Birmanie - un zest d'ouverture de facade

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Une première en Birmanie : une femme ministre

Message  Admin le Mar 11 Sep 2012 - 6:09

La nouvelle ministre de la santé publique, Myat Myat Ohn Khin, est la première femme à accéder aux fonctions de ministre depuis l’indépendance de la Birmanie.

Comparée à ses voisins occidentaux – Bangladesh, Inde et Pakistan – et même à la Thaïlande, la Birmanie accuse un retard considérable dans le domaine de l’accès des femmes aux fonctions gouvernementales – ce qui ne laisse pas d’être paradoxal quand on connaît le charisme et la popularité de la cheffe de l’opposition parlementaire Aung San Suu Kyi. Un premier petit pas a été fait pour commencer à combler ce déficit, le 4 août dernier, lors de la nomination par le président Thein Sein de Myat Myat Ohn Khin au poste de ministre de la Santé publique, a indiqué le 10 septembre le site d’information online Mizzima, quelques jours après la prestation de serment des nouveaux ministres. « Autant que je sache, Khin Kyi [la mère d’Aung San Suu Kyi] a occupé le plus haut poste [pour une femme] dans l’histoire moderne de la Birmanie en tant qu’ambassadrice en Inde », commente Win Tin, membre de la direction de la Ligue nationale pour la démocratie, principale formation d’opposition, citée par Mizzima. Le gouvernement birman comprend 36 ministres.

Quatre femmes figurent parmi les 15 vice-ministres. La faible proportion des femmes en politique est particulièrement criante dans les deux chambres du Parlement. Ainsi, il n’y a que 25 femmes députées dans la Chambre basse qui comprend 440 sièges et 4 dans la Chambre haute pourvue de 224 sièges. Selon un rapport du Parlement, la Birmanie se situe au 134e rang sur 143 pays listés en ce qui concerne la participation des femmes au Parlement. Il n’y a pas non plus de femmes parmi les sept juges de la Cour suprême.

http://asie-info.fr/2012/09/11/premiere-birmanie-femme-ministre-59601.html
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Birmanie: des prisonniers politiques amnistiés

Message  Admin le Lun 17 Sep 2012 - 16:35

RANGOUN (Birmanie) - Au moins 15 prisonniers politiques ont été libérés en Birmanie lundi, ont indiqué des militants à l'AFP, juste après l'annonce par la télévision d'Etat d'une amnistie de plus de 500 prisonniers.

Le président Thein Sein a accordé une amnistie générale à un total de 514 prisonniers, a indiqué la télévision lundi en fin de journée, sans évoquer de prisonniers politiques mais en indiquant que des étrangers seraient concernés.

Génération 88, organisation qui milite pour la démocratie dans le pays, a précisé qu'au moins 15 détenus politiques avaient déjà retrouvé la liberté à travers le pays, dont plusieurs issus de la tristement célèbre prison d'Insein à Rangoun.

Selon l'un d'entre eux, lui et sept autres prisonniers politiques ont quitté Insein dès lundi.

En tout dix prisonniers: huit prisonniers politiques, un Indien et un Chinois ont été libérés de la prison d'Insein ce soir vers 17H30, a déclaré à l'AFP Nay Win, 50 ans, membre de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi.

Nos vies sont détruites même si nous sommes toujours vivants, a-t-il ajouté, précisant que six autres membres de la LND avaient été libérés en même temps que lui.

Je remercie mère Suu pour notre libération. Je ne veux pas remercier le gouvernement, a-t-il encore indiqué, expliquant avoir été condamné à huit ans de prison en 2008 pour avoir évoqué la corruption de juges.

Selon la télévision, la mesure d'amnistie a été prise pour servir la stabilité de l'Etat et la paix éternelle et pour servir l'amitié (...) avec les pays voisins, laissant entendre que des Chinois pourraient être libérés alors que Thein Sein est attendu à Pékin où il doit séjourner jusqu'à samedi.

Le chef de l'Etat est ensuite attendu aux Etats-Unis, qui réclament depuis longtemps la libération de tous les prisonniers politiques, où il doit notamment participer à l'Assemblée générale des Nations unies.

La junte au pouvoir depuis un demi-siècle en Birmanie a cédé le pouvoir en mars 2011 à d'anciens généraux qui ont depuis multiplié les réformes, et acquis un crédit auprès de l'Occident.

Ils ont notamment libéré des centaines de prisonniers politiques mais un nombre encore important d'entre eux - environ 300 selon certaines organisations - restent aujourd'hui derrière les barreaux.

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch a salué cette nouvelle amnistie, tout en soulignant attendre la liste pour en évaluer la portée. Le problème est qu'il y a un manque de transparence du gouvernement birman concernant qui est un prisonnier politique, où ils sont, et combien il en reste, a commenté Phil Robertson.

Ces nouvelles libérations interviennent alors que Suu Kyi, elle-même libérée de résidence surveillée fin 2010, a quitté dimanche la Birmanie pour son premier voyage aux Etats-Unis depuis plus de vingt ans.

En juin, lors d'une tournée historique en Europe, elle avait insisté pour la libération de tous les détenus politiques.

http://www.romandie.com/news/n/_Birmanie_des_prisonniers_politiques_amnisties_82170920121743.asp
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Re: Birmanie - un zest d'ouverture de facade

Message  Admin le Mar 18 Sep 2012 - 22:31



A short documentary film co-produced by Adam Kaufman and Brendan Brady for IRIN films. The piece takes a look at access to health care in a rural village just outside of Yangon, Myanmar (Burma). Democratic changes are taking place on a national level and in the big city nearby but this small village remains untouched by them.
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Manifestations pour la paix dans l'État kachin

Message  Admin le Ven 21 Sep 2012 - 13:45

Aung Min, ministre auprès de la Présidence, a avoué son impuissance pour "faire se retirer les troupes".

Des centaines de personnes se sont rassemblées vendredi à Rangoun pour réclamer la paix dans l'État kachin, dans l'extrême nord de la Birmanie, où les combats se poursuivent entre la rébellion et l'armée. Certains manifestants, qui avaient bravé l'interdiction de la police pour cette Journée internationale de la paix, portaient des tee-shirts bleus sur lesquels on pouvait lire "Arrêtez la guerre civile". D'autres brandissaient des pancartes "une balle = un repas", "Arrêtez de gaspiller l'argent du peuple" et "Nous voulons la paix".

Le conflit entre l'Armée pour l'