge, contributing an additional 655 megawatts to the national electrical grid, according to the newspaper.
 
Win Tin, a central committee member of the National League for Democracy, said: “We cannot accept that they will decide this issue in Parliament, because they, the USDP MPs, dominate the Parliament. If they put up a motion to continue the project, the Parliament will approve it. If the Parliament decides to continue the project, it will like granting an official license to continue the Myitsone Dam project,” Win Tin said.

MP Phone Myint Aung said there has been a silence in Parliament about the Myitsone Dam Project.

In the Lower House, about 350 out of the 395 MPs are from the ruling Union Solidarity and Development Party (USDP) or military-appointed MPs, giving the party an overwhelming majority.

Source http://www.mizzima.com/news/inside-burma/5971-suu-kyi-attends-irrawaddy-river-art-exhibition.html


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La Birmanie suspend un projet de barrage

Message  Admin le Ven 30 Sep 2011 - 6:42

RANGOUN (AFP) - La Birmanie a décidé de suspendre un projet controversé de barrage géant financé par la Chine dans le nord du pays, après d'inhabituelles protestations populaires, a indiqué vendredi un responsable gouvernemental à l'AFP.

Alors que le nouveau gouvernement "civil" toujours contrôlé par les militaires a montré ces dernières semaines des signes d'ouverture envers ses opposants et que les militants birmans testent les limites de cette nouvelle liberté, de plus en plus de voix s'élevaient contre cette centrale dont l'électricité est destiné à la Chine.

Le président Thein Sein a indiqué aux parlementaires réunis en session dans la capitale Naypyidaw que la construction du barrage de Myitsone sur la rivière Irrawaddy, dans l'Etat Kachin, serait suspendue jusqu'à la fin du mandat du gouvernement actuel, a précisé le responsable.

"Le président a décidé d'arrêter le projet de barrage parce que le gouvernement est élu par le peuple et le gouvernement doit respecter la volonté du peuple", a-t-il expliqué, précisant qu'il y aurait maintenant des discussions avec les Chinois.

Les défenseurs de l'environnement dénoncent depuis longtemps un projet qui selon eux devait inonder des dizaines de villages, entraîner le déplacement d'au moins 10.000 personnes et des dommages irréversibles à une région très riche en biodiversité.

Lors d'une inhabituelle manifestation empêchée sans violence par la police lundi, certains participants portaient sur leur T-shirt des slogans appelant à mettre un terme à ce projet. Et la semaine dernière, un homme qui manifestait seul devant un bâtiment de l'ambassade chinoise à Rangoun avait été arrêté.

L'opposante Aung San Suu Kyi avait également en août demandé à la Birmanie et à la Chine de "réexaminer" ce projet pour éviter des "conséquences qui pourraient mettre en danger des vies et des habitations", dans une déclaration publiée par son parti dissous, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

Quelques semaines plus tôt, le collectif d'ONG Groupe de travail environnemental sur la Birmanie avait lui appelé à mettre un terme à tous les projets d'exploitation des ressources naturelles birmanes, financés principalement par des étrangers.

Ils les accusaient d'être une source de conflit dans des zones où vivent les groupes ethniques minoritaires, qui représentent un tiers des 50 millions d'habitants du pays.

En juin, de violents combats avaient éclaté entre des rebelles kachins et l'armée birmane aux alentours de ce projet de barrage qui est devenu un symbole de leur lutte contre le pouvoir central.

Depuis l'indépendance birmane en 1948, une guerre civile oppose la capitale à certains groupes minoritaires, qui réclament plus de droits et d'autonomie

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Re: Un barrage en Birmanie, symbole de l'insoumission des minorités ethniques

Message  Admin le Mer 5 Oct 2011 - 5:03

Stop! Don’t let the river flow


Source http://www.irrawaddy.org/cartoon.php?cat_id=9

Un barrage qui fait céder le pouvoir

Le président Thein Sein a annoncé le 30 septembre la suspension d'un projet chinois de centrale hydroélectrique qui a provoqué un tollé sans précédent. Retour sur cette mobilisation qui, selon The Irrawaddy, contenait les germes d'un soulèvement.


