Birmanie - un zest d'ouverture de facade

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Manifestation de moines

Message  Admin le Mar 15 Nov 2011 - 13:36

Cinq moines bouddhistes ont entamé aujourd'hui à Mandalay, dans le centre de la Birmanie, une manifestation qui doit durer plusieurs jours pour réclamer la libération des prisonniers politiques, selon des témoins. Après des discussions avec des responsables du clergé local, ils ont indiqué mardi soir qu'ils manifesteraient pendant encore trois jours, avec un discours chaque jour pour expliquer leurs revendications, selon un de ces témoins.

Les cinq hommes avaient commencé leur mouvement ce matin à l'aube en s'enfermant dans un bâtiment religieux où ils ont accroché des banderoles en anglais et en birman: "nous voulons la liberté", "libérez tous les prisonniers politiques" ou "arrêtez la guerre civile", en référence aux combats entre l'armée et des groupes des minorités ethniques. Ils ont également expliqué plaider pour la liberté d'expression, par haut-parleurs, devant environ 500 personnes.

Une importante amnistie de prisonniers politiques, attendue depuis plusieurs semaines par les chancelleries occidentales, avait été annoncée pour lundi par des responsables birmans mais n'a finalement pas eu lieu. Après de premières discussions avec des responsables bouddhistes locaux, les cinq moines ont déplacé dans l'après-midi leur manifestation dans un monastère non loin de là.

Des centaines de personnes, dont des moines, les ont suivis dans ce nouveau lieu.
Le nombre de personnes s'est petit à petit réduit à environ 300 en raison des craintes pour la sécurité, alors que des dizaines de policiers en civil prenaient des photos et des vidéos de l'assistance, a expliqué un témoin. Un responsable birman a précisé que les cinq moines étaient de Rangoun et non de Mandalay, deuxième ville du pays.

Le 12 octobre, 6300 personnes avaient été libérées, dont environ 200 prisonniers politiques. Le nombre de prisonniers politiques encore derrière les barreaux n'est pas très clair, mais ils sont au moins plusieurs centaines, dont des moines arrêtés après la "révolte safran" de 2007. Ce soulèvement, emmené par des bonzes, avait attiré jusqu'à 100.000 personnes dans les rues de Rangoun, constituant le plus sérieux défi aux généraux depuis 1988. Il avait finalement été écrasé par la junte alors au pouvoir, faisant au moins 31 morts.

Les manifestations sont rares en Birmanie. Fin octobre, plusieurs personnes avaient été interpellées à Rangoun lors d'un rassemblement de paysans dont les terres avaient été confisquées. La junte s'est autodissoute en mars et a transféré son pouvoir à un gouvernement dit "civil" mais toujours contrôlé par les militaires, qui a multiplié ces derniers mois les gestes d'ouverture.

Source www.lefigaro.fr
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Abel Tournier: « Les Birmans espèrent davantage de libertés et surtout le développement économique »

Message  Admin le Mer 16 Nov 2011 - 0:34

Chaque mois, un chercheur de l’Institut de Recherche sur l’Asie du Sud-est Contemporaine (IRASEC) livre à Gavroche son analyse sur un thème d’actualité ou un fait de société. Abel Tournier revient sur les importants enjeux politiques qui se succèdent en Birmanie depuis un an, suite aux élections législatives de novembre 2010, remportées sans surprise par le PSDU, l’émanation politique de la junte militaire aujourd’hui dissoute.
Quels sont les enjeux de la récente ouverture ?

Entachées de fraudes, les élections de novembre 2010 ont abouti à la victoire écrasante du Parti pour la solidarité et le développement de l’Union (PSDU). Néanmoins, ces premières élections en vingt ans ont permis l’émergence de nouveaux partis d’opposition qui, à la différence de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, ont choisi de participer au vote. La lauréate du prix Nobel de la paix, assignée à résidence depuis 2003, a en outre été remise en liberté à l’issue du scrutin. Les élections ont aussi ouvert la voie à la dissolution de la junte militaire, officialisée le 31 mars 2011 par décret du généralissime Than Shwe qui, depuis 1992, dirigeait le pays de manière autocratique. L’Etat d’exception a été remplacé par un régime présidentiel assorti d’un parlement bicaméral, où l’armée bénéficie toujours de privilèges. Ainsi, le commandant en chef des forces armées a autorité pour nommer certains ministres (défense, intérieur, frontières) et les officiers d’active auxquels sont réservés 25% des sièges au parlement. De plus, d’anciens hauts gradés occupent la plupart des postes de la nouvelle administration, en premier lieu l’ex-général et actuel président Thein Sein, qui était le Premier ministre de la junte avant de rejoindre le PSDU en 2010. C’est dans le cadre de ce système politique transitionnel que prend place l’ouverture en cours. Ses principaux enjeux sont l’avenir des institutions et leur capacité à accommoder le pluralisme et promouvoir le changement. Pour la première fois en deux décennies, l’armée transfère la gestion du pays à des institutions civiles, se réservant toutefois le droit d’intervenir si elle considère que ses intérêts sécuritaires et économiques sont en danger. Les gestionnaires du nouveau système doivent dès lors s’entendre pour protéger ces intérêts militaires, mais aussi pour prendre en compte les attentes d’une opinion publique en gestation, qui espère davantage de libertés publiques et surtout le développement économique.


Le nouveau gouvernement birman est-il animé par un vrai désir de réforme, ou bien s’agit-il de simple poudre aux yeux ?

Le nouveau système politique n’est pas monolithique, à la différence de la junte militaire ou l’autorité de Than Shwe était incontestée. Les mesures adoptées par le présent gouvernement doivent être vues comme le résultat de tractations entre diverses factions, dont les intérêts peuvent être divergents mais pas forcément opposés, l’ensemble des acteurs d’importance étant in fine toujours issu de l’armée. A ce stade, cette coexistence rend difficile un jugement définitif du nouveau gouvernement. Toutefois, le président Thein Sein a surpris par ses ambitions réformistes depuis sa prise de pouvoir en mars 2011, et il semble avoir pris le dessus au cours des derniers mois sur les éléments conservateurs de son gouvernement. Il a notamment engagé des initiatives destinées à remédier à la pauvreté rurale et à lutter contre la corruption de la bureaucratie. La censure des medias et d’internet s’est assouplie, la liberté d’expression progresse et une société civile dynamique multiplie ses initiatives. En août, Thein Sein a appelé à des négociations de paix avec les groupes insurgés issus de minorités ethniques qui occupent de larges pans du territoire birman le long des frontières avec la Thaïlande, la Chine et l’Inde. Le même mois, il a invité les Birmans en exil à revenir au pays. Sur le plan économique, l’administration Thein Sein prête l’oreille aux conseils des milieux d’affaires birmans et étrangers sans pour autant encore mettre en oeuvre les réformes structurelles nécessaires. Certaines procédures ont été facilitées, et une réforme de la loi sur les investissements est en préparation. Le gouvernement a aussi diminué la taxe a l’exportation pour aider certains secteurs à faire face à la rapide appréciation que connaît la monnaie birmane, le kyat, depuis 2010. A ce sujet, la Birmanie a effectué une demande officielle d’aide technique auprès du Fonds monétaire international (FMI) pour aider le pays à unifier ses taux de change multiples, une réforme systémique d’importance. Surtout, le président Thein Sein a récemment engagé un dialogue constructif avec Aung San Suu Kyi. Suite à sa remise en liberté, la « Dame de Rangoun » s’était montrée critique mais prudente dans ses analyses de la transition politique en cours. Pendant l’été 2011, des rencontres ont été initiées avec le ministre du travail Aung Gyi, qui ont abouti, le 19 août, a un entretien à Naypyidaw avec Thein Sein, en marge d’un forum sur la lutte contre la pauvreté auquel elle avait été invitée. Depuis, Aung San Suu Kyi a reconnu publiquement les velléités réformistes du président. Des négociations sont en cours qui pourraient conduire au réenregistrement de la LND et à la participation de la Ligue au prochaines élections législatives. La décision prise par Thein Sein le 30 septembre de suspendre le controverse projet de barrage chinois de Myitsone, et la libération de plus de 200 prisonniers politiques début octobre sont de nature à faciliter ces négociations.


Quel rôle doit jouer la communauté internationale, dont l’ASEAN, pour promouvoir un changement réel en Birmanie ?

Depuis son entrée en fonction, l’administration Thein Sein se cherche une légitimité auprès de la communauté internationale. La première visite d’État du président fut en Indonésie en avril 2011, à l’occasion du sommet de l’ASEAN pendant lequel il a formellement demandé à ce que son pays obtienne la présidence de l’organisation régionale en 2014. L’ASEAN pourrait exiger des réformes additionnelles avant de donner un accord formel toutefois attendu. Les alliés régionaux de Naypyidaw, notamment la Chine, la Thaïlande et l’Inde, mais aussi les États occidentaux, ont intérêt à soutenir l’émergence d’une Birmanie stable, prospère et ouverte sur le monde. L’insatisfaction des minorités ethniques avec la centralisation du pouvoir nourrit, depuis l’indépendance, une guerre civile meurtrière plus ou moins larvée dans les zones frontalières. L’incurie économique entretient le sous-développement et limite le potentiel d’un pays carrefour doté d’un marché de 55 millions d’habitants. L’autoritarisme reste fortement ancré dans une Birmanie dirigée par l’armée depuis le coup d’Etat de 1962. Dans les prochains mois, l’administration Thein Sein va avoir besoin d’un important soutien technique pour mener a bien les réformes annoncées. Il reste à voir si la communauté internationale sera capable de saisir l’opportunité de changement qui se présente actuellement en Birmanie.

Source Gavroche Thailande
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La Birmanie appelle l'Europe et les Etats-Unis à lever les sanctions à son encontre

Message  Admin le Jeu 17 Nov 2011 - 15:20

Le gouvernement birman demande à l'Occident de soutenir ses efforts d'ouverture en levant les sanctions décidées à son encontre depuis la fin des années 1990. "Nous sommes sur le chemin de la démocratie", déclare le ministre de l'information et porte-parole du gouvernement, Kyaw Hsan, dans un entretien publié jeudi par le Wall Street Journal. "C'est un processus de réformes irréversible."
"Si nous bénéficions de la coopération internationale pendant cette période, nous serons capables d'avancer bien plus vite dans notre processus de développement et, bien sûr, ce sera dans l'intérêt des deux parties", estime le ministre.

Dans ce contexte, les sanctions économiques et politiques imposées en particulier par les Etats-Unis et l'Union européenne vont "entraver notre processus de réformes et de développement", insiste-t-il, estimant que son pays a été contraint de se tourner vers la Chine, aujourd'hui un des principaux investisseurs en Birmanie. "Quand on se bat pour le développement, on ne peut pas choisir, nous devons accepter ce qui est le mieux pour le pays."
Ces propos interviennent alors que s'est ouvert jeudi 17 novembre le sommet de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) sur l'île indonésienne de Bali, dont la Birmanie va prendre la présidence en 2014. "L'ensemble des dirigeants sont d'accord pour dire que des changements significatifs, des développements significatifs, ont eu lieu en Birmanie", a déclaré le ministre des affaires étrangères indonésien, Marty Natalegawa.
Ce qui n'est pas du goût de Barack Obama. Le président américain a mis en garde contre une réhabilitation trop rapide du régime birman. "Les violations des droits de l'homme persistent", a-t-il déclaré, lors d'une visite diplomatique à Canberra.
Après les élections de novembre 2010, les premières en vingt ans, et la libération de l'opposante Aung San Suu Kyi, la junte s'est autodissoute en mars et a transmis ses pouvoirs à un gouvernement dit "civil" mais encore contrôlé par les militaires. Ce gouvernement a notamment engagé le dialogue avec Mme Aung San Suu Kyi et a libéré en octobre environ deux cents prisonniers politiques. Washington et Bruxelles réclament toujours la libération de plusieurs centaines d'autres pour envisager la levée de leurs sanctions.

Source www.lemonde.fr
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le généralissime Than Shwe à la retraite

Message  Admin le Ven 25 Nov 2011 - 16:09




C'est la première fois qu'un dirigeant de Naypyidaw confirme publiquement la retraite de Than Shwe. Selon le président de la chambre basse du Parlement, Shwe Mann, l'homme qui a dirigé la Birmanie d'une main de fer pendant près de vingt ans est "vraiment à la retraite" et n'est "pas du tout impliqué" dans la politique du nouveau gouvernement.
La retraite du généralissime avait été annoncée début avril, juste après le transfert des pouvoirs de la junte à un gouvernement dit "civil", mais les observateurs se demandaient depuis des mois si Than Shwe continuait à avoir un rôle en coulisse ou non, alors que le gouvernement s'est engagé sur la voie de réformes spectaculaires.

Jusqu'à présent, l'évocation du nom de Than Shwe ne suscitait que sourires nerveux et vagues références à sa retraite officielle.

CHANGEMENTS POLITIQUES RAPIDES

Depuis mars, le nouveau gouvernement, bien que toujours contrôlé par les militaires, a multiplié les gestes d'ouverture à un rythme effréné, encourageant notamment le retour au cœur du jeu politique de l'opposante Aung San Suu Kyi, libérée de résidence surveillée en novembre 2010. "C'est vrai que les changements politiques ont été plus rapides que nous ne le pensions", a commenté Shwe Mann, ancien officier supérieur de l'armée. "Je pense qu'il y aura plus de changements et de développements dans la politique à l'avenir".

Than Shwe avait maintenu la Birmanie sous le régime de la terreur à partir de 1992, étouffant l'aspiration démocratique incarnée par sa pire ennemie, Aung San Suu Kyi. Décrit par ses détracteurs comme fruste, paranoïaque et sous influence de l'astrologie, il avait aussi purgé le régime de nombre de ses ennemis putatifs et empêché l'émergence d'un nouvel homme fort.

