Élections verrouillées

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Élections verrouillées

Message  Admin le Ven 5 Nov 2010 - 11:42




Vingt ans après le scrutin remporté par Aung San Suu Kyi et aussitôt annulé, la junte militaire au pouvoir n'a pris aucun risque pour les législatives de dimanche.

Les opposants birmans s'expriment souvent par énigmes, une habitude contractée après des années de clandestinité. Interrogé sur les premières élections qui se tiennent dans le pays depuis vingt ans, Win Hlaing, un député birman en exil en Thaïlande, confie d'un air entendu : «Les bambous ont fleuri en Birmanie.» Pour se faire comprendre, il explique qu'en Asie, cette floraison qui est suivie d'une invasion de rats et ne se produit que tous les cinquante ans est un mauvais présage pour les tyrans : «Après avoir fleuri, les bambous meurent.» Que l'un des meilleurs experts de la nébuleuse politique birmane mette ses espoirs dans la botanique plutôt que dans un scrutin destiné à élire un Parlement bicaméral et des assemblées régionales, en dit long sur l'état d'esprit de toute une population. «Nous n'attendons rien de ces élections. Elles ne visent qu'à faciliter une transition du pouvoir, verrouillée par les militaires, vers un gouvernement civil contrôlé par eux», affirme Win Hlaing.

Comme pour le référendum de mai 2008 sur la Constitution auquel il était interdit de voter non, les résultats du scrutin seront dignes de tout régime totalitaire. Un quart des sièges du futur Parlement sont réservés aux militaires. Et la liste de l'équipe dirigeante qui doit en sortir est déjà arrêtée, croient savoir les milieux de dissidence en exil : le généralissime Than Shwe deviendrait le futur président. Ses vice-présidents seraient deux de ses fidèles, l'ancien ministre de l'Industrie Aung Thaung et le dirigeant le plus charismatique de la minorité Pao, Aung Kham Hyi. Le numéro deux actuel, le général Maung Aye, serait nommé chef des armées, assisté par le général Thura Shwe Mann, souvent cité comme le futur successeur de Than Shwe.

Vingt ans après l'humiliation des élections remportées par l'opposition démocratique et annulées pour cette raison, les généraux ont «posé des verrous partout où leur pouvoir pouvait être remis en question», explique Bo Kyi, membre de l'association d'assistance aux prisonniers politiques, basée en Thaïlande. Ils ont utilisé avec cynisme la Constitution et les lois électorales pour neutraliser Aung San Suu Kyi, figure de proue de l'opposition, et dissoudre son parti. Ils ont écarté les moines, traditionnellement actifs en politique et maintiennent en prison 2 193 opposants. Arguant de sa «grande expérience en matière d'élections», la commission électorale a rejeté la venue d'observateurs étrangers.

Illégitime et honni par la population
Quand La Nouvelle Lumière du Myanmar, journal à la solde des généraux, vante le scrutin comme «un premier pas vers une démocratie florissante et disciplinée», Bo Kyi l'opposant traduit : «Il pérennise la mainmise de la junte sur le pays.»

Peu de pays sont aussi beaux que la Birmanie et peu de régimes sont aussi laids que celui au pouvoir à Naypyidaw. Parfaitement illégitime, honni par la population, le Conseil national pour la paix et le développement (SPDC) s'est livré à une mise coupe réglée du pays : exécutions sommaires, tortures, détentions arbitraires, travail forcé, déplacements de population. «La seule prouesse des dirigeants birmans est de faire dégringoler l'indice de développement humain du pays au rang des plus bas», estime Win Nyant, négociant en jade à la frontière. Autrefois très riche, la Birmanie figure désormais parmi les pays du monde les plus à la traîne en termes de pauvreté, d'éducation, de soins et de corruption. Résultat de plusieurs décennies de gestion calamiteuse, les trois quarts de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté, la moitié des enfants ne sont pas scolarisés et un tiers souffrent de malnutrition.

La Birmanie est une nation divisée entre des dirigeants imperméables à la honte et une population qui malgré la peur et deux révoltes matées dans le sang, tente de garder espoir en l'avenir.

