Cambodge - Défiant le pouvoir, un moine bouddhiste se bat pour les opprimés

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Cambodge - Défiant le pouvoir, un moine bouddhiste se bat pour les opprimés

Message  Admin le Mer 31 Aoû 2011 - 6:30

PHNOM PENH, 30 août 2011

Sa robe orange est aisément repérable dans les manifestations et son militantisme lui vaut d’être exclu des temples du Cambodge, mais le vénérable Loun Sovath ne change pas: debout pour la défense des droits de l’Homme, il refuse de se taire.
« Plus ils me menacent, plus je me dresse pour nos droits », s’entête celui que beaucoup surnomment le « moine multimédia », après les vidéos d’évictions forcées qu’il a postées sur internet.
Dans un pays où les moines sont immensément respectés mais apparaissent rarement contre le pouvoir, aux côtés des opprimés, son militantisme fait des remous, lui attirant les critiques de sa hiérarchie.
D’autant qu’il est aujourd’hui le seul religieux du pays à s’investir dans des questions politiquement sensibles.
« Voir un moine dans la foule élève l’esprit de ceux qui défendent leurs droits humains », a-t-il récemment déclaré à l’AFP, peu avant une manifestation contre la déforestation.
Mais ses activités exaspèrent les autorités, qui ont mis un terme à plusieurs de ses rassemblements et le surveillent de près. Il risque des poursuites pour incitation aux manifestations, à une période où le pouvoir voudrait, selon certains experts, museler l’opposition.
Sept organisations de défense des droits de l’Homme, dont Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International, ont récemment demandé à la communauté internationale d’agir en sa faveur.
« Le harcèlement en cours contre le Vénérable Sovath constitue une tentative voilée par les autorités cambodgiennes de faire taire ceux qui parlent de questions qu’elles jugent controversées », ont-elles écrit dans un courrier obtenu par l’AFP.
Selon Phil Robertson, directeur-adjoint en Asie de HRW, le moine a fait perdre des terres à des « gens riches et bien en cour ». L’organisation s’inquiète désormais de ce que Sovath, 30 ans, « risque des représailles et peut-être des violences, car ce qu’il fait pose réellement un défi à l’anarchique (…) culture politique cambodgienne ».
Sovath, entré dans les ordres à 13 ans, explique avoir basculé dans le militantisme en mars 2009, lorsque les forces de l’ordre ont tiré sur les habitants de son village qui protestaient contre des expropriations.
Il a filmé les heurts et empêché que la police confisque les images. Depuis, il est devenu l’un des plus ardents militants des droits de l’Homme du Cambodge. Et le seul, aujourd’hui, en robe orange.
Mais la hiérarchie religieuse s’impatiente et a même, selon lui, menacé de le défroquer.
Non Ngeth, le plus haut responsable du clergé de Phnom Penh et l’un des plus influents du pays, l’a publiquement dénoncé. « Un moine ne doit pas être impliqué dans la politique, ni participer à des rassemblements ou des émeutes », a-t-il estimé, après avoir exigé en avril des monastères de la capitale qu’ils cessent de l’héberger.
Un ordre similaire a été envoyé aux pagodes de la province de Siem Reap (nord-ouest), excluant de facto le moine de l’établissement dans lequel il s’est installé depuis son adolescence.
« Je n’ai plus de pagode où vivre actuellement », admet-il. Et de sourire, philosophe: « le Bouddha non plus n’a pas de pagode ».
Par deux fois, la hiérarchie bouddhique a estimé que le moine ternissait l’image de la religion par ses activités. Sovath évoque, lui, le résultat de pressions politiques.
« Je ne fais rien qui soit contre la loi ou le bouddhisme », se défend-il en revendiquant le droit d’ »éduquer les gens et de faire des choses biens ».
Selon lui, le sangha (clergé) se garde de prendre position sur la moindre controverse depuis la répression sanglante en 1998 de manifestations antigouvernementales, dans lesquelles deux moines avaient été tués et de nombreux autres blessés.
« Beaucoup, beaucoup de moines me soutiennent », assure l’activiste. « Ils sont informés des droits de l’Homme au Cambodge, l’injustice et les problèmes sociaux. Mais dès que nous voulons qu’ils se montrent (…), ils ont peur ».
Lui promet de ne pas renoncer. « Le peuple a besoin de notre aide », assure-t-il. « C’est ce qui me fait continuer »

AFP
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