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/11/25/birmanie-le-generalissime-than-shwe-est-vraiment-a-la-retraite_1609345_3216.html
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En Birmanie, beaucoup reste à faire pour établir la démocratie

Message  Admin le Lun 28 Nov 2011 - 10:49

LE PLUS. Alors que certains parlent déjà d'un "printemps birman" pour évoquer les progrès du régime, la dictature est toujours l'une des plus répressives au monde souligne Frédéric Debomy, auteur de "Résistantes. Pour une Birmanie libre".

"La non-désintégration de l'unité, la non-désintégration et la consolidation de la souveraineté nationale : telles sont nos causes", martelait la dictature militaire birmane depuis des années. Les "éléments de destruction internes et externes" devaient être écrasés afin de préserver l'unité et l'indépendance de la nation. Telle était donc la rhétorique brutale d'un régime qui surprend aujourd'hui les observateurs par une série de gestes inattendus et l'amélioration remarquée du climat politique.

Comment cela s'est-il produit et quelles conclusions en tirer? Il faut d'abord évoquer la "feuille de route" vers la démocratie des généraux birmans, initiée en 2003 après que l'attaque sanglante du convoi d'Aung San Suu Kyi, dirigeante de la Ligue Nationale pour la Démocratie alors en tournée politique, ait conduit le Japon à suspendre son aide et les Etats-Unis à durcir leur régime de sanctions. Cette feuille de route n'était-elle qu'une mascarade destinée à maintenir le statu quo? La réalité pourrait être plus nuancée.


Aung San Suu Kyi, symbole de la démocratie en Birmanie près de Rangoon le 14 août 2011 (S. THAN WIN)

Ce processus avait été mis en oeuvre par l'ancien premier ministre Khin Nyunt, alors considéré comme "la voix de la raison au sein du gouvernement, prêt à des accomodements avec l'extérieur" [1]. En somme, on peut penser que le régime avait envisagé dès 2003 qu'il lui faudrait procéder à une ouverture (contrôlée) du jeu politique pour garantir la pérennité de son règne. Khin Nyunt, ayant perdu la confiance de Than Shwe, l'homme fort du régime, sera cependant arrêté et assigné à résidence dès octobre 2004.

Les faits peuvent alors laisser penser que le projet initial de Khin Nyunt s'est mué sous la direction de Than Shwe en une stratégie visant à tromper la communauté internationale sur les intentions du régime et à gagner du temps. Mais peut-être le projet initial n'avait-il pas été totalement abandonné : l'actuel président Thein Sein, qui a affirmé récemment son attachement au "pouvoir militaire", a joué un rôle important dans l'accomplissement des différentes étapes de la feuille de route.

La métamorphose de la dictature

Cela pourrait expliquer les évolutions survenues ces mois derniers sous la direction de Thein Sein : reprise du dialogue avec Aung San Suu Kyi, suspension d'un projet de barrage controversé, adoption d'une loi autorisant les syndicats et le droit de grève, mise en place d'une commission nationale des droits de l'homme, relâchement de la censure.

Assiste-t-on à une transition qui s'opèrerait "par le haut", et à laquelle la mobilisation continue des forces démocratiques serait étrangère ? On peut aussi penser qu'en ne relâchant pas la pression, les forces démocratiques et leurs soutiens internationaux ont poussé le régime à évoluer : la métamorphose de la dictature militaire en un régime "civil" n'ayant pas convaincu, il lui fallait aller au-delà de la mise en place d'une parodie de démocratie. Ce serait alors l'échec du processus de la feuille de route, plutôt que son accomplissement, qui pourrait expliquer les changements survenus.

Assurément, la tenue des élections sous contrôle de novembre 2010 n'a pu empêcher l'ONU de poursuivre ses critiques du régime, ni persuader l'Association des nations d'Asie du Sud-est (ASEAN) qu'il était opportun de permettre au régime birman de prendre sa présidence en 2014. Les sanctions économiques des pays occidentaux étaient par ailleurs maintenues. Nulle normalisation des relations avec la communauté internationale ne s'était donc opérée. Le régime échouait en outre à neutraliser ses diverses oppositions (forces démocratiques emmenées par Aung San Suu Kyi, groupes armés issus de minorités nationales aspirant à un Etat fédéral et démocratique).

Le régime était-il menacé dans sa survie immédiate?

Les sanctions économiques appliquées par l'Occident à l'encontre du régime ne sont certes pas à même d'entraîner sa chute : le pouvoir birman commerce essentiellement avec les puissances régionales que sont la Chine, l'Inde et les pays de l'ASEAN.

Alors pourquoi, d'un coup, tant de précipitation à entreprendre des réformes refusées depuis plus de vingt ans ? Beaucoup des opposants à la politique de sanctions ont estimé qu'elle aurait pour seul effet de "jeter les Birmans dans les bras des Chinois", éloignant davantage encore la perspective d'une évolution démocratique. Mais le régime se trouverait-il bien dans les bras des Chinois? Selon un officiel indien (cité par Wikileaks), le pouvoir birman les détesterait et préférerait ne pas avoir à coopérer avec eux mais le ferait par pragmatisme, ayant le sentiment que Pékin est plus fiable que New Delhi.

Il faut en revenir ici à l'idéologie du régime : la souveraineté nationale avant tout. Or les pressions exercées par les puissances occidentales (notamment par le biais des Nations unies) ont obligé le régime à devoir beaucoup compter sur la protection de la Chine, seule puissance régionale à disposer aujourd'hui d'un droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU [2]. A cette forme de dépendance s'est ajoutée le poids croissant de la Chine dans l'économie birmane. Cela a-t-il fini par dépasser ce qu'un régime farouchement attaché à l'idée de souveraineté nationale pouvait tolérer?

Foncièrement xénophobe, le régime birman s'est toujours montré soucieux de préserver la population birmane de l'influence étrangère. Les pressions initiées par les occidentaux (tel le projet de mise en place d'une commission d'enquête onusienne sur les crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis en Birmanie) l'obligent cependant à compter sur les puissances régionales.

Une évolution partielle de la dictature

Pour y échapper, Thein Sein semble désormais parier sur l'amélioration des conditions de vie de la population :

"La question de l’économie nationale est liée aux questions politiques. Si la nation jouit de la croissance économique, la population deviendra riche et de ce fait ne sera pas soumise à l’influence des éléments [de destruction] internes et externes." [3]

Or on imagine mal un retour des instances financières internationales sans que le régime n'améliore ses relations avec l'Occident. Les anciens généraux en seraient-ils arrivés à penser qu’il leur fallait composer avec les forces démocratiques emmenées par Aung San Suu Kyi (jusque-là considérées comme des "éléments de destruction internes") pour améliorer ses relations avec l'Occident et entamer le développement du pays ?

Souveraineté nationale, maintien du pouvoir militaire : rien ne dit encore que l'idéologie du régime ne perdure pas. C'est donc à cette aune qu'il convient d'interpréter les évolutions en cours : un homme (Thein Sein) peut certes changer, mais il est plus difficile d'imaginer un régime entier évoluer d'un coup. Or ceux qui tiennent le pouvoir en Birmanie aujourd'hui sont essentiellement ceux qui en bénéficiaient avant la mutation récente du régime militaire en un régime "civil" : si Thein Sein a pu mener un certain nombre de réformes jusqu'à présent (et s'il le peut encore), c'est sans doute que ses actions répondent à la volonté commune des membres du régime de voir les fondamentaux préservés.

Il faut donc interroger les éventuelles limites du processus en cours : si le projet de Thein Sein demeure le maintien du pouvoir militaire, le processus de démocratisation pourrait ne pas aller aussi loin que nous le souhaiterions.

Certes, les derniers développements sont encourageants : adoption d’une loi autorisant les manifestations, probable retour dans la légalité d’une Ligue Nationale pour la Démocratie jusque-là interdite par le régime. Mais on ne saurait considérer qu'un véritable progrès est à l'œuvre en Birmanie tant que l’ensemble des prisonniers politiques n’aura pas été libéré et qu’un cessez-le-feu n’aura pas été conclu entre l’armée régulière birmane et les groupes armés issus des minorités nationales.

Rappelons-le : l’armée birmane se rend actuellement coupable de nombreuses atteintes aux droits de l'homme à l'encontre des populations civiles des régions en conflit (torture, exécutions extrajudiciaires, recours au déminage humain et au travail forcé…). La communauté internationale doit réclamer avec force la fin de ces violations. Elle doit en outre être consciente du fait que les problèmes de la Birmanie ne sauraient être résolus sans que les revendications des minorités nationales ne soient entendues : il ne saurait y avoir de stabilité en Birmanie si ces dernières sont négligées.

Frédéric Debomy a coordonné le livre "Résistances. Pour une Birmanie libre." (Aung San Suu Kyi, Stéphane Hessel et Info Birmanie) aux éditions Don Quichotte.

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[1] Selon un homme d'affaires à Rangoun, cité par Thierry Falise dans son livre Aung San Suu Kyi. Le jasmin ou la lune, éditions Florent Massot, 2007.
[2] On notera avec intérêt l'appui du régime birman à la volonté indienne de devenir membre permanent du Conseil de sécurité.
[3] Burma Campaign News numéro 21, publication de Burma Campaign UK, été 2011.


http://leplus.nouvelobs.com/contribution/217929;en-birmanie-beaucoup-reste-a-faire-pour-etablir-la-democratie.html



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En Birmanie, l’ouverture politique n’a aucun effet sur l’emploi et les investissements

Message  Admin le Mer 30 Nov 2011 - 14:23

Alors qu’Hillary Clinton arrive aujourd’hui pour constater les progrès accomplis, l’économie locale est «léthargique»

A première vue, sur ce marché couvert de Hat Karon, dans le sud de la Thaïlande, Maung est un marchand comme les autres. A un détail près: il est d’origine birmane. «Je viens ici pendant la haute saison. Dans mon pays, il n’y a pas de travail», expose-t-il. Et les effets de la politique d’ouverture du nouveau gouvernement sur son quotidien? Cet étudiant à Mandalay sourit mais baisse la tête, visiblement embarrassé.

«Tous les experts qui se sont penchés sur la situation du pays sont clairs: l’intérêt du gouvernement primera toujours sur celui du peuple», résume William Boot, journaliste à l’Irrawady, un mensuel édité par des expatriés birmans depuis la ville thaïlandaise de Chiang Mai.

Depuis un an, le régime, dit civil, mais encore largement contrôlé par les militaires, a pourtant adopté une série de réformes historiques pour tenter de mettre un terme aux sanctions internationales qui frappent le pays. Il a libéré des prisonniers politiques, autorisé des manifestations pacifiques et levé certaines restrictions pour la presse. Libérée il y a un an, la cheffe de file de l’opposition, Aung San Suu Kyi, a même été autorisée à confronter ses idées avec celles du nouveau président, cet été.

Cette ouverture a été récemment saluée par l’administration Obama. Mercredi, et jusqu’à la fin de la semaine, une délégation menée par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton se rendra d’ailleurs à Rangoon et à Naypyidaw, capitales économique et politique du pays, pour «engager des discussions et ouvrir le dialogue», selon Washington. Outre des intérêts plus géopolitiques qu’humanistes, les Etats-Unis veulent aussi «voir une Birmanie qui répond aux besoins de ses citoyens», a précisé le porte-parole, Mark Toner.

«Aucun grand changement n’est à attendre ces prochaines années», prévoit Marie Lall, une spécialiste indépendante des régions d’Asie du Sud-Est. Dans un rapport détaillé, le think tank United States Institut for Peace (USIP) a établi la liste des dix «chemins» à emprunter pour que la Birmanie progresse sur le plan économique. Il faut commencer par soutenir le secteur agricole, qui compte pour environ 50% du PIB, selon l’USIP. «La Birmanie a le potentiel pour redevenir le premier exportateur de riz d’Asie», estime l’un des auteurs de l’étude, Raymond Gilpin. «A condition que la production soit modernisée, que la commercialisation soit libéralisée et que le système de crédit soit amélioré», énumère-t-il. A l’exception des gros producteurs locaux et des filiales de conglomérats étrangers, l’accès au financement est impossible pour les petites et moyennes exploitations. Ou alors par le biais de prêteurs informels, qui pratiquent des taux pouvant aller jusqu’à 15% par mois. «Les agriculteurs se ruinent en empruntant. Du coup, ils n’investissent plus et produisent moins qu’avant, parce qu’ils n’utilisent plus de fertilisants et n’améliorent plus leur technique de récolte», note Raymond Gilpin.

Le catalogue de l’USIP cite aussi les infrastructures. Electricité, communications, autoroutes, ports et lieux d’accueil pour les touristes. Tout manque, selon le think tank américain. Et il y a aussi l’archaïsme du système de statistiques. Le dernier recensement officiel date des années 1930. Parmi d’autres recommandations figure encore la socialisation des bénéfices de l’extraction de matières premières, dont le pays est riche. «Cela pourrait améliorer sensiblement le confort social, mais aussi servir à réconcilier certaines minorités et le gouvernement», estime l’USIP. C’est en tout cas grâce aux investissements étrangers – surtout chinois – dans ce secteur que les chiffres financiers du pays progressent (+5,3% de croissance estimée en 2010), selon une étude de l’Economist Intelligence Unit (EIU). «A part ça, l’économie domestique restera léthargique. Le niveau de vie continue de baisser», estime l’EIU. Pour Marie Lall, tout espoir n’est pas perdu: «Une fois que les régions auront gagné en autonomie politique, des changements de fond prendront place.»

