Environnement : une tragédie vietnamienne

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Environnement : une tragédie vietnamienne

Message  Admin le Mar 14 Déc 2010 - 10:25

Une photographie de l'État environnemental du Vietnam.

Lorsque l’on débarque au Vietnam, on imagine un « enfer vert », un pays recouvert d’immensités végétales, précieuses auxiliaires des Viet Cong lors de la guerre face aux Américains. La dette des Vietnamiens envers leur environnement aura été bien mal remboursée. 30 ans plus tard, il subsiste moins de 5 % du couvert forestier originel et lorsqu’on se déplace en bus, on est frappé du désastre qui défile sous les yeux. Sur des centaines de kms, entre la chaine annamitique et le littoral, le spectacle est parfois désolant : longues enfilades de collines déboisées, no man’s land qui témoignent d’une exploitation récente et sauvage des ressources naturelles. En plusieurs endroits, la repousse est cependant conséquente, paysages broussailleux aux formes géométriques qui trahissent les anciennes lignes de découpes, uniformité et pauvreté des essences qui remplacent les forêts décimées. Parfois, unique témoin d’un passé glorieux, un arbre géant survit, qui se dresse, comme un épi rebelle sur un crâne bien coiffé.

Entre Dalat et Hoi An, une route, visiblement de construction récente, traverse sur les contreforts de la chaine montagneuse les paysages d’une forêt préservée. On mesure alors mieux les dégâts occasionnés : fragmentation de la jungle, érosion des sols, ruissellement accéléré des eaux pluviales, la route serpente comme une cicatrice mal refermée au sein de cet écosystème menacé.

Conséquence directe de la réduction des surfaces forestières, les grands mammifères, entre autres, sont pour la plupart menacés de disparition. Chassés pour le plaisir ou pour leurs propriétés médicinales dans la médecine traditionnelle Chinoise (corne de rhinocéros, bile d’ours noir), ou simplement victimes de la perte de leur habitat, les spécimens de certaines espèces se réduisent à quelques unités.

Outre la diminution drastique des forêts tropicales, l’urbanisation est un problème croissant au Vietnam. Pays très densément peuplé, le bétonnage, notamment du littoral, atteint parfois des proportions dramatiques. Encore l’année dernière, il était possible de flâner sur la longue plage déserte qui sépare Hoi An de l’agglomération de Danang. Ce sera à l’avenir chose impossible. Les nombreux chantiers annoncent la couleur à grands renforts de publicités géantes : « welcome to a luxury lifestyle by the ocean ». Rien d’harmonieux dans ces nouvelles constructions, les Hyatt, Méridien ou Crown Plaza, déjà sortis de terre, rivalisent de hauteur et les condominiums s’alignent uniformément comme les arbres d’une plantation d’hévéas.

Là réside évidemment une explication à la « formidable » croissance du Viet Nam ces dernières années. Partout, de nouveaux ponts, de nouvelles tours, de nouvelles routes sortent de terre. Sur Phu Quoc, le petit axe de circulation reliant Duong dong au sud de l'île est en passe de se transformer en une énorme 2X2 voies, immense bande rectiligne d’une terre défrichée aux reflets rougeâtres qui attend sa parure asphaltée avec résignation.

Autre exemple d’une tragédie en cours de représentation près de Ninh Binh, dans la zone de formations karstiques surnommée la « baie d’Ha Long terrestre ». C’est l’endroit choisi par les autorités pour ériger un immense complexe flanqué semble-t-il de l’appellation « éco-tourisme ». C’est avec rage et impuissance que l’on assiste au ballet des grues, bulldozers et camions-bennes qui assèchent avec soin les zones humides contigües aux falaises calcaires au moyen de milliers de m3 de terres de remblai. Une véritable désolation pour la faune, les modes de vie traditionnels et la beauté des paysages. Un carnage…

Enfin, outre la destruction des écosystèmes et du bétonnage intensif, s’ajoute l’amoncellement de déchets issus d’une consommation récente et mal maitrisée. Les décharges sauvages se multiplient un peu partout dans la nature, rendant compte de l’impossibilité du pays à absorber et à recycler la majeure partie des ordures qu’il produit.

Comment terminer cette brève énumération par une note d’optimisme ? C’est bien difficile, tant il semble évident que les actions d’acteurs individuels, d’associations ou d’ONG se résument à un combat de David contre Goliath face aux impératifs économiques. Néanmoins, quelques prises de conscience semblent émerger, entre déclarations d’intentions et pragmatisme. La surface forestière augmente légèrement, mais décline en termes de qualité et biodiversité. Des programmes sont engagés pour traiter les déchets, notamment dans les grandes agglomérations. Enfin, le Vietnam a augmenté la part allouée du PIB à l’éducation. Si les améliorations sont lentes, les destructions de toutes sortes sont en revanche rapides et il est probable que dans de nombreux domaines liés à l’environnement, le point de non-retour soit déjà franchi. Un désastre si l’on songe que le Vietnam est sans aucun doute le pays le plus varié d’Asie du Sud Est et l’un des plus riches au monde en terme de biodiversité…

http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2010/12/13/environnement-une-tragedie-vietnamienne_1452868_3232.html
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