Florence Compain - Le Figaro
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Message  Admin le Sam 6 Nov 2010 - 9:56

RANGOUN - Voter est "le devoir de tous les citoyens", a insisté samedi le journal d'Etat birman citant le Premier ministre Thein Sein, alors que les critiques se multiplient à la veille des premières élections depuis 20 ans.

"Organiser avec succès les élections, ce qui relève du prestige et de l'intégrité de tous les citoyens et de l'Etat, est le devoir de tous les citoyens", a écrit le journal New Light of Myanmar citant un discours du Premier ministre vendredi, appelant à ne pas "ternir l'image de l'Etat et du peuple".

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi a décidé de boycotter les élections de dimanche. Une décision qui a conduit la junte à la dissoudre.

La junte a menacé de prison quiconque appellerait à ne pas se rendre aux urnes.

Les deux principaux partis de l'opposition à prendre part au vote ont de leur côté accusé vendredi la junte d'avoir déjà commencer à "tricher" en recueillant illégalement des voix par avance auprès d'électeurs prétendument indisponibles dimanche.

Alors que les rapports de la junte avec les minorités ethniques ne cessent de se tendre et font craindre des affrontements armés, plusieurs partis représentant ces minorités se sont joints samedi aux accusations de fraude.

Selon le site d'exilés birmans Irrawady, deux partis représentant les minorités rakhin et mon ont également accusé le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP, pro-junte) de forcer certains électeurs à voter pour lui à l'avance.

"Si l'USDP gagne le scrutin en raison de son influence et des ressources du gouvernement, alors les partis ethniques et d'autres partis pro-démocratie boycotteront les résultats", a déclaré Aye Maung, président du Parti pour le développent des nationalités rakhins, un des principaux partis des minorités.

L'Organisation pour les droits de l'Homme de la minorité chin a également dénoncé des tentatives d'intimidation dans l'Etat chin (ouest, division administrative), évoquant un bureau de vote installé dans un poste de contrôle de l'armée.

Les minorités ethniques, qui représentent au moins un tiers des 50 millions d'habitants, réclament plus de droit et d'autonomie et n'ont jamais pacifié leurs relations avec le pouvoir depuis l'indépendance en 1948.

Cette semaine, six groupes armés --dont certains ont signé des cessez-le-feu avec le pouvoir-- ont annoncé leur alliance en cas d'attaque de l'armée birmane.

Dans ce pays dirigé par une succession de régimes militaires depuis 1962, l'Occident et la diaspora birmane considèrent ces élections comme une mascarade destinée à doter le régime militaire d'un vernis civil et parlementaire.

Alors que la junte a refusé l'entrée d'observateurs et médias étrangers pour le scrutin, les ambassadeurs de l'Union européenne en poste à Rangoun ont de leur côté annoncé vendredi leur refus de participer à des "circuits explicatifs" organisés par la junte dans divers bureaux de vote dimanche.

AFP
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Re: Élections verrouillées

Message  Admin le Dim 7 Nov 2010 - 7:21

Rangoon aujourd'hui




Bureau de vote




Zarganar, un des 2193 électeurs manquants
2 193 Birmans n'iront pas voter. Ceux-là sont des prisonniers politiques, et ils passeront leur journée derrière les barreaux. Leurs visages sont mis en ligne par une association d'anciens prisonniers, http://www.aappb.org/ démentant ainsi l'ambassadeur du Myanmar qui déclarait récemment à l'ONU :

‘ Personne n'est détenu uniquement pour ses convictions politiques. ’

On trouvera pourtant, en première page, la photo de Mme Aung San Suu Kyi, l'icône du combat pour les libertés politiques.

Et aussi celle de Ko Thura, ‘ le Coluche birman ’, plus connu sous son nom de scène, Zarganar : osant dire haut ce que tout un peuple critique tout bas, le meilleur humoriste et comédien du pays est le symbole, pour tous les Birmans, des libertés civiles perdues.

A 48 ans, il a été condamné au silence à vie : 35 ans de prison pour avoir dénoncé l'incurie des militaires au pouvoir lors du désatre du cyclone Nargis, en 2008.

la suite de l'article ici http://www.rue89.com/2010/11/06/les-electeurs-manquants-de-la-farce-electorale-birmane-174823
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