En attendant, Maung, lui, retournera en Birmanie à fin avril. Il ira donner une partie de son pécule à sa famille, restée dans le nord du pays. «Là-bas, témoigne-t-il, les affrontements entre la junte et les minorités continuent.» C’est «business as usual», conclut le journaliste William Boot.

http://www.letemps.ch/
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La population entre crainte et espoir

Message  Admin le Jeu 1 Déc 2011 - 11:26

Après des décennies de dictature militaire et de désastre économique, la population birmane entrevoit quelques lueurs d’espoirs alimentées par les réformes du nouveau gouvernement, mais elle reste toutefois prudente, habituée aux déconvenues.
Dernier signe en date de l’ouverture d’un pays qui a longtemps vécu en paria de la communauté internationale, le nouveau régime dit « civil » accueille à partir de mercredi Hillary Clinton, pour la première visite d’un secrétaire d’Etat américain depuis cinquante ans.
« Nous avons entendu parler de la visite de Hillary Clinton dans les médias. Je ne sais pas ce qui va se passer mais j’espère que des bonnes choses vont arriver, commente une femme au foyer de 30 ans à Rangoun. Je n’ose pas croire que le régime militaire est complètement terminé (…) nous avons toujours peur ».
La junte s’est autodissoute en mars et a transmis ses pouvoirs à un gouvernement dit « civil ». Bien que le pays soit toujours dominé par les militaires, le régime a depuis multiplié les réformes politiques à un rythme effréné.
Alors, certains veulent croire que le pire est derrière eux. »Grâce aux changements politiques, je ne pense pas qu’on retournera au régime militaire », estime ainsi un chauffeur de taxi de la capitale Naypyidaw. »Nous voulons que le gouvernement avance vers une véritable démocratie », ajoute-t-il, demandant malgré tout à rester anonyme, témoignage du climat de peur toujours présent.
Pendant ses trois jours en Birmanie, Hillary Clinton sera reçue à Naypyidaw par le président Thein Sein, et se rendra à Rangoun pour une rencontre avec Aung San Suu Kyi. Le président américain Barack Obama a expliqué que cette visite devait encourager les « lueurs de progrès » dans un pays cible de sanctions occidentales depuis la fin des années 1990 en raison de ses violations des droits de l’Homme.
Ces derniers mois, Thein Sein a notamment encouragé le retour de Aung San Suu Kyi au coeur du jeu politique, il a libéré environ 200 prisonniers politiques et a également suspendu la construction d’un barrage controversé financé par son puissant allié et voisin chinois.
Et le parlement a voté de nouvelles lois pour autoriser le droit de grève et le droit de manifester.
La Ligue nationale pour la démocratie (LND) dissoute de Mme Suu Kyi, a de son côté décidé de se ré-enregistrer et de présenter des candidats aux prochaines élections partielles. Et la lauréate du prix Nobel de la paix est décrite par son entourage comme décidée à conquérir un siège de député.
Le parti, qui avait remporté les élections de 1990 sans jamais être autorisé à exercer le pouvoir, avait été dissous en mai 2010 par les militaires après avoir annoncé son boycott des élections de novembre suivant, les premières en vingt ans. Cette décision de boycott avait provoqué une scission de la LND et la création de la Force démocratique nationale (NDF), qui a gagné quelques sièges au parlement.
Son leader Khin Maung Swe a salué le retour de Suu Kyi qu’il a qualifié de « revirement majeur ». « C’est un pas politique important et de bon augure pour la Birmanie », a-t-il expliqué.
Mais malgré un certain optimisme, les doutes persistent sur les réelles intentions du régime, dont certains craignent que les réformes ne soient qu’un stratagème pour revenir dans les bonnes grâces de la communauté internationale. »Je ne sais pas si les changements sont réels ou pas. Je sais seulement que Suu Kyi a été libérée » de sept années de résidence surveillée en novembre 2010, note Kyaw Soe, batelier de 37 ans, dans la banlieue de Rangoun. »Même sous le régime militaire, notre famille était sortie pour saluer sa libération, alors nous avons eu des problèmes dans notre village. Mais on s’en fiche. Nous n’avons pas peur, parce que nous sommes du bon côté »


http://webasies.com/en-birmanie-la-population-entre-crainte-et-espoir/
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Trêve conclue entre les autorités et un important groupe rebelle

Message  Admin le Sam 3 Déc 2011 - 12:22

Les autorités birmanes sont parvenues à un accord préliminaire de cessez-le-feu avec l’un des principaux groupes rebelles des minorités ethniques, dernière ouverture en date du nouveau régime envers ses opposants, selon des médias.

La trêve a été signée vendredi entre l’Armée de l’Etat Shan Sud et les autorités locales de cet Etat du nord-rst du pays, a indiqué à l’AFP Khuensai Jaiyen, rédacteur en chef de l’agence Shan Herald News Agency, installée en Thaïlande, citant des sources au sein du groupe rebelle.

Aucune confirmation n’a pu être obtenue auprès des autorités birmanes ni du groupe.

Multiplication des réformes

Selon le site d’informations Irrawaddy, dirigé par des Birmans en exile, cet accord inclut des engagements du gouvernement pour le développement économique et la lutte contre la drogue. Des négociations avec le gouvernement central devraient maintenant être organisées.

La Birmanie a multiplié les réformes politiques depuis l’autodissolution de la junte qui a transféré en mars ses pouvoirs à un gouvernement «civil», même si le pays est toujours dominé par les militaires.

Les Occidentaux ont salué prudemment ces réformes, mais insistent toujours en particulier sur la nécessité de mettre un terme à la guerre civile qui oppose depuis des décennies l’armée à des groupes ethniques qui réclament plus de droits et d’autonomie.

Si certains groupes ont conclu des cessez-le-feu avec la capitale, d’autres n’ont jamais noramlisé leurs rapports avec le pouvoir depuis l’indépendance en 1948.

Un ministre du gouvernement a participé le mois dernier à des discussions de paix avec plusieurs de ces groupes, selon un des groupes concernés.

Les Shans, deuxième groupe ethnique du pays

Avec 9% de la population, les Shans sont le deuxième groupe ethnique derrière la majorité birmane. Et l’Armée de l’Etat Shan Sud est l’un des groupes rebelles les plus importants, avec des milliers de combattants.

Dans l’Etat Karen, dans l’est, des rebelles se battent par intermittence depuis 1949 et dans l’Etat Kachin, dans le nord, des combats ont repris depuis juin.

Le quotidien officiel New Light of Myanmar avait indiqué jeudi que des discussions de paix avaient eu lieu la veille entre gouvernement et rebelles kachins.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, en visite historique cette semaine en Birmanie, avait salué les efforts du gouvernement pour résoudre ces conflits.

«Mais tant que les violences terribles continuent dans ce qui est l’un des conflits intérieurs les plus anciens, il sera difficile de commencer un nouveau chapitre», avait-elle déclaré.


AFP
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«Je ne crois pas à un retour en arrière et une répression en Birmanie»

Message  Admin le Ven 16 Déc 2011 - 15:11

Questions à Wai Phyo, journaliste birman, prix Reporters sans frontières 2011

Wai Phyo, du Weekly Eleven News, propriété de l’Eleven Media Group, a reçu mercredi à Paris le prix Reporters sans frontières. Il revient sur les réformes en cours initiées par le gouvernement «civil» birman qui a succédé à la junte en mars.

La censure contre la presse est-elle encore pratiquée ?

Depuis huit mois, des changements sont en cours dans la presse birmane qui publie dorénavant les photos d’Aung San Suu Kyi. Pour nos journaux sportifs, nous n’avons plus besoin de faire contrôler nos pages avant publication. En revanche, les pages du Weekly Eleven News Journal, notre hebdomadaire d’informations générales, sont toujours visées par la censure. Nous avons pu publier un article très critique sur le projet de barrage de Myitsone [l’immense chantier destiné à fournir de l’énergie en Chine a été suspendu jusqu’en 2015, ndlr] en évoquant les risques écologiques, les dangers pour les populations kachines et en donnant la parole aux opposants au projet. La censure est intervenue à la marge en modifiant ou en effaçant quelques mots, mais l’article a été publié. Quelques mois plus tôt, cela aurait été impossible.

S’agit-il de réformes cosmétiques ou d’un changement de nature ?

Le régime lâche du lest petit à petit. Je ne crois pas un brusque arrêt des réformes avec un retour en arrière et une répression comme en 1988 [au moins 3 000 morts, ndlr]. Le régime sait qu’il subirait alors une pression très forte des Etats-Unis, de l’Union européenne et un renforcement des sanctions internationales dont il souhaite se débarrasser. En 2013, la Birmanie va accueillir les Jeux du Sud-Est asiatique et, l’année d’après, elle présidera l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. Les autorités ne feront rien qui puissent compromettre ses deux rendez-vous internationaux. Disons que la libération de tous les prisonniers politiques, dont Min Ko Naing [leader de la révolution de 1988], marquera un vrai changement.

Ancien général, le président Thein Sein peut-il incarner une transition démocratique ?

Il est l’origine de la suspension du barrage de Myitsone. Il a tenu compte de l’avis des populations et des ONG. Il a rencontré Aung San Suu Kyi, qui semble croire à la sincérité de Thein Sein. Il est conscient que l’économie est à terre, qu’il y a urgence à agir face à la crise monétaire. Cela prendra du temps, car les militaires sont là depuis 1962, mais le régime change.

www.liberation.fr
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Re: Birmanie - un zest d'ouverture de facade

Message  Admin le Sam 17 Déc 2011 - 3:20

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une «révolution douce» qui soulève des questions

Message  Admin le Mar 17 Jan 2012 - 12:05

Il y a près d'un an, la junte birmane, l'une des pires dictatures de la planète au pouvoir pendant près d'un demi-siècle transférait ses pouvoirs à un nouveau gouvernement civil, bien que contrôlé par d'anciens militaires. Dirigée par le président Thein Sein, la nouvelle a multiplié les réformes spectaculaires, permettant en particulier le retour au coeur du jeu politique de l'opposante Aung San Suu Ky, mais aussi celle des diplomates et investisseurs étrangers.


Libération des prisonniers politiques, légalisation des syndicats, levée de la censure sur les journaux, réenregistrement de la Ligue nationale démocratique, le parti politique d'Aung San Suu Kyi, organisation d’élections législatives. Rarement un pays sous la coupe d’une dictature militaire depuis plus de 25 ans aura ouvert ses portes avec une telle célérité. Au point de se poser des questions sur les motivations de ce printemps de Rangoun qualifié de « processus historique » par Alain Juppé lors de sa visite dans le pays ce week-end.

Les images du printemps arabe et de ces dictateurs inflexibles fuyant leurs pays avant, pour certains, d’être mis en cage et jugés ? La libération de l'opposante Aung San Suu Kyi qui apparaît comme le premier signe d’un assouplissement du régime birman est intervenu en novembre 2010 soit avant les premiers prémices du printemps arabe invalide cette hypothèse.

C’est bien plus le critère économique qui semble être à l’origine de cette conversion. Le pays, qui recèle de ressources naturelles, était soumis à des sanction économiques depuis plus de deux décennies et nombre de généraux se sont convertis à l’idée de profiter de cette manne.

BEAUCOUP DE PROMESSES...À TENIR

Un pari risqué mais plutôt payant. « Transformée » en un coup de baguette magique en un gouvernement civil, la junte fait un sans-faute diplomatique, politique et de communication. A tel point que les Etats-Unis ont annoncé le rétablissement des relations diplomatiques avec le pays et l’envoi d’un ambassadeur. Et les délégations d’hommes d’affaires japonais et américains se précipitent déjà dans le pays dont les ressources en gaz, pétrole, minerais divers et la situation stratégique entre l’Inde, la Chine et le reste du sud-est asiatique attire toutes les convoitises.

Cette nouvelle équipe a multiplié les réformes spectaculaires ces derniers mois, permettant en particulier le retour au coeur du jeu politique de Aung San Suu Kyi. Convaincue de la bonne foi du nouveau pouvoir, celle-ci a annoncé qu’elle participerait en avril aux élections législatives, pour la première fois depuis 1990. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, avait alors remporté le scrutin, mais la junte avait annulé le résultat. La télévision d'Etat a annoncé qu'au total 651 prisonniers seraient amnistiés dans le cadre d'un nouveau pardon présidentiel, sans préciser combien sont des détenus politiques --368, selon des indications non recoupées.

Un processus d’ouverture qui ne lève pas toutes les interrogations sur les objectifs du nouveau pouvoir dont certains redoutent la duplicité.
Paris, Washington et Tokyo restent particulièrement attentifs à certains points : la poursuite du dialogue politique, la libération effective de tous les prisonniers politiques et le respect du droit des minorités ethniques. Un dernier volet jugé crucial après des décennies de lutte armée entre Rangoun et une pléiade de rebellions ethniques. La plupart d'entre-elles ont accepté le cessez-le-feu, comme les Karens,

«Nous devons donner aux autorités birmanes un satisfecit, et cette visite en est un, mais nous leur dirons que nous attendons davantage», relève une source diplomatique citée par Le Figaro.

DES NÉGOCIATIONS OUVERTES AVEC LES MINORITÉS ETHNIQUES
A cet égard, il n’est pas inutile de rappeler que le général Thein Sein, ancien général et premier Ministre de la junte, a été élu président de la République le 4 février 2011, à l'issue d'élections considérées comme truquées par l'opposition et par la communauté internationale. D’où la suspicion de certains observateurs qui s’interrogent afin de savoir si Thein Sein n’est pas que la « vitrine civile » présentable de la junte dont certains membres sont encore présents dans le gouvernement.