Chaque fois que deux menaces existentielles – dénuement économique et atteintes à la dignité – se conjuguent et planent sur le pays, le peuple birman est enclin à se révolter. Ainsi de la construction d'un gigantesque barrage hydroélectrique à Myitsone, point de confluence des rivières Maykha et Malkha, qui forment alors le puissant Irrawaddy. Pour protester contre le projet, qui vise avant tout à répondre aux besoins énergétiques de la Chine [qui achètera 90 % de la production et conservera 70 % des profits], une campagne baptisée "Sauvons l'Irrawaddy" a pris la forme d'un cri de ralliement sans précédent contre le nouveau régime. Le dossier est devenu une source de divisions au sein du gouvernement civil du président Thein Sein. Le fait que certains modérés du régime aient publiquement lancé un appel à revoir le projet est un signe encourageant. Mais, à moins que le gouvernement ne parvienne à trouver une solution acceptable, la campagne "Sauvons l'Irrawaddy" pourrait peu à peu dégénérer en "Rebellons-nous pour l'Irrawaddy".

Venons-en aux faits. Le projet de fragmenter l'Irrawaddy pour produire de l'électricité a vu le jour en décembre 2006. Un protocole d'accord sur l'aménagement, la mise en service et la production d'électricité a été signé par la Chine et la Birmanie [appelée Myanmar depuis l'instauration de la dictature en 1988] en 2009. En collaboration avec Asia World Company, une entreprise privée birmane soutenue par les militaires, l'entreprise d'Etat chinoise China Power Investment Corp. (CPI) construira huit barrages sur le fleuve. Le plus imposant d'entre eux, et celui qui suscite le plus de protestations, est en cours de construction juste en aval de la confluence, à Myitsone. Son bassin de retenue aura une superficie de 766 km2, supérieure à celle de Singapour. Et l'ouvrage est situé à moins de 100 kilomètres d'une importante ligne de faille.

Depuis 2007, les Kachins qui vivent dans les environs somment les gouvernements birman et chinois de renoncer à ce projet. Dans leur action, ils se trouvaient bien seuls et ne pouvaient compter sur les médias ou la population birmane largement silencieux. Jusqu'à ce qu'un rapport confidentiel d'évaluation de l'impact environnemental soit divulgué à des militants et à une certaine presse en juin et juillet derniers. Le document, financé par la CPI et établi par une équipe de scientifiques birmans et chinois, a été remis en octobre 2009 mais n'a jamais été rendu public. Or, sans ambiguïté aucune, il recommande l'abandon du barrage de Myitsone. Quand des chercheurs, des militants et des médias indépendants ont tiré la sonnette d'alarme en citant le fameux rapport, le public, prenant conscience de l'urgence de protéger le fleuve, a commencé à se passionner. Des appels à sauver l'Irrawaddy sont aujourd'hui lancés sur les tous les supports imaginables : articles, dessins humoristiques, chansons, pétitions, déclarations publiques, sermons religieux et interviews d'experts. En août, dans des journaux d'Etat, le gouvernement a fini par réitérer sa position en faveur de la construction du barrage. Mais les hebdomadaires privés – en particulier celui du groupe Eleven Media – et des télévisions et radios étrangères ont enfoncé le clou en exigeant davantage de transparence. Parmi les experts birmans – y compris d'éminents conseillers du président – et au sein de l'opinion publique, le consensus était désormais clair : le projet doit être abandonné, un point c'est tout.

