Birmanie, l'internet dangereusement civilisé

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Birmanie, l'internet dangereusement civilisé

Message  Admin le Sam 18 Juin 2011 - 7:37

En Birmanie, le salaire moyen mensuel est de 30 dollars. Pour bénéficier de l’ADSL, il faut en débourser 120. Dans un pays où la majorité des habitants se connecte au réseau dans des cybercafés faute d’un équipement domestique, l’état de l’infrastructure nous ramène aux années 90, quand le haut débit n’existait pas, que la fibre optique était une utopie pas encore réalisée, et que le consommateur lambda s’accrochait à un forfait de 20 heures en mesurant sa chance.

Mais la vétusté du Myanmar ne fait pas tout : il faut également compter sur une censure extrêmement efficace, qui vaut au pays d’être classé dans la liste peu reluisante des “ennemis de l’Internet”, établie par Reporters Sans Frontières. Sur plus de 12 000 adresses IP distribuées aux fournisseurs d’accès locaux, tous inféodés au régime, seule une grosse centaine répond, une situation inique que le hacker et militant Jacob Appelbaum résume en ces termes:

Cela veut dire que tous les réseaux birmans, à l’exception de cette centaine, sont coupés du monde extérieur.

En tout et pour tout, le pays ne dispose que de trois fournisseurs d’accès, dont le plus important est représenté par le Ministry of Post and Telecommunications (MPT), donc l’Etat, qui garde la haute main sur le bouton d’alimentation du réseau.

Alors que l’Iran songe sérieusement à se doter d’un intranet national qui faciliterait encore un peu plus le travail des censeurs, le modèle birman s’affiche comme l’un des plus coercitifs au monde, sévèrement encadré par un arsenal de lois peu respectueuses des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Et c’est une entreprise française, Alcatel-Lucent, qui fournit l’infrastructure de contrôle.

Alors qu’il tournait un documentaire sur place, le journaliste français Paul Moreira a découvert que le géant des télécommunications avait vendu sa technologie d’”interception légale” en partenariat avec la Chine. Dans le jargon, ce matériel de pointe porte un autre nom poli, le “Deep Packet Inspection” (DPI). Concrètement, il permet à un Etat de filtrer et lire l’intégralité des échanges électroniques de sa population, soit une arme redoutable pour tracer les dissidents. Pour se défausser de l’implication d’Alcatel, un de ses responsables propose cette pirouette rhétorique : “Qu’est-ce qu’il vaut mieux ? Des communications restreintes ou pas de communications du tout ?”

Ce n’est probablement pas l’avis de Zarganar, Nay Phone Latt et “Nat Soe”, trois blogueurs emprisonnés pour avoir exprimé un peu trop publiquement leurs opinions. Ils purgent actuellement des peines comprises entre 10 et 35 ans. En 2007 puis 2010, la junte a affiné son appareil répressif, en rationnant par exemple l’utilisation du Net à des tranches de six heures. Ce n’est pas un hasard si certains parlent de “Myanmar Wide Web” – une référence ironique au World Wide Web – pour évoquer le verrou birman.

Pour essayer de contourner ce pare-feu, des initiatives se développent, comme les Barcamps, dont la première mouture birmane a été organisée à Rangoun les 23 et 24 janvier 2010, rassemblant pas moins de 2 700 participants. Leur objectif ? Sensibiliser la population aux questions numériques, par l’éducation et la pédagogie. Pour l’édition 2011, pas moins de 4 000 personnes se sont rassemblées à Info-Tech, un quartier dédié aux nouvelles technologies, afin d’y parler de Facebook et de Twitter. Un tour de force dans un pays où le débit du réseau wifi affiche des performances à peine meilleures que celles d’un modem 56K souffreteux. Et surtout, un formidable pied de nez aux autorités.

source http://owni.fr/2011/06/17/birmanie-l%E2%80%99internet-dangereusement-civilise/
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les internautes à la recherche de la liberté en ligne

Message  Admin le Lun 3 Juin 2013 - 2:59


Une jeune Birmane dans un cyber-café à Rangoun le 31 mai 2013 (Photo Soe Than Win. AFP)

Kam Khan Cin a mis quatre jours pour arriver à Rangoun depuis sa petite ville de montagne. Pour rien au monde il n’aurait raté le Forum sur la liberté sur internet, qui suscite bien des espoirs alors que le pays tourne le dos à la dictature.