Considéré comme un modéré bien qu’ayant été l’un des piliers de la junte militaire, Thein Sein reste une énigme et ses véritables capacités d’actions sont mal connues, bien que la multiplication des gestes d’ouvertures récents apparaissent comme autant de garanties et de démonstration de sa «bonne volonté ». Certains experts n’en oublient pas pour autant que la Birmanie est encore un pays dirigé par un régime autoritaire, très lié à Pékin et dont le processus de « perestroïka » est fragile.

Outre la libération en novembre 2010 de la prix Nobel d’Aung Saung Suu Kyi et l’autorisation qui lui a été donnée de se présenter aux élections législatives prévues le 1er avril prochain, l'avancée la plus surprenante, bien que moins connue, reste l’accord de cessez le feu signé le 12 janvier avec l’ethnie Karen. L'accord est intervenu lors des pourparlers entre les fonctionnaires et la Karen National Union (KNU) dans le capital de Hpa-an, de l'Est de l'État Karen. Les Karen luttent pour une plus grande autonomie depuis plus de 60 ans. Largement chrétienne et favorisée par les Britanniques pendant les années de domination coloniale, les Karen se sont rebellés contre le traitement répressif des militaires birmans nationalistes, l’accusant même de génocide.

En revanche, le contexte est plus difficile dans l’état Kachin, au nord du pays, qui abrite nombre de ressources naturelles minières et forestières. En juin dernier, en plein processus d'ouverture, le régime lancait une offensive contre la Kachin Independence Army (KIA) et multipliait les attaques contre civils, rompant ainsi un cessez-le-feu vieux de 17 ans. Un regain de tensions préoccupant pour bon nombre d’ONG qui qualifient ce conflit de « guerre cachée de Birmanie ». Si le conflit continue, là aussi les choses pourraient bouger: le président Thein Sein a donné ordre à l'armée de ne pas attaquer les minorités dans tout le pays et des rencontres entre le gouvernement birman et des représentants Kachin en vue de pourparlers de paix sont prévues le 18 janvier dans la ville frontière chinoise de Ruili.

source http://www.marianne2.fr/Birmanie-une-revolution-douce-qui-souleve-des-questions_a214600.html

L'armée birmane a ordre de ne pas attaquer les minorités



Le nouveau gouvernement "civil" birman, contrôlé par d'anciens militaires, a lancé il y a quelques mois des discussions de paix avec les groupes rebelles des minorités ethniques, signant des cessez-le-feu en décembre avec la puissante Armée de l'Etat Shan-Sud et la semaine dernière avec la principale rébellion des Karens. ( © AFP Soe Than Win)

NAYPYIDAW (AFP) - Le président birman Thein Sein a ordonné à l'armée de ne plus attaquer les minorités ethniques "dans tout le pays", a indiqué mardi un ministre à l'AFP, reconnaissant que l'ordre était parfois difficile à faire appliquer dans l'Etat Kachin où les combats continuent.

Le nouveau gouvernement "civil" birman, contrôlé par d'anciens militaires, a lancé il y a quelques mois des discussions de paix avec les groupes rebelles des minorités ethniques, signant des cessez-le-feu en décembre avec la puissante Armée de l'Etat Shan-Sud et la semaine dernière avec la principale rébellion des Karens.

Khin Yi, ministre de l'Immigration et de la Population, ancien chef de la police, était l'un des trois membres du gouvernement présents à cette signature avec l'Union nationale karen (KNU) et en a rendu compte le lendemain à son président.

Thein Sein a alors ordonné à l'armée de ne plus attaquer aucun groupe ethnique --sauf pour se défendre--, a expliqué le ministre lors d'un entretien à l'AFP dans son bureau de la capitale Naypyidaw.

"L'ordre couvre tout le pays", a-t-il insisté.

En décembre, le président avait déjà demandé aux forces armées de ne plus attaquer les Kachins, dans le nord du pays, mais les combats n'ont pas pour autant cessé, ce qu'a reconnu Khin Yi.

"Parfois, l'ordre n'a pas atteint la base", a-t-il noté. "Certaines unités de terrain, en patrouillant, se sont rencontrées inopinément et ont échangé des tirs", a-t-il ajouté, notant que les incidents pouvaient être imputés aux "deux" côtés.De nombreuses minorités, qui forment un tiers des 50 millions d'habitants de la Birmanie, n'ont jamais pacifié leurs rapports avec le pouvoir depuis l'indépendance en 1948. Une guerre civile oppose depuis certains d'entre eux à l'armée.

Alors que les militaires birmans sont également accusés de multiplier les exactions à l'égard des civils dans ces zones, ce dossier constitue un point de blocage majeur avec les pays Occidentaux.

© 2012 AFP
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Thein Sein promet la poursuite des réformes

Message  Admin le Ven 2 Mar 2012 - 12:40

Rangoon — Le président birman, Thein Sein, a promis hier de poursuivre les réformes et appelé les investisseurs étrangers à soutenir son pays où, a-t-il dit, «le processus de démocratisation n'en est qu'à ses balbutiements».

Dans un discours de trois quarts d'heure devant le parlement, onze mois après son entrée en fonctions, l'ancien général de la junte birmane a lancé un appel au cessez-le-feu entre l'armée gouvernementale et les rebelles kachins. La Birmanie est le théâtre depuis des décennies de plusieurs conflits ethniques et les pays occidentaux ont posé comme condition à la levée de leurs sanctions la conclusion de cessez-le-feu entre le gouvernement et les différents groupes armés. Les autorités sont parvenues à conclure une trêve avec la plupart des 16 mouvements séparatistes du pays.

Thein Sein, 66 ans, ancien numéro quatre de la junte militaire, s'est forgé ces derniers mois une image de réformateur et a établi de bons rapports avec la dirigeante de l'opposition, Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991.

Cette dernière a accepté de se présenter aux élections législatives partielles prévues le 1er avril prochain, tout en se montrant prudente sur l'irréversibilité des réformes démocratiques en cours.

Thein Sein a déclaré que le passage du pouvoir des militaires aux civils l'an dernier avait souvent été accueilli avec scepticisme, mais a souligné les réalisations de son gouvernement depuis près d'un an en faveur de l'emploi, du niveau de vie, de la lutte contre la corruption et des investissements.

Thein Sein n'a pas directement évoqué les sanctions internationales qui frappent son pays, mais a insisté sur le fait que la Birmanie devait relever de grands défis en raison de son isolement international. «Notre pays s'est retrouvé à la traîne dans le processus de mondialisation, nous ne devons donc négliger aucune leçon et donner le meilleur de nous-mêmes en nous ouvrant au monde», a-t-il souligné.

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/344056/birmanie-thein-sein-promet-la-poursuite-des-reformes


La campagne pour les élections législatives partielles, prévues le 1er avril, bat son plein. Ici, le président Thein Sein prononce un discours devant le parlement à Naypyidaw. (Nyein Chan Naing/EPA/Keystone)
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Soutenons le printemps birman !

Message  Admin le Mer 7 Mar 2012 - 17:02

par Joseph E. Stiglitz) - Alors que la Birmanie est restée presque figée politiquement pendant un demi-siècle, une nouvelle classe de dirigeants essaie d'opérer une transformation rapide de l'intérieur. Le gouvernement a libéré des prisonniers politiques, tenu des élections (et d'autres sont en préparation), entamé des réformes économiques et fait tout pour attirer les investissements étrangers.

RANGOON – Comme on pouvait s'y attendre, la communauté internationale qui applique depuis longtemps des sanctions contre la dictature birmane reste prudente. Les réformes se déroulent à un rythme si rapide, que même les experts les plus renommés sont déroutés.

Mais il est clair pour moi que ce qui se passe actuellement en Birmanie constitue l'occasion d'un véritable changement pour le pays - une occasion que la communauté internationale ne doit pas laisser passer. Elle doit encourager ce changement, non seulement en offrant de l'aide, mais en levant les sanctions qui sont maintenant un obstacle à la transformation du pays.

La transformation qui a débuté après les élections législatives de novembre 2010 se déroule à une vitesse époustouflante. Comme 25% des sièges étaient réservé aux militaires au pouvoir depuis 1962, on pouvait s'attendre à ce que les élections ne soient qu'une façade. Mais le gouvernement formé par la suite répond bien au-delà de ce que l'on aurait pu imaginer aux préoccupations fondamentales de la population.

Sous la direction du nouveau président, Thein Sein, les autorités réagissent favorablement aux demandes d'ouverture politique et économique. Des avancées ont été réalisées pour parvenir à un accord de paix avec les rebelles des minorités ethniques - les conflits avec ces derniers s'enracinent dans la stratégie du "diviser pour régner" du colonialisme que les dirigeants ont continué à appliquer pendant plus de 60 ans après l'indépendance. L'assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, a été levée et elle fait maintenant campagne pour une élection législative partielle qui aura lieu en avril.

Du point de vue économique, le processus budgétaire est d'une transparence sans précédent. Les dépenses en faveur de la santé et de l'éducation ont doublé, partant il est vrai d'un niveau très faible. Dans nombre de domaines essentiels, l'obligation de demander une autorisation gouvernementale a été assouplie. Le gouvernement s'est même engagé à simplifier le système complexe de taux de change.

Le vent d'espoir qui souffle sur le pays est palpable. Pourtant, parmi les Birmans les plus âgés qui ont assisté dans le passé à des périodes de libéralisation illusoire, certains restent circonspects. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle la communauté internationale hésite à relâcher la pression sur la Birmanie. Mais la majorité de la population estime que si le changement est bien géré, un retour en arrière sera impossible.

En février j'ai participé à des séminaires à Rangoon et à Naypyidaw, la nouvelle capitale construite il y a peu. Ils étaient organisés par l'un des économistes les plus réputés du pays, U Myint. Ce furent des événements marquants, tant par le nombre de participants et leur implication dans les colloques (plus d'un millier de personnes à Rangoon) que par la grande qualité des interventions par ailleurs émouvantes de deux célèbres économistes birmans qui avaient quitté le pays dans les années 1960 et qui viennent d'y revenir après plus de 40 ans.

Ronald Findlay, mon collègue de l'université de Columbia, m'a fait remarquer que l'un d'eux, Hla Myint, 91 ans, ancien professeur à la London School of Economics, est le père de l'une des stratégies en faveur du développement les plus réussies, une stratégie basée sur une économie ouverte et une croissance fondée sur les exportations. De nombreux pays d'Asie y ont eu recours, notamment la Chine. Elle va peut-être finalement s'appliquer à son pays d'origine.

En décembre 2009 j'avais donné une conférence en Birmanie. A cette époque, du fait de la susceptibilité du gouvernement, il fallait faire preuve de prudence dans la manière de présenter les problèmes du pays (la pauvreté, le manque de productivité des zones rurales, le manque de main d'œuvre non qualifiée). Désormais la prudence fait place au sentiment d'urgence face à ces problèmes et à d'autres, ainsi qu'à la prise de conscience du besoin d'aide internationale (la Birmanie est l'un des pays qui en bénéficie le moins relativement à la taille de sa population et à son niveau de revenu).

On s'interroge beaucoup sur les raisons de la rapidité des changements en Birmanie. Peut-être ses dirigeants reconnaissent-ils que leur pays, premier exportateur mondial de riz dans le passé, est maintenant loin derrière les pays voisins. Peut-être ont-ils été attentifs au message du Printemps arabe, ou tout simplement comprennent-ils qu'avec plus de trois millions de Birmans à l'étranger, il est impossible d'isoler le pays du reste du monde et d'empêcher que ne parviennent les idées de l'extérieur. En tout état de cause, le changement est en marche - il constitue une chance qu'il faut saisir !

Mais quelle qu'ait pu être leur utilité dans le passé, beaucoup de sanctions internationales semblent maintenant contre-productives. Ainsi les sanctions financières freinent le développement d'un système financier moderne et transparent, intégré au reste du monde. Le système économique qui en résulte est basé sur les liquidités, ce qui est une invitation à la corruption.

De la même manière, l'interdiction faites aux entreprises socialement responsables des pays avancés de signer des contrats avec la Birmanie a laissé le champ libre à d'autres, bien moins scrupuleuses. La Birmanie espère conseils et soutien de la part des institutions multilatérales et du programme de développement de l'ONU ; au lieu de nous en réjouir, nous continuons à restreindre le rôle que ces institutions peuvent jouer dans la transition birmane.

Chaque fois que nous refusons une aide ou imposons des sanctions pour favoriser certains changements, pensons à ceux qui en supportent le fardeau. Ouvrir nos marchés à la Birmanie dans le secteur de l'agriculture et de l'habillement - et même lui accorder des préférences similaires à celles dont bénéficient d'autres pays pauvres - profiterait directement aux paysans pauvres qui constituent 70% de la population et créerait de nouveaux emplois. Les puissants et les riches parviennent à contourner les sanctions financières, même si cela à un coût, mais la population ne peut échapper aussi facilement aux conséquences du statut de paria de leur pays.

Nous avons vu le Printemps arabe fleurir non sans hésitation dans quelques pays seulement, tandis que dans d'autres il n'est pas encore sûr qu'il portera ses fruits. Le Printemps birman paraît plus calme, sans toute la fanfare de Twitter et Facebook, mais tout aussi réel. Il mérite le même soutien !

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

http://lecercle.lesechos.fr/economistes-project-syndicate/joseph-e-stiglitz/221144214/soutenons-printemps-birman
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le viol continue d'être utilisé comme arme de guerre malgré les promesses de paix

Message  Admin le Jeu 8 Mar 2012 - 12:55

En Birmanie, la soudaine ouverture opérée par le gouvernement d'un pays connu pour être parmi les plus fermé au monde laisse présager un avenir meilleur. Alors que soixante années de dictature militaire ont plongé le pays et sa population dans une situation de pauvreté et de déchéance économique chronique, le vent de liberté et de démocratie qui semble souffler sur Rangoun et Naypyidaw suffira-t-il à relever toute une nation ?
L'espoir est grand, car le changement de cap opéré par les autorités du pays est inédit. En entamant un dialogue avec Aung San Suu Kyi et en réintégrant officiellement son parti au processus politique, les autorités ont ouvert une voie nouvelle. Aung San Suu Kyi et la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) ont ainsi pris la décision de participer aux prochaines élections partielles, qui auront lieu le 1er avril 2012, laissant présager une ouverture politique graduelle envers l'opposition.