Un tournant décisif a été franchi le 11 septembre, quand le ministre de l'Energie électrique, Zaw Min, a déclaré aux médias locaux : "En dépit de toutes les objections exprimées, la construction du projet hydroélectrique de Myitsone ne sera pas abandonnée. [...] Jamais, nous n'annulerons [le contrat]." Cette déclaration a provoqué un tollé. Le groupe Eleven Media a immédiatement riposté en recueillant les avis de journalistes, d'intellectuels et de parlementaires de premier plan. Ludu Sein Win, un journaliste chevronné, a mis en garde le gouvernement que, si le peuple n'obtenait pas satisfaction par des moyens non conflictuels, il descendrait dans la rue pour défendre l'Irrawaddy. [le 23 septembre, plusieurs événements organisés dans le cadre de "Sauvons l'Irrawaddy" ont réuni des centaines de personnes à Rangoon, dont le Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.] La publication du rapport sur Internet a suscité en quelques jours des centaines de commentaires exaspérés. Il est possible que la campagne "Sauvons l'Irrawaddy" se mue peu à peu en "Rebellons-nous pour l'Irrawady", car la question s'ajoute à une aggravation de la pauvreté, due aux fluctuations des taux de change survenues dans un secteur de l'exportation mis à mal.


Chaque fois que de sérieux problèmes de privation économique ont coïncidé avec des injustices ayant porté atteinte à la dignité nationale – par exemple, en 1987, quand la dépréciation de la monnaie birmane s'est conjuguée avec une brutale répression des étudiants, ou, en 2007, quand le prix du carburant a été multiplié par cinq et que la police a chargé contre les moines bouddhistes de Pakokku [point de départ de la "révolution de safran"] –, le peuple s'est soulevé contre le régime en place. Bien sûr, la révolte en elle-même n'aura pas de résultats politiques positifs. Mais soumis à des pressions sociales, les dirigeants pourraient être amenés à intervenir et à négocier un compromis.

Ces derniers mois, le président Thein Sein a produit une vive impression sur les acteurs politiques de la société birmane – aussi bien dans le pays qu'à l'étranger – par des initiatives telles que sa rencontre avec Aung San Suu Kyi, ses efforts pour convoquer des ateliers sur la régression de la pauvreté ou un appel lancé aux dissidents exilés pour qu'ils rentrent au pays. Mais, s'il ne parvient pas à apaiser le mécontentement causé par la construction des barrages sur l'Irrawaddy, le crédit que pourraient lui valoir d'autres initiatives plus louables risque de s'en trouver écorné. Cependant, s'il prend des mesures dans ce sens, il ne fera qu'irriter la Chine – l'indispensable soutien du régime birman tant par sa protection à l'échelle internationale que par son aide financière –, qui a déjà beaucoup investi dans le projet.

Face à l'implication de la Chine, un nombre croissant de Birmans considèrent d'ailleurs le barrage sur l'Irrawaddy comme un problème de sécurité nationale. Si Pékin s'obstine à ne cultiver ses relations avec une poignée de généraux et d'anciens généraux de Naypyidaw [la nouvelle capitale] qu'en vue de garantir sa sécurité et de préserver ses intérêts économiques, sans prêter la moindre attention aux privations et aux atteintes à la dignité du peuple birman, les conséquences seront désastreuses pour les deux pays. Quant au régime birman, s'il refuse de prendre en considération les demandes de son peuple, il ne pourra éviter un soulèvement. Si, au contraire, il se range de son côté pour négocier une solution, le projet de l'Irrawaddy constituera l'occasion tant attendue de restaurer la dignité et l'unité nationales. Le rôle de Goliath reviendra alors à la Chine, et il y a de fortes chances pour que les opprimés birmans, qui camperont le personnage de David, terrassent le géant avec leur fronde et l'achèvent d'un coup de sabre.

Source http://www.courrierinternational.com/article/2011/09/30/un-barrage-qui-fait-ceder-le-pouvoir
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Re: Un barrage en Birmanie, symbole de l'insoumission des minorités ethniques

Message  Admin le Lun 10 Oct 2011 - 7:08



En suspendant un projet de barrage controversé, le gouvernement birman a effectué un nouveau pas en direction de l'Occident et de son opposition intérieure, au risque de créer des tensions avec la Chine, son allié traditionnel, estiment les analystes.