«Je pense que nous obtiendrons ces droits un jour», a lancé l’étudiant ingénieur, qui a entrepris son voyage malgré la mousson qui ravageait les chemins de terre de l’Etat Chin, dans l’ouest du pays.

La plupart des habitants de sa ville natale de Tedim ne peuvent s’offrir de téléphone portable, mais il y a trois cybercafés, et le jeune homme de 25 ans y passe autant de temps que possible même s’il faut souvent 15 minutes pour ouvrir une page.

«Je peux voir ce qui se passe ailleurs grâce à internet. Je me sens connecté au monde».

Un demi-siècle de dictature militaire avait conduit la Birmanie à un isolement absolu du monde extérieur. Moins de 1% de la population d’un des pays les plus pauvres du monde a aujourd’hui accès à la Toile, et coupures d’électricité et connexions incroyablement lentes rendent l’expérience pénible pour les plus chanceux.

Mais depuis la dissolution de la junte il y a deux ans, le gouvernement a entrepris des réformes spectaculaires.

«Le système a changé. Au lieu de donner des ordres, le gouvernement écoute la voix du peuple. Nous voulons savoir ce que nous pouvons faire pour créer la liberté sur internet que réclament les gens», a assuré samedi lors de ce forum le vice-ministre des Technologies de l’Information Thaung Tin.

Le responsable a également esquissé la possibilité d’un accès au web rapide, bon marché et dans tout le pays, une hypothèse impensable sous l’ancien régime qui bloquait des sites comme celui de la BBC et punissait lourdement la dissidence en ligne.

Google, Yahoo, Microsoft et Intel ont depuis tous entamé des discussions avec le gouvernement. Mais des obstacles demeurent.

«J’ai dit à Microsoft que nous voulions utiliser leurs logiciels sous licence à la place des copies pirates», a expliqué Thaung Tin, notant qu’il avait demandé ces produits à un prix «raisonnable».

«Ils ont demandé ce qui était raisonnable pour nous. J’ai dit: +honnêtement, n’importe quel montant plus que gratuit est cher+».

Sous la junte, les connexions étaient ralenties à des dates symboliques, comme l’anniversaire de la révolte populaire de 1988.

Mais les Birmans faisaient front. Ils avaient ainsi largement utilisé internet pour diffuser des images de la répression de la «révolte safran», emmenée par des moines bouddhistes en 2007.

Encore en 2012, le pays était considéré comme «pas libre» par le groupe Freedom House, parrain de la conférence de samedi. Mais ces deux dernières années, la censure des médias a été abolie, l’accès aux sites étrangers a été débloqué et des centaines de prisonniers politiques ont été libérés, même si certaines des lois répressives sont toujours en place.

«La liberté ne se mesure pas seulement à la possibilité de regarder des sites librement. Le débit et la vitesse d’internet devraient aussi correspondre aux normes internationales», a souligné le blogueur Nay Phone Latt, à l’origine de l’événement.

Le militant, ancien prisonnier politique, s’est également inquiété de la prolifération des discours de haine en ligne depuis le début des violences meurtrières entre bouddhistes et musulmans qui ont frappé le pays depuis un an.

Lors d’une visite en Birmanie en mars, le patron de Google Eric Schmidt avait prédit que tout retour en arrière serait «impossible» grâce au web. Une vision partagée par au moins certains des nouveaux dirigeants du pays.

Thaung Tin a ainsi imaginé une Birmanie où les enfants des campagnes pourraient utiliser des tablettes pour leurs devoirs au lieu d’être sans cesse entravés par les pannes de courant.

«Comme c’est agréable quand vous fermez les yeux et pensez à ça (...). Plus rien n’est impossible», s’est félicité le ministre.

http://www.liberation.fr/monde/2013/06/02/birmanie-les-internautes-a-la-recherche-de-la-liberte-en-ligne_907702
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