Par ailleurs, le 16 janvier dernier le président Thein Sein a accordé une amnistie à environ 300 opposants. Parmi eux se trouvaient les principaux leaders de l'opposition birmane. Malgré les conditionnalités imposées aux prisonniers nouvellement libérés, et le maintien en détention de plusieurs centaines de prisonniers de conscience, ce geste représente la décision la plus significative du président depuis le début de son mandat. Enfin, les autorités ont entamé des pourparlers de paix avec les principaux groupes issus des minorités ethniques, qui se sont soldés par des accords préliminaires de cessez-le-feu.

Face à l'euphorie que déclenchent ces évolutions, l'optimisme prévaut. Pourtant, une autre facette de la réalité birmane semble être ignorée par le monde et ceux qui le dirigent : celle de la situation des minorités ethniques. Plusieurs régions sont encore en proie à une profonde instabilité, des attaques armées continuent d'être perpétrées par des soldats de l'armée birmane, et ce malgré l'ordre donné par le président Thein Sein de mettre un terme à ces attaques. Actuellement, le cas de l'Etat Kachin, au nord du pays, en est l'exemple le plus probant.

Juliette Louis-Servais, chargée de mission du CCFD-Terre Solidaire, revient d'une mission dans cet Etat. Elle témoigne d'exactions graves commises dans le cadre du conflit : "Tous nos partenaires et associations de développement non politisés, ainsi que plusieurs réfugiés m'ont fait état de pillages systématiques des villages, d'attaques contre les civils, d'acte de tortures et de violence sexuelle". 70 000 personnes ont déjà été déplacées par ce conflit qui dure depuis juin 2011 et ne semble pas en voie de s'apaiser. Cette réalité amène à sérieusement relativiser les promesses de démocratie et de paix énoncées par le régime et largement relayées par les médias et les diplomates.

Dans les zones de conflits, qu'ils soient latents ou ouverts, les populations les plus vulnérables sont souvent les femmes et les enfants. Outre le travail forcé et les déplacements de populations, un autre crime ignoble continue d'être commis à leur encontre par les soldats de l'armée birmane, et ce, en tout impunité : l'utilisation du viol et de la violence sexuelle comme arme de guerre. L'utilisation systématique et généralisée du viol par les soldats de l'armée birmane à l'encontre des populations civiles des régions ethniques vise à soumettre et à briser les communautés que les autorités soupçonnent de soutenir les groupes armées de ces régions. Cette pratique a été documentée depuis 1996 par de nombreuses organisations issues de ces minorités ainsi que par les Nations unies.

Publié à l'occasion de la journée internationale de la femme, un rapport produit par l'association Info Birmanie et sa consœur suédoise le Swedish Burma Committee, relate, en se basant sur les informations et témoignages collectés par les organisations birmanes depuis de nombreuses années, pourquoi le viol est considéré comme une arme de guerre en Birmanie. Le rapport liste les mécanismes qui sont à la disposition des autorités nationales et internationales afin de mettre un terme à cette abomination.

Un rapport publié par la Kachin Women's Association(KWAT) en octobre 2011 montre que l'utilisation du viol comme arme de guerre continue, en dépit de l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement dit civil en mars 2011. Entre juin et septembre 2011, dans l'Etat Kachin et le nord de l'Etat Shan, la KWAT a pu collecter les témoignages de "(…) trente-quatre femmes et fillettes [qui] ont été violées par des soldats de l'armée birmanes ou des par des individus apparentés au régime au pouvoir. Ces viols ont été perpétrés à l'encontre de femmes et de fillettes âgées de 9 à 50 ans. Beaucoup d'entre elles ont été violées de façon répétée, par plusieurs hommes. Au moins quinze des victimes ont été tuées après avoir été violées." Etendue aux territoires karen et shan, la Ligue des femmes birmanes a recensé en 2011 plus de 80 cas de viols, dont 35 femmes exécutées.

Si le gouvernement birman affiche une volonté de changement et de réconciliation nationale, il continue cependant de nier les violations des droits de l'homme systématiques et généralisées commises par l'armée birmane à l'encontre des minorités nationales du pays. Lors d'un entretien avec le journal américain Wall Street Journal, Kyaw San, ministre de l'information et porte-parole du gouvernement birman déclarait : "Il y a beaucoup d'allégation sur la Tatmadaw [nom de l'armée gouvernementale birmane], sur le fait que les forces de l'ordre violent les droits de l'homme, particulièrement à l'encontre des races nationales. Ces accusations concernant les violations des droits de l'homme dans les régions ethniques sont complètement fausses. Il s'agit de campagnes négatives à but politique de l'opposition et d'autres groupes qui sont contre le gouvernement et l'armée."

Malgré les preuves qui s'amoncellent, les appels à la justice et à l'établissement de la vérité portés par les organisations de femmes en Birmanie n'ont pour l'instant pas abouti. Une commission internationale d'enquête, soutenue il y a peu par plusieurs pays dont la France et les Etats-Unis, est aujourd'hui au point mort, la communauté internationale préférant concentrer ses efforts sur le processus d'ouverture politique. Pourtant, comme le rappelle M. Quintana, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en Birmanie : "[…] la justice et des mesures assurant la prise de responsabilité et l'accès à la vérité sont essentielles pour que le processus de réconciliation nationale puisse avancer au Myanmar."

La justice et la lutte contre l'impunité ont fait défaut à la population de Birmanie pendant plus de 60 ans, et sont aujourd'hui des composantes indispensables au processus de réconciliation nationale et à la démocratisation qui semblent s'opérer en Birmanie. Combien de femmes devront encore être violées, combien de mères et de fillettes devront être assassinées avant que la communauté internationale ne réagisse ?

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/08/en-birmanie-le-viol-continue-d-etre-utilise-comme-arme-de-guerre-malgre-les-promesses-de-paix_1653519_3232.html
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Incertitudes birmanes

Message  Admin le Lun 12 Mar 2012 - 15:39

Un souffle démocratique souffle-t-il actuellement sur la Birmanie ? Les faits semblent en tout cas le prouver : nouvelle Constitution en septembre 2008 ; libération de plus de 300 prisonniers politiques dont l’icône de l’opposition démocratique Aung San Suu Kyi en novembre 2010 ; légalisation de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, en décembre 2011 ; rencontre entre Aung San Suu Kyi et le chef de la dictature militaire, le général Thein Sein, en août 2011 (photo) ; autorisation donnée à la Ligue nationale pour la démocratie pour participer aux élections législatives partielles du 1er avril prochain… Conséquence de cette dynamique, les dirigeants internationaux se sont bousculés à Rangoon – Hillary Clinton en décembre 2011, Alain Juppé en janvier 2012 – pour s’en féliciter et envisager la levée à terme des sanctions internationales et de l’embargo frappant la Birmanie depuis de nombreuses années pour non-respect des Droits de l’Homme et de la démocratie. Pour autant, un certain nombre de questions demeurent. Pourquoi les forces armées birmanes, dont le pouvoir est incontesté depuis la sanglante répression de l’été 2007, ont-elles ainsi soudainement choisi la voie de la démocratie ? Une telle évolution est-elle sincère ou au contraire, fausse, viciée et intrinsèquement fragile ? Retour sur les causes de l’actuel mouvement de démocratisation en Birmanie et les menaces qui pèsent sur lui.


« IL FAUT QUE TOUT CHANGE POUR QUE RIEN NE CHANGE »

Le célèbre adage de Tancredi Falconeri dans le Guépard résume parfaitement les causes de l’évolution actuelle du régime birman. Si la dictature de Rangoon a entamé une phase de démocratisation et donne l’impression de s’être résignée à abandonner son contrôle total du pays, ce n’est pas par conversion soudaine à la démocratie mais en réalité uniquement pour mieux conserver le pouvoir qu’elle détient actuellement.

Pouvoir politique tout d’abord. Bien qu’ayant installé une dictature très dure, la junte n’a pour autant jamais réussi à couper totalement les Birmans du reste du monde. Dans l’actuelle société mondialisée où l’information circule presque instantanément, la population a rapidement pris connaissance l’année dernière de la chute de dictateurs installés à la tête de leurs pays depuis de nombreuses années et de la possibilité toujours existante pour les peuples de renverser les régimes autoritaires. La junte semble donc avoir voulu prendre les devants et éviter qu’un tel scénario prenne forme à Rangoon, en entamant un processus électoral destiné à montrer à sa population qu’une révolution n’était plus nécessaire, le choix des dirigeants par les urnes étant pour bientôt…

Mais ce que cherchent avant tout à protéger les généraux, c’est leur pouvoir économique et leur fortune. Si la dictature n’empêche pas la junte de prospérer grâce au racket et au trafic, la fortune des dirigeants birmans est néanmoins limitée et fragile. Elle est en effet limitée puisque la dictature isole la Birmanie du reste du monde et des échanges commerciaux internationaux, ce qui entrave son développement économique et partant, les revenus des dirigeants. Elle est en outre fragile car la dictature reste à la merci d’une révolution à l’occasion de laquelle les généraux perdraient tout. La démocratisation du régime permettrait aux généraux de remédier à ces inconvénients. La levée des sanctions internationales qui en résulterait réintégrerait la Birmanie dans le jeu économique mondial et accélérait sa croissance et partant, la fortune des généraux. Surtout, la démocratie, qui reste in fine le régime politique le plus stable qui soit, mettrait l’argent des généraux à l’abri des soubresauts politiques inhérents aux régimes autoritaires… Autrement dit, la junte fait le choix d’abandonner son pouvoir politique pour augmenter et sécuriser son pouvoir économique. Elle préfère cet abandon à la tentation de conserver direction politique et mainmise économique, ce qui supposerait de scléroser le régime, menant alors ce dernier à sa perte et faisant perdre aux généraux tout ce qu’ils ont. Une stratégie à l’opposée de celle des dirigeants nord-coréens en somme… Indéniablement, cette stratégie est pour l’instant couronnée de succès. Ainsi, Hillary Clinton s’est prononcée lors de sa visite à Rangoon en faveur de la levée à terme de l’embargo économique frappant la Birmanie.

La démocratisation en cours repose donc avant tout sur une instrumentalisation de la démocratie par la junte, cette dernière la détournant pour asseoir durablement son contrôle politique, ou au moins économique, du pays. Cette démocratisation est d’autant plus fragile que sa mise en œuvre ne va pas se faire sans difficulté.


UNE DÉMOCRATISATION FRAGILE
Trois menaces principales pèsent sur la démocratisation du régime birman.

La première réside dans l’organisation institutionnelle du pays. La nouvelle Constitution contient en effet un certain nombre de dispositions qui maintiennent la suprématie de l’armée. En vertu du nouveau texte fondamental, 25% des sièges du Parlement sont réservés aux militaires et les ministres de l’Intérieur, de la Défense et des Frontières restent nommés directement par le Chef d’Etat-Major des Armées. En outre, le Chef de l’Etat garde la possibilité de gouverner seul, par décret, sous le régime de l’état d’urgence, qu’il déclare là encore seul et sans contrôle. Autant de dispositions menaçantes pour une jeune démocratie…

La composition ethnique de la population birmane forme la deuxième menace de taille pour la démocratie. La Birmanie regroupe, en sus de la majorité birmane de souche, plus de 130 minorités ethniques avec leurs langues et leurs cultures propres. Elles forment près d’un tiers de la population et occupent plus de la moitié du territoire. Sept « races nationales » sont ainsi reconnues par le gouvernement : Shans, Môns, Karens, Karenni, Chins, Kachin et Rakhine. L’hétérogénéité de cette population a été à l’origine dans le passé de nombreux problèmes intercommunautaires et les minorités ont dû faire face à la violence de la majorité. Aujourd’hui, alors que la majorité soutient le processus démocratique, les minorités s’en méfient car elles craignent que la première profite de son pouvoir retrouvé pour relancer leur répression et leur « birmanisation » forcée. Les minorités réclament au moins une protection véritable, au plus un Etat fédéral. Ces demandes sont rejetées par la majorité qui souhaite un Etat central – de facto aux mains de la majorité – fort. Etonnamment, Aung San Suu Kyi, membre de la majorité, repousse elle aussi ces demandes et soutient la proposition d’un Etat unitaire. Les populations minoritaires sont d’ailleurs extrêmement méfiantes à son égard et contestent l’image de la « Dame de Rangoon », héraut de la démocratie, véhiculée en Occident. On ne peut en tout cas s’empêcher de suspecter la majorité de souhaiter la démocratie pour elle, mais pas pour les minorités : une sorte de démocratie partielle en sorte…

Enfin, l’attitude de la Chine constitue la troisième menace planant sur le mouvement de démocratisation. La Chine est intéressée à un double titre par la situation en Birmanie : elle possède une longue frontière commune avec ce pays et de nombreuses bases navales (Kyaukpyu, Thilawa, station d’interceptions électroniques sur les îles Coco) qui lui donnent un accès direct sur l’Océan Indien. Elle n’a donc aucun intérêt à ce que la situation actuelle évolue trop. Un régime démocratique serait en effet tenté de se rapprocher de l’Occident et de s’allier avec lui ; une installation de bases américaines à la frontière sino-birmane et la fermeture des bases navales de l’Empire du milieu s’en suivraient, ce que veut éviter Pékin à tout prix. Or, actuellement, la Chine détient un pouvoir quasi-absolu sur la Birmanie et peut dès lors la forcer à mettre fin a souffle démocratique. Suite à la mise en place de l’embargo international, les sociétés occidentales se sont pour la plupart retirées du pays, laissant la place aux entreprises chinoises. L’économie birmane est ainsi aujourd’hui passée sous contrôle total de la Chine, qui assure le financement quotidien de la junte en achetant notamment son gaz. Le risque est donc que face à une démocratisation qui avance trop rapidement à son goût, Pékin utilise l’arme du financement pour forcer le gouvernement birman à mettre fin à l’implantation de la démocratie à Rangoon.