Le géant de l'énergie China Power Investment Corp (CPI) devait construire sur le fleuve Irrawaddy, dans l'État kachin (nord), le barrage de Myitsone dont l'électricité était surtout destinée aux Chinois.

Mais fin septembre, Thein Sein, président du nouveau régime «civil» birman, a annoncé sa suspension pour «respecter la volonté du peuple».

Les environnementalistes dénonçaient un projet de 3,6 milliards de dollars dangereux, selon eux, pour la biodiversité. Et l'opposante Aung San Suu Kyi avait demandé le réexamen d'un projet devenu un symbole de la lutte pour plus d'autonomie de la minorité ethnique des Kachins.

Alors que des combats ont éclaté en juin entre armée et rebelles de l'Armée pour l'indépendance Kachin (KIA), cette décision permet à Thein Sein de «tendre la main aux Kachins, en plein doute face à l'hypothèse d'une reprise de la guerre civile», estime Renaud Egreteau, spécialiste de la Birmanie à l'université de Hong Kong.

Elle répond aussi «à l'effervescence activiste que Myitsone suscite au sein de la société civile» birmane.

Or, l'écoute des griefs d'une population placée sous le joug des militaires depuis plus d'un demi-siècle est une exigence forte des Occidentaux.

Une suspension chaleureusement saluée

États-Unis et Union européenne imposent des sanctions depuis près de quinze ans à la Birmanie pour protester contre ses violations des droits de l'Homme. Les gestes d'ouverture de Naypyidaw sont encore trop fragiles pour qu'elles soient levées sur le champ. Mais la communauté internationale n'en a pas moins salué chaleureusement la suspension.

Après les élections contestées de novembre, la libération de Mme Suu Kyi et la convocation du parlement, le pouvoir reste sous contrôle de l'armée. Et les chancelleries, comme l'opposition démocratique birmane, attendent désormais la libération de quelque 2000 prisonniers politiques.

Peu à peu, la Birmanie s'ouvre vers l'ouest. Ils «pensent qu'ils vont se faire de nouveaux amis et que les sanctions vont être levées», assure Gareth Price, de l'institut britannique de Chatham House.

Mais ce ne sera pas sans douleur pour Pékin, allié indéfectible depuis des décennies, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU.

Publiquement, le géant asiatique a fait montre de modération après la suspension du barrage, appelant Naypyidaw à «garantir les droits» de ses entreprises. Mais les cartes géopolitiques risquent d'être redistribuées, estime Sean Turnell, expert de la Birmanie à l'université Macquarie de Sydney.

Les Birmans «essaient de sortir de l'ombre de la Chine», relève-t-il, alors que Pékin «a été habitué à un leadership obéissant en Birmanie, qui lui a permis un accès plus ou moins sans entrave aux ressources minières et énergétiques».

«Extrêmement surpris», le président de l'entreprise CPI, lors d'un entretien à l'agence officielle Chine Nouvelle, a fustigé une suspension qui «va conduire à une série de problèmes juridiques».

«Nous avons entendu que le gouvernement chinois était en colère», a admis à l'AFP un responsable birman. Mais «notre gouvernement a les moyens d'apaiser les tensions en négociant avec eux».

Les mois à venir diront si la suspension est irréversible. Et seront décisives pour d'autres projets chinois contestés par la population birmane.

Pour Maung Zarni, chercheur à la London School of Economics, la suspension de Myitsone est sans aucun doute un «signal important», à la fois pour Pékin, Washington, la rébellion et l'opinion intérieure.

«Le vrai test sera de voir ce que le régime va faire» avec des projets plus importants encore. Comme les gazoducs et oléoducs entre l'État chinois du Yunnan et la côte ouest-birmane.

http://www.cyberpresse.ca/international/asie-oceanie/201110/09/01-4455675-birmanie-de-louverture-qui-risque-de-froisser-la-chine.php
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Birmanie : La suspension des travaux du barrage de Myitsone défavorable à l’environnement?