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Le général birman fait le moine

Message  Admin le Ven 8 Juin 2012 - 18:44

Le 16 mai, un des deux vices-présidents de la Birmanie, le général Tin Aung Myint Oo, est rentré dans les ordres et a revêtu la robe lie-de-vin des bonzes du Myanmar. L'information n'est pas anecdotique, même s'il n'est pas surprenant, en Asie du Sud-Est, que les laïques fassent, notamment durant leur jeunesse, un séjour dans les monastères bouddhistes. L'âge venant, certains adeptes du petit véhicule - ou "theravada", la forme de bouddhisme pratiquée en Birmanie, en Thaïlande, au Laos et au Cambodge - peuvent tout aussi bien décider d'aller méditer un moment sur le sens - ou plutôt l'absence de sens - de l'existence.
Mais, dans le cas du général birman, l'événement a des implications politiques cruciales : non seulement ce cacique d'un régime encore dominé par les militaires a démissionné, mais, de plus, cet officier supérieur de 62 ans était considéré par tous les observateurs attentifs de la Birmanie comme le chef de file du clan des "durs" au sein du gouvernement.

Cette information, qui a fait l'objet de nombreuses spéculations pendant un certain temps - le général Oo ayant soudainement disparu des photos officielles -, a été confirmée officieusement, le 21 mai, par des sources gouvernementales anonymes citées par la presse.

Si le général s'est retiré pour de bon des affaires, cet événement scelle la victoire des "modérés" sur les "conservateurs". Ces derniers, comme le général-moine, sont les héritiers de l'ancien dictateur Tan Shwe, qui semble lui aussi avoir pris une retraite définitive depuis le printemps 2011. Et, si l'entrée au monastère du général se confirme, elle indiquerait donc que le président de la République, Thein Sein, architecte des réformes démocratiques en cours, dispose désormais d'une meilleure assise politique. Depuis plus d'un an, on a vu que l'ancienne dictature n'a cessé de multiplier les promesses de complète transformation d'un système figé depuis le coup d'Etat militaire de 1962 dans le formol de l'autoritarisme casqué.

Au bout d'un demi-siècle, le système était à bout de course. Mais la transition vers "une démocratie disciplinée", comme le promet le président, ne va pas sans heurts. A l'intérieur, les luttes internes sont parfois exacerbées par le chamboulement général. Des observateurs à Rangoun, ancienne capitale et plus grande ville du pays, décrivent le fonctionnement du gouvernement, installé dans la lointaine ville de Naypyidaw, comme une sorte de foire d'empoigne où règne la loi du chacun pour soi... Le chef de l'Etat, ancien général réincarné en leader "démocrate", serait sur le point de commencer une opération de nettoyage en remaniant son gouvernement. Tout cela si l'on en croit des informations filtrant d'un système encore d'une rare opacité : au niveau officiel, personne n'a, par exemple, confirmé ni la démission du général Oo ni sa retraite - provisoire ? - dans un monastère.

Des caciques comme Tin Aung Myint Oo, jadis décoré dans la lutte contre la guérilla communiste, représentent un obstacle à la poursuite du processus de libéralisation économique et de démocratisation du politique : notoirement corrompu, partisan de la manière forte, le général incarnait ces années de fer, quand l'armée écrasait, en 1988, un mouvement démocratique populaire, ou, en 2007, la "révolte safran", une tentative de rébellion de la part... du clergé. L'ancien militaire peut désormais faire pénitence.

"S'il est parti pour de bon, cela sera un très bon test pour savoir ce que les militaires pensent des réformes", juge Nicholas Farrelly, chercheur à l'Université nationale d'Australie. L'ampleur desdites réformes - de la création de syndicats libres à l'ouverture de l'économie en passant par la liberté de manifester - n'empêchent pas l'institution militaire de rester très puissante. Les soldats sont rentrés dans leurs casernes, les généraux se sont écartés de la scène politique mais ils restent les spectateurs attentifs et inquiets de cette nouvelle donne aux conséquences encore imprévisibles.

Dernière promesse en date, celle que vient de faire Tint Swe, le responsable du très orwellien "Département de l'enregistrement et de la surveillance de la presse" : il a annoncé que "la censure sur les journaux et les magazines prendrait fin à la fin du mois de juin". Rien de moins.

Toutes ces annonces en cascade n'empêchent pas non plus que le conflit ethnique se prolonge, surtout au nord du pays, et que l'absence de cadre juridique approprié ainsi que l'archaïsme du système économique ne freinent l'enthousiasme de nombreux investisseurs.

A propos de l'absence de véritable paix durable avec plusieurs groupes armés, en dépit de la signature d'accords de paix trop vagues et pas toujours respectés, les spécialistes pointent du doigt une difficulté systémique : comme l'écrit un spécialiste des guérillas birmanes, le Suédois Bertil Lintner, "la Constitution de 2008 ne reconnaît pas le fédéralisme, donc il n'y a pas d'espace pour des concessions" que devrait faire le gouvernement. Les groupes ethniques réclament, eux, un système fédéral qui leur garantirait un minimum d'autonomie.

Au plan économique, la chef de file de l'opposition, Aung San Suu Kyi, a récemment fait remarquer aux investisseurs étrangers réunis fin mai, lors du Forum économique mondial organisé à Bangkok, qu'il s'agissait d'adopter à l'égard de son pays une attitude de "scepticisme sain" (healthy scepticism). La formule a déplu en haut lieu : la Birmanie aimerait acquérir la réputation de nouvel eldorado de l'Asie. Elle a encore du chemin à faire.

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Entre désir démocratique et mesures de façade

Message  Admin le Ven 8 Juin 2012 - 18:46

Les élections d’avril ont porté les fruits que le régime birman espérait : les Etats-Unis ont suspendu leurs sanctions vis à vis du Myanmar. Une mesure prématurée et dangereuse.



Convaincre la communauté internationale et les investisseurs étrangers qu'une véritable transition démocratique avait eu lieu, a pris du temps, mais le régime Birman est arrivé à ses fins. Les journaux économiques font déjà l’éloge du nouveau « tigre de l’économie asiatique » et les gouvernements ont abandonné toute sanction. Seulement, ce n’est pas le monde des affaires que le régime devrait tenter de convaincre, mais son propre peuple, car la population le sait : la mutation du pays n’est qu’un changement de façade.
Une mutation localisée
Les réformes que le gouvernement a menées se sont concentrées sur les villes et régions centrales du pays : celles sur lesquelles les puissances et compagnies étrangères se basent pour juger de la situation globale du pays. Or une grande part de la population ne bénéficie pas encore de l’évolution démocratique qu’aurait menée le régime. Cette partie de la population, ces minorités qui représentent près d’un tiers des birmans, sont toujours ignorés lors des visites des diplomates et journalistes.

L’État de Kachin est un excellent exemple de cette situation. Une guerre y fait rage depuis des années, l’armée birmane y abuse de la population quotidiennement et aucun observateur ou journaliste ne met un pied dans cette partie du pays. Récemment un rapport local a fait état du viol d’une femme de 48 ans et de la torture de son voisin de 59 ans par l’armée, des faits récurrents. En septembre dernier, j’ai pu prendre conscience de cette situation. J’ai interviewé des civils Kachin. Forcés de travailler dans les mines, menacés quotidiennement, ils sont réduit en esclavage par les militaires. Mais ce n’est pas là l’unique région touchée par ces abus. Le travail forcé, les exécutions, la persécution religieuse et les pillages sont encore aujourd’hui monnaie courante dans les États de Karen, Shan et Chin qui sont pourtant sous cessez-le-feu.

Le business avant les droits de l’Homme
Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que les organisations politiques, représentant ces ethnies, appellent au maintien des sanctions à l’encontre du gouvernement birman. Appels qui sont bien entendu ignorés par la communauté internationale, formulant ainsi sa tacite approbation aux abus de l’armée. Suspendre les sanctions et promouvoir le développement du commerce international n’aura aucun effet positif sur le respect des droits de l’Homme dans le pays. De fait, les compagnies s’implantant dans le pays l’ont montrées par le passé : elles n’hésitent pas à faire affaire avec les militaires voire vont jusqu’à profiter de la situation d’impunité totale pour pratiquer l’esclavage, les expropriations forcées ou même le vol de terres.

Des expropriations sauvages à la chaîne
Le Kachin Development Networking Group a récemment mis en lumière les effets de ce développement forcé et révélé le nom de sept entreprises prenant part à des violations des droits de l’Homme. Ce rapport a révélé des abus du même ordre aux quatre coins du pays : dans les États d’Arkan et de Chin dans un projet de route, dans l’Est-Birmanie avec la mise en place de barrage hydroéléctrique, dans la périphérie de Rangoun avec le développement urbain, dans la construction de pipelines ou encore la construction d’un port dans la région de Tenasserim... Les exemples ne manquent pas. Lorsque j’ai discuté avec des habitants de la région de Tenasserim, ils m’ont affirmé avoir été forcé de céder leurs propriétés pour permettre la construction du port, mais qu’ils n’ont pas été autorisés à conserver une copie des documents ni de contester le prix ridiculement bas auquel ils ont dû céder leurs terres, pour ceux qui ont reçu une quelconque compensation.

La complicité du bloc occidental
Ce n’est pas un développement responsable et étant donné l’histoire de la Birmanie, les compagnies étrangères auront bien du mal à trouver des partenaires commerciaux respectueux des droits de l’Homme. Aujourd’hui, la suspension des sanctions à l’encontre du gouvernement birman ne pourra avoir qu’une conséquence : l’augmentation du nombre d’abus. Si des mesures ne sont pas rapidement prises pour lutter contre ces pratiques, les pays occidentaux deviendront complices de ses violations des droits de l’Homme.

Le support de la communauté internationale est indispensable
Pour rétablir la confiance de ses citoyens et réellement changer la situation du pays dans son ensemble, le gouvernement birman doit mettre fin à ces 50 ans d’impunité total que connaît encore aujourd’hui le pays. Une reconnaissance des abus passés et réparer ce qui peut l’être est une nécessité pour aller de l’avant. De même que la mise en place d’institutions indépendantes qui pourront maintenir l’ordre et la justice en Birmanie.

Seulement, les Birmans ne pourront pas le faire eux-mêmes. Les sanctions qui étaient menées à l’encontre du gouvernement, étaient appliquées pour une bonne raison : exercer une pression extérieure pour permettre un arrêt total des violations des droits de l’Homme perpétrées dans le pays. C’est pourquoi les suspendre est une décision prématurée. La communauté internationale doit continuer à jouer son rôle dans la transition démocratique du pays.

Global Post / Adaptation Stéphane Harreaudeau - JOL Press

http://www.jolpress.com/
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La Birmanie : nouvel Eldorado ou miroir aux alouettes ?

Message  Admin le Jeu 21 Juin 2012 - 18:54



La situation est paradoxale : alors que le prix Nobel de la paix récemment élue Aung Sang Suu Kyi exhorte les grandes compagnies du monde entier à ne pas encore investir dans son pays (par peur de légitimer et de renforcer une junte militaire encore omnipotente), ces mêmes compagnies commencent à regarder avec envie vers la Birmanie, rassurées qu’elles sont par la libéralisation politique du pays (dont le principal symbole est l’élection d’Aung Sang Suu Kyi)…

Quel intérêt pourrait présenter pour des investisseurs (en grande partie des investisseurs du Golf) ce pays très largement sous-développé de 50 millions d’habitants ?

Son sous-sol est riche (gaz, pétrole, zinc, jade, rubis…), il possède des milliers d’hectares de terres arables non exploitées (fait particulièrement intéressant pour des pays désertiques obnubilés par la question de leur sécurité alimentaire) et est, selon la FAO, le premier exportateur mondial de riz. Son potentiel pour le secteur du BTP est immense.

Sa position géographique est idéale, car le pays est un carrefour entre l’espace indien et l’aire sinisée. Les pétroliers du Golf louchent notamment sur le pipeline Chine/Birmanie, qui permet aux supertankers de ne pas avoir à passer par le détroit de Malacca (gagnant ainsi un temps précieux).

Enfin, les autorités birmanes font de nets efforts pour attirer ces investisseurs : le contrôle des changes a été desserré, les processus administratifs vont en se simplifiant.

Et pourtant… Aung Sang Suu Kyi a raison !

Ces éléments ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Malgré les apparences, l’instabilité politique est encore grande (la région de Rakhine, par exemple, vient d’être replacée en état d’urgence, du fait d’affrontements ethniques meurtriers). La Birmanie est classée 3e pays le plus corrompu au monde (score fort peu glorieux, quand on considère que les deux premiers sont la Somalie et la Corée du Nord). Enfin, élément majeur, la Birmanie offre un cadre juridique extrêmement flou et risqué : par exemple, le pays ne reconnait pas explicitement le droit de propriété !

Le risque pour les investisseurs reste donc colossal, et n’a pas fondamentalement diminué ces derniers mois. Il n’est raisonnable que pour des entreprises d’Etat chinoises (la junte étant très liée à Pékin, ces firmes sont moins exposées) et pour des entreprises implantées de longue date, soutenues par leur pays d’origine et bénéficiant d’accords surs, longuement négociés (Total, pour ne citer qu’elle).

Il est très difficile de savoir si on assiste à un réel changement politique en Birmanie, ou si la junte, économiquement à bout de souffle, ne fait pas juste mine de desserrer l’étau politique uniquement pour profiter des fonds étrangers (la plupart des sanctions économiques contre le pays ayant été levées). Il est impossible, à l’heure actuelle, de trancher sur cette question. Seul le temps pourra y répondre.

Investir en Birmanie, c’est encore soutenir et légitimer la junte militaire.

source http://les-yeux-du-monde.fr/
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20 leaders étudiants arrêtés

Message  Admin le Ven 6 Juil 2012 - 19:11

Au moins vingt leaders étudiants ont été interpellés ce soir en Birmanie, à la veille d'un rassemblement prévu pour commémorer la répression contre un mouvement étudiant en 1962, a indiqué un responsable étudiant à l'AFP. Il s'agit de la plus importante vague d'arrestations depuis la dissolution de la junte en mars 2011.

Un responsable birman a confirmé seulement que cinq responsables étudiants avaient été interpellés chez eux à Rangoun. Trois d'entre eux avaient été libérés lors de l'amnistie de centaines de prisonniers politiques en janvier dernier. "En plus des cinq arrestations à Rangoun, nous pouvons confirmer cinq militants étudiants à Shwebo, six à Mandalay, quatre à Lashio", a précisé Thet Zaw, un des responsables de Génération 88, une organisation étudiante à l'origine du soulèvement de 1988, réprimé dans le sang. Il a ajouté être en train d'être essayer de confirmer quatre noms supplémentaires dans une autre ville du pays.

"Ils ont été emmenés sans aucune raison. Les autorités ont dit qu'elles voulaient discuter avec eux", a commenté Ko Ko Gyi, un autre leader de Génération 88, à propos des cinq de Rangoun. "Je pense qu'ils ont été emmenés pour avoir prévu une cérémonie du souvenir du 7 juillet", a-t-il ajouté.

Le 7 juillet 1962, des étudiants avaient manifesté contre le coup d'Etat qui venait d'amener au pouvoir le général Ne Win, qui dirigera la Birmanie d'une poigne de fer jusqu'en 1988. La répression avait fait plusieurs dizaines de morts et le lendemain, le bâtiment de l'Union étudiante avait été dynamité par la junte.

http://www.lefigaro.fr/
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les leaders étudiants libérés après un peu moins de 24 heures

Message  Admin le Sam 7 Juil 2012 - 19:33

Tous les leaders étudiants interpellés vendredi en Birmanie ont été libérés après un peu moins de 24 heures d'une détention jugée par leurs pairs comme un pas en arrière du pouvoir, qui n'avait pas mené ce type d'opérations depuis la dissolution de la junte, en mars 2011.
Au moins vingt responsables étudiants avaient été arrêtés vendredi soir à travers le pays, à la veille de cérémonies consacrées au cinquantenaire des manifestations de 1962, année qui a marqué le début d'un demi-siècle de juntes militaires.

Mais selon un responsable gouvernemental et des cadres étudiants, ils ont été relâchés samedi soir, après un peu moins d'une journée de détention, délai au-delà duquel les autorités auraient, selon la loi, demandé l'autorisation d'un juge pour les garder.
"Les quatre arrêtés à Rangoun ont été libérés et nous avons l'information que les autres à travers le pays ont également été libérés", a indiqué Zaw Min, un des leaders de Génération 88, une organisation étudiante à l'origine du soulèvement de 1988 réprimé dans le sang.
Malgré cette vague d'interpellations inattendue et la présence de policiers en civil prenant des photos, plus de 300 personnes s'étaient réunies samedi matin à Rangoun au siège de Génération 88 pour commémorer le 7 juillet 1962.
Ils avaient également insisté pour la libération immédiate des militants et dénoncé l'action des autorités.
"Des arrestations sans raison peuvent causer du tort à la réconciliation nationale. Nous accusons aussi le gouvernement d'essayer de reculer", avait ainsi déclaré Kyaw Ko Ko, un jeune leader étudiant, lors de cette cérémonie.
Il y a cinquante ans, les étudiants avaient manifesté contre le coup d'Etat ayant porté au pouvoir le général Ne Win, qui dirigera la Birmanie d'une poigne de fer jusqu'en 1988. La répression avait fait plusieurs dizaines de morts et le bâtiment de l'Union étudiante avait été dynamité le lendemain par les autorités.
"Les arrestations sont un obstacle sur le chemin vers la démocratie", avait également estimé Mie Mie, cadre historique de Génération 88.
Cette vague d'arrestations était surprenante alors que le régime a libéré mardi dernier une vingtaine de prisonniers politiques supplémentaires, après les quelque 500 libérés en octobre et janvier, dont les leaders du mouvement de 1988.
"Le gouvernement était inquiet que ce type de cérémonie des étudiants puisse causer des troubles. Ils ont pris des précautions en interpellant les plus importants", a justifié samedi à l'AFP un responsable gouvernemental.
Si les leaders étudiants ont vu dans cette opération un pas en arrière de la part d'un gouvernement qui a multiplié les réformes spectaculaires depuis la dissolution de la junte en mars 2011, certains sont restés plus prudents pour décrire ce qui pourrait n'être qu'un incident de parcours.
Aung Naing Oo, analyste au Vahu Development Institute, a insisté samedi sur un contexte de tensions lié aux violences entre musulmans et bouddhistes qui ont fait plus de 80 morts en juin dans l'Etat Rakhine.
"Depuis le problème en Arakan (ancien nom de l'Etat Rakhine, ndlr), le pays est sur les nerfs et le gouvernement va être plus que prudent", a-t-il estimé, notant que le régime de Naypyidaw était actuellement "inquiet de tout rassemblement".
Mais le président Thein Sein a, par ses réformes, réussi à persuader l'Occident de commencer à alléger ses sanctions et n'a aucune raison de saboter son propre bilan, selon l'expert.
"Le gouvernement fait également attention à ses relations internationales et je ne pense pas qu'il ferait quoi que ce soit, comme des arrestations de masse" qui risque de le mettre en danger.
Plusieurs conservateurs du régime birman, dont des ministres et l'un des deux vice-présidents, ont été donnés partants cette semaine, une annonce considérée comme la confirmation que les réformateurs rassemblés autour de Thein Sein consolidaient leur emprise sur le pouvoir.

AFP
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Aung San Suu Kyi au Parlement : la situation en Birmanie n'est pas résolue

Message  Admin le Lun 16 Juil 2012 - 17:31

Par Frédéric Debomy
Auteur de "Résistances. Pour une Birmanie libre"

LE PLUS. Après la visite d'Aung San Suu Kyi en Europe, certains observateurs y vont vu un signe positif quant à l'amélioration de la situation en Birmanie. Ce serait tirer des conclusions trop rapidement, argumente Frédéric Debomy, auteur de "Résistances. Pour une Birmanie libre". Il ne suffit pas d'attendre les élections en 2015.



Aung San Suu Kyi a donc achevé le 29 juin dernier, une tournée européenne qui l'a vue successivement visiter la Suisse, la Norvège, l'Irlande, le Royaume-Uni et la France. Dans quelle mesure cette venue, longtemps impensable, a-t-elle contribué à installer ou renforcer l'idée que le processus d'ouverture politique à l'oeuvre en Birmanie était désormais irréversible, qu'il pouvait être qualifié de "démocratisation" et que cette démocratisation était largement le fruit de la lutte menée de longue date par une femme seule ?

Invité par une radio française à évoquer les évolutions récentes de la situation dans ce pays d'Asie du Sud-Est, j'ai entendu l'un des autres intervenants affirmer qu'il ne fallait pas "voler la victoire d'Aung San Suu Kyi et des démocrates" : si le régime birman s'était "résigné à la démocratie", c'était en raison de la seule mobilisation de la "dame de Rangoun", du mouvement pour la démocratie et de leurs soutiens extérieurs.

Le pouvoir, toujours aux militaires

On ne saurait pourtant sérieusement affirmer que le régime birman se trouvait totalement acculé au moment où les premiers changements sont survenus. En outre, soutenir que la junte a compris "qu'il [valait] mieux se retirer parce qu'elle [était] complètement isolée", comme l'assurait mon interlocuteur, était de la plus haute fantaisie : le régime n'était assurément pas "complètement" isolé et l'on ne peut pas dire non plus que la junte se soit "retirée" dans la mesure où ceux qui détiennent le pouvoir aujourd'hui sont bien les militaires et d'anciens militaires.

Si l'on veut comprendre les raisons des réformes engagées par le gouvernement du président Thein Sein, il faut au contraire garder à l'esprit que les dirigeants actuels ne sont pas des nouveaux venus : on ne peut donc pas imaginer que leurs objectifs aient changé du tout au tout. Ce qui devrait au moins conduire à une certaine prudence dans l'emploi du mot "démocratisation" (parlons plutôt, comme je l'ai fait, d'"ouverture"). Dans le même temps, il faut reconnaître au président ses mérites et ne pas minorer le rôle de Thein Sein (et d'autres) dans les changements opérés.

La belle histoire racontée par mon interlocuteur – un régime dictatorial défait par les forces démocratiques – souffrait à l'évidence d'un manque de rigueur. Certaines dimensions de la question birmane semblaient en outre lui échapper : tandis que je regrettais de ne pas m'être davantage exprimé sur la question des minorités au cours de l'émission, il estimait quant à lui que cette dernière ne devait pas être "l'arbre qui cache la forêt".

Or, toute personne s'étant un peu sérieusement intéressée à la Birmanie sait qu'il s'agit là du noeud du problème : il n'y aura pas de stabilité dans ce pays tant que les minorités ne seront pas satisfaites du rôle et de la place qui leur sont accordés. Autrement dit : l'ouverture actuelle pourrait être remise en cause si minorités nationales et État birman ne parvenaient pas à des accords convenant à toutes les parties.

Les (fragiles) accords de cessez-le-feu signés par le régime avec un certain nombre de groupes armés issus des minorités (mais toujours pas avec l'Armée Indépendante kachin, la KIA) sont un point encourageant mais encore faut-il qu'ils débouchent sur des accords politiques pérennes. Dès lors, plusieurs questions se posent : les groupes armés doivent-ils être les seuls à porter les revendications des minorités ? Les nombreux interlocuteurs du régime sur cette question s'entendront-ils sur tout ? Etc. On le voit : le processus d'ouverture actuel, s'il est porteur d'espoir, peut encore voler en éclats.

Scepticisme et limites

L'actualité, enfin, aurait dû empêcher mon interlocuteur de présenter les choses de façon si idyllique (les bons démocrates triomphant des méchants dictateurs) : le déferlement de haine raciste récemment observé à l'encontre de la minorité musulmane Rohingya n'est certainement pas à l'honneur du mouvement démocratique. Dans ce contexte où certains combattants de la démocratie et des libertés révèlent leurs limites, la prise de position d'un Zarganar affirmant que les Rohingya ont été "institutionnellement discriminés depuis des décennies" était assurément bienvenue.

Comment ne pas être d'accord avec le célèbre comédien et militant lorsqu'il regrette que la liberté d'expression retrouvée des Birmans ait pu permettre à certains d'exprimer des vues incitant à la haine raciale ? Il reste à voir comment Aung San Suu Kyi – au-delà d'un discours sur la nécessité d'instaurer un Etat de droit – entend aborder cette question. La dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie, répondant à une question du journaliste de "Libération" Arnaud Vaulerin, a évoqué la "nécessité que les lois sur la citoyenneté soient en phase avec le droit international". Or, le président Thein Sein vient de réaffirmer le refus du régime de considérer les Rohingya comme des citoyens birmans.

Aung San Suu Kyi a récemment réclamé un peu de "scepticisme" de la part des observateurs de la situation en Birmanie. Il faut certes se garder de penser que l'Histoire est désormais écrite et qu'il suffit d'attendre patiemment les élections de 2015 et le triomphe probable de la Ligue nationale pour la démocratie à cette occasion pour que tous les problèmes du pays soient enfin résolus.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/594306-aung-san-suu-kyi-au-parlement-la-situation-en-birmanie-n-est-pas-resolue.html
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La censure n’est toujours pas morte en Birmanie

Message  Admin le Mer 1 Aoû 2012 - 6:18

La liberté de la presse constitue un des signes les plus visibles de la perestroïka birmane. Pourtant, le 31 juillet, deux hebdomadaires ont été suspendus indéfiniment.

On l’annonçait morte et enterrée. La censure, abritée par la tristement célèbre Burma’s Press Scrutiny and Registration Division (PSRD), s’est largement assouplie au fil des mois de réforme mise en œuvre par le gouvernement du président Thein Sein. Plusieurs types de publications ont été dispensés de soumettre leur copie avant publication. Une mesure qui devait bientôt s’appliquer à l’ensemble des journaux, y compris ceux d’information générale et politique. En juin, Kyaw Hsan, ministre de l’Information, flanqué de représentants de la PSRD, avait annoncé en conférence de presse son intention de supprimer le bureau de la censure dès que la nouvelle loi sur les médias serait adoptée. Le texte a été transmis au Parlement.

Aussi, la suspension le 31 juillet des hebdomadaires The Voice Weekly et Envoy, tout deux populaires et reconnus pour leur professionnalisme, a pris beaucoup d’observateurs au dépourvu. Selon le webzine Irrawaddy, citant des médias de Rangoon, Tin Swe, adjoint au directeur de la PSRD, reproche aux deux titres d’avoir publié des articles sans les avoir soumis au préalable à la censure. «Nous avons peur de publier cette information et sommes inquiets pour notre avenir», confie Thar Lun Zaung Htet, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Venus. «La PSRD nous a demandé de collaborer avec elle pendant cette période de transition. Mais l’abolition de la censure devait intervenir avant la fin juin. Et cela ne s’est pas produit.»