Message  Admin le Mer 12 Oct 2011 - 6:08

La décision du président birman de suspendre les travaux sur un énorme complexe hydro-électrique commandité par les Chinois est applaudie en Occident comme un signe d’ouverture démocratique. En Chine, la décision est critiquée comme politique et allant à l’encontre du bon sens…




Les médias occidentaux se réjouissent d’une série de mesures qui promettent une amélioration politique au Myanmar, l’ancienne Birmanie. L’AFP cite ainsi le président Thein Sein qui à propos de la suspension des travaux du gigantesque barrage de Myitsone, sur le fleuve Irrawaddy, a annoncé que “nous devons respecter la volonté du peuple puisque notre gouvernement est élu par le peuple.” La décision suit en effet des protestations populaires qui ces dernières années étaient plutôt réprimées dans le sang que respectées. The Economist envisage même “un printemps birman” qui arriverait en automne…

Les promoteurs du projet, commandité par les Chinois, sont, on s’en doute, d’un autre avis. Selon le ministère des Affaires étrangères, il s’agit d’une mesure politique décidée par un régime qui souhaite améliorer ses relations avec les États-Unis. Lu Qizhou, président de China Power Investments, société qui est le principal investisseur du projet, a fait des déclarations similaires dans les médias.

ONG vs. experts

Premièrement, il s’est avoué très surpris par cette décision qu’il a apprise comme tout le monde dans la presse… Surtout, il réfute les accusations des ONG internationales qui qualifient ce barrage de bombe à retardement. Selon les opposants, le barrage de Myitsone (Misong en chinois) risque “d’inonder des dizaines de villages, d’entraîner le déplacement d’au moins 10 000 personnes et de causer des dommages irréversibles à une région très riche en biodiversité.”

Mais selon Monsieur Lu, plus de 100 experts chinois et birmans ont conduit des études d’impact environnemental qui n’ont pas révélé de risques majeurs. “Selon nos études, la végétation ne représente qu’une petite partie de la zone inondée, qui elle-même ne couvre que 1,4% du bassin de l’Irrawaddy. Les espèces végétales qui seront inondées sont présentes en quantité en dehors de cette zone inondée.” Lu Qizhou ajoute que sa société avait déjà pris en charge le déplacement de 2146 personnes, en respectant leurs coutumes et traditions.

40 000 emplois

D’autre part, Lu Qizhou a rappelé combien le projet serait bénéfique pour le développement économique birman : “Les impacts directs et indirects seront énormes pour le pays. Les ONG qui déclarent que le projet ne bénéficiera qu’à la Chine sont à côté de la plaque. Au cours de l’exploitation de la centrale, le Myanmar devrait connaître 54 milliards de dollars [40 milliards d'euros] de retombées sous forme de taxes, d’électricité gratuite et de dividendes au titre de la participation de l’État dans l’entreprise. Il y a des gens qui manifestent, mais il y a aussi des locaux qui se réjouissent d’avoir un emploi grâce à ce projet qui va nécessiter 40 000 ouvriers pendant la période des travaux.”

Enfin, Monsieur Lu a rappelé que si le projet était abandonné, il faudrait compenser les 6000 MW de la centrale hydroélectrique, probablement par toujours plus d’installations au charbon en Chine. Le Myanmar reste en effet un des dernier pays au potentiel hydroélectrique non exploité. Ses ressources sont importantes, notamment grâce à l’Irrawaddy, mais seulement 2,45% de cette manne est exploitée à ce jour.

Si on ne peut que se réjouir de l’ouverture politique représentée notamment par la libération puis la consultation répétée du prix Nobel de la paix 1991 Aung San Suu Kyi, pas sûr en revanche que la suspension des travaux du grand barrage aille dans l’intérêt du peuple birman ni dans celui de la qualité de l’air en Asie…


http://www.greenetvert.fr/2011/10/12/la-suspension-des-travaux-du-barrage-de-myitsone-defavorable-a-l%E2%80%99environnement/35411
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Re: Un barrage en Birmanie, symbole de l'insoumission des minorités ethniques

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