En juin, The Snapshot avait lui aussi été suspendu pour avoir publié la photo du corps d’une jeune fille de l’Etat Rakhine dont la mort a déclenché la vague de violences actuelle dans cette région de l’ouest de la Birmanie. Le journal fait désormais face à des poursuites judiciaires. Tout comme The Voice Weekly qui devra répondre d’une plainte pour diffamation déposée par le ministère des Mines.

http://asie-info.fr/2012/08/01/la-censure-nest-toujours-pas-morte-en-birmanie-57488.html
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des journalistes manifestent contre la suspension de deux publications

Message  Admin le Mar 7 Aoû 2012 - 7:23

Des dizaines de journalistes birmans ont défilé à Rangoun samedi pour protester contre la suspension de deux publications, alors que certains craignent que le régime ne revienne sur sa promesse de mettre un terme à la censure, a constaté un journaliste de l'AFP.

The Voice Weekly et The Envoy ont été suspendus cette semaine pour n'avoir pas soumis certains articles à la censure préalable, a confirmé samedi à l'AFP Tint Swe, patron de la censure, précisant que cette "suspension temporaire" pourrait durer deux semaines.

Le rédacteur en chef de The Voice Weekly, Kyaw Min Swe, avait expliqué il y a quelques jours que la suspension de son journal était lié à un article sur un possible remaniement ministériel et à des dessins critiquant la situation de la liberté de la presse.

Les journalistes manifestants, portant des T-shirts noirs frappés du slogan "arrêtez de tuer la presse" en anglais et en birman ont défilé dans plusieurs lieux de l'ancienne capitale.

Une pétition du tout nouveau comité pour la liberté de la presse a appelé au changement de la législation sur la presse.

"Nous avons sept demandes expliquées dans une lettre au président, pour la suppression des lois oppressives couvrant les médias", a déclaré à l'AFP Zaw Thet Htwe, porte-parole de ce comité.

Ces demandes incluent la levée immédiate de la suspension des deux publications, la fin de la censure et la promesse de consulter les journalistes pour la rédaction d'une nouvelle loi sur les médias.

Depuis quelques mois, le contrôle par le régime de Naypyidaw de ce qui sort dans les médias birmans s'est considérablement adouci au fur et à mesure que se multipliaient les réformes politiques entreprises par le gouvernement qui a succédé à la junte autodissoute en mars 2011.

Il y a quelques semaines, Tint Swe, chef du Département de l'enregistrement et de la surveillance de la presse (PSRD), avait même assuré à l'AFP qu'il n'y aurait "plus de surveillance de la presse à partir de fin juin".

Mais il a assuré samedi que ces suspensions n'étaient pas un pas en arrière.

"Nous avons coopéré avec les journaux locaux ces derniers temps, vu que nous ne voulions pas prendre de mesure contre eux. C'est complètement faux que nous retournons en arrière", a-t-il déclaré, soulignant que les publications sanctionnées n'avaient pas soumis leurs articles à la censure "selon les règles".

http://www.france24.com/fr/20120804-birmanie-journalistes-manifestent-contre-suspension-deux-publications



Petite victoire pour la liberté de la presse en Birmanie


Sous la pression des manifestations, le gouvernement birman a levé l’interdiction qu’il avait édictée fin juillet à l’encontre de deux hebdomadaires pour non-respect de la loi de censure.

Lundi 6 août, dans les kiosques de Rangoon, trois hebdomadaires portaient les couleurs du deuil. Leur Une était imprimée en noir. Seul, un slogan en lettres blanches : «Chaque citoyen devrait être libre d’exprimer et de publier sans réserve ses convictions et opinions». «C’est là notre message contre la censure draconienne», a expliqué à l’Irrawaddy Thiha Aung, un des responsables du Messenger. The Nation et l’Express Time ont eux aussi protesté de la sorte et d’autres journaux devaient leur emboîter le pas plus tard cette semaine.

L’initiative a été prise suite à la suspension, le 31 juillet, de deux hebdomadaires. Le bureau de la censure reproche à The Voice Weekly et à Envoy ne pas lui avoir soumis certains de leurs articles avant publication. Dans ces rédactions, les journalistes estiment que leur faute est d’avoir évoqué un remaniement ministériel à venir.

Au lendemain de la suspension de The Voice et d’Envoy, une centaine de journalistes ont fondé un Comité pour la liberté de la presse. Le 4 août, une soixantaine de membres du comité, vêtus d’un T-shirt noir floqué du slogan «Stop killing press», se sont rendus d’un média à l’autre afin de recueillir des signatures sur une pétition appelant à la fin de la censure, mesure qui devait entrer en vigueur en juin mais qui reste soumise à l’adoption d’une nouvelle loi sur la presse. La pétition doit être adressée au président Thein Sein.

Sous la pression de ces initiatives, le gouvernement birman a annoncé le 7 août la levée de l’interdiction édictée contre les deux journaux à partir du 18 août prochain. Il s’agit de la première fois que le gouvernement cède du terrain face aux pressions des médias birmans sur la question de la censure préalable.

http://asie-info.fr/2012/08/07/en-birmanie-les-medias-se-rebiffent-57717.html
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Le vent de réformes reprend de la vigueur en Birmanie

Message  Admin le Jeu 30 Aoû 2012 - 4:43

Les réformes entreprises en Birmanie, quelque peu ralenties ces derniers temps, devraient repartir de plus belle après le remaniement annoncé lundi, qui a permis au président Thein Sein de consolider ses alliés politiques, estimaient mardi les analystes.
Le premier grand jeu de chaises musicales post-junte, attendu depuis plusieurs mois, a été annoncé lundi soir par les médias gouvernementaux.

Il témoigne d'une dynamique positive pour le chef du gouvernement face aux tenants de la ligne dure, suspectés de vouloir freiner le rythme qu'il impose depuis 18 mois.
Neuf ministres ont changé de portefeuilles et 15 vice-ministres ont été désignés. Et Thein Sein s'est constitué une garde rapprochée de fidèles.
"La concentration de ministres tournés vers les réformes dans le Bureau du président est une indication qu'il renforce la dynamique d'une seconde série de réformes", relève Aung Naing Oo, expert birman au Vahu Development Institute.
Quatre ministres de premier plan ont ainsi été promus ministres auprès de la Présidence: celui des Chemins de fer, Aung Min, acteur central des négociations de paix avec les rébellions ethniques, et ceux de l'Industrie, des Finances et du Plan, au coeur des réformes économiques.
"En s'entourant d'un cercle de proches et d'anciens haut-gradés qui lui sont fidèles, Thein Sein s'assure une sorte de mini-cabinet au sein d'un gouvernement élargi", explique Renaud Egreteau, de l'université de Hong Kong.
Du même coup, il reprend la main face à l'autre grande figure, le président de la chambre basse Shwe Mann, qui veut lui aussi imprimer sa marque de réformateur en vue des élections de 2015.
"Thein Sein souhaite consolider la sphère exécutive face a un pouvoir législatif de plus en plus actif", ajoute le politologue. "Il y a très certainement des luttes (...) inavouées entre les deux têtes gouvernantes de l'Etat birman post-junte".
Depuis la mise en place du nouveau régime en mars 2011, sans la moindre effusion de sang et au terme d'un processus parfaitement maîtrisé, le pays a changé de visage.
"Réflexes militaires"
Des centaines de dissidents ont été libérés et la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est devenue députée. Thein Sein a ensuite mis le cap sur l'économie, visant une croissance annuelle de 7,7% sur cinq ans.
Mais l'activité législative a ralenti. Conservateurs et hommes d'affaires liés à l'ancienne junte ont probablement bataillé sur le contenu de la loi sur les investissements étrangers, en cours de débat, souligne Sean Turnell, expert de l'économie birmane à l'université Macquarie de Sydney.
"Il y a encore des réflexes militaires dans certains secteurs de la bureaucratie. Certains acteurs économiques étaient assez inquiets de la nature très libérale" du texte.
Thein Sein vient de leur démontrer qu'il ne lâcherait pas: Il "ressert son étreinte, en disant peut-être que les réformes se poursuivront malgré les résistances".
C'est aussi le message qui domine dans le départ du redouté ministre de l'Information Kyaw Hsan, reclassé dans un ministère subalterne alors que la censure sur les médias vient d'être levée, et qu'une loi sur la presse est sur le feu au parlement.
Son successeur, Aung Kyi, offre un tout autre profil. Il était chargé des relations avec Suu Kyi lorsqu'elle était en résidence surveillée et entretient avec elle de bonnes relations, selon Ohn Kyaing, député de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) présidée par l'opposante.
"Aung Kyi est quelqu'un de franc. C'est un bon choix", a-t-il salué. "Le ministère de l'Information est important, donc il y a un bon potentiel".
D'autres soulignaient enfin que parmi les nouvelles têtes figuraient quelques civils, fort bienvenus dans un univers prétorien.
"On peut voir de nouveaux visages, on peut en conclure que cela fait partie des réformes", s'est prudemment réjoui Khin Maung Swe, président de la Force démocratique nationale (NDF, opposition).

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/le-vent-de-reformes-reprend-de-la-vigueur-en-birmanie-28-08-2012-2140306.php
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Les joutes politiques éclatent au grand jour

Message  Admin le Dim 9 Sep 2012 - 10:03

La Birmanie n'a rien su pendant 50 ans des luttes d'influence qui se jouaient sous le règne de la junte. Mais avec les réformes politiques, celles-ci sont désormais déballées sur la place publique, au fur et à mesure que le pays découvre ses nouvelles institutions.

Finie la junte d'apparence monolithique, entre les mains d'un seul homme, et le temps où les luttes de pouvoir n'étaient révélées qu'après coup, avec l'arrestation d'un général ou l'avènement d'une nouvelle junte.

Le pays, gouverné depuis mars 2011 par une équipe d'ex-généraux réformateurs, fonctionne avec une nouvelle Constitution. Adoptée en 2008 par la junte alors au pouvoir, elle a instauré un parlement bicaméral, au sein duquel les députés ont pris goût à leurs fonctions.

Un nouveau cadre qui permet un affrontement public entre le chef de l'Etat Thein Sein et le président de la chambre basse du parlement, Shwe Mann, considéré comme le principal prétendant au poste suprême à l'issue des élections de 2015.

Les deux hommes "ont des réflexes hérités de la junte. Mais la démocratie est devenue un enjeu", constate un diplomate étranger, qui estime qu'ils se livrent à une "surenchère" quant à celui qui sera "le plus grand démocrate".

De l'avis des observateurs, leurs relations se seraient gâtées dans les mois qui ont précédé la dissolution de la junte.

Plusieurs sources ont décrit à l'AFP la surprise des deux protagonistes lorsque Thein Sein a été désigné futur président, alors que Shwe Mann, pourtant hiérarchiquement supérieur au sein du régime militaire de l'époque, n'héritait que de la chambre basse.

Ils n'ont depuis cessé de rivaliser. Ceux qui ne s'adressaient jamais à la presse se sont mis à organiser interviews et conférences de presse. Et lorsque l'un bloque le projet de l'autre, le retour de bâton ne se fait pas attendre.

Jeudi, la chambre basse a voté la destitution de la Cour constitutionnelle, conclusion d'une passe d'armes de plus de six mois. Les neuf magistrats, saisis par le président Thein Sein, avaient outré les députés en février en privant les comités et commissions du parlement du pouvoir de sommer les ministres de s'expliquer devant eux.

La décision réduisait leurs prérogatives face à l'exécutif et accessoirement le train de vie des présidents de commission. La joute a tourné en quasi-crise de régime et n'est peut-être pas terminée.

"C'est une lutte personnelle", a admis Zaw Htet Htwe, ex-journaliste libéré de prison en janvier. Il n'en dira pas plus de peur des représailles.

Shwe Mann a "pris beaucoup de risque" en allant au clash, confirme un analyse étranger installé à Rangoun. "Il va se mettre beaucoup de monde à dos, et pas seulement les conservateurs de régime, mais aussi Thein Sein et les magistrats".

Certains acteurs craignent que l'armée, théoriquement neutre, s'impatiente et y voit une menace pour l'exécutif. D'autres soulignent que le rythme des réformes économiques en a été ralenti, notamment l'adoption de nouvelles lois, dans un pays qui doit rattraper son retard après 50 ans de gestion militaire.

Mais les plus ardents défenseurs des réformes minimisent la querelle personnelle et voient surtout dans ces bagarres l'apprentissage de la démocratie.

La crise de la Cour constitutionnelle, affirme ainsi Aung Tun Htet, un intellectuel birman respecté, souligne le besoin pour les nouvelles institutions de comprendre comment s'articule leur pouvoir dans le nouveau paysage politique.

"Ca fait partie du processus d'apprentissage", résume-t-il. "Nous construisons notre navire en pleine mer".

Mais ces ex-généraux, qui peu à peu ont convaincu l'Occident et une bonne partie de l'opposition de leur sincérité, n'ont pas le droit à l'erreur. Il leur faut apporter des changements concrets dans la vie des birmans, et la paix avec les minorités ethniques aux confins du pays.

Sous peine de perdre leur crédibilité.

"On ne peut pas se permettre de voir détourner le calendrier des réformes", prévient Aung Tun Htet. "La question, (...) c'est comment obtenir des résultats rapidement, sans perdre le fil de nos objectifs finaux. C'est le paradoxe, le défi et le test de nos dirigeants".

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120909.AFP8217/en-birmanie-les-joutes-politiques-eclatent-au-grand-jour.html
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Re: Birmanie - un zest d'ouverture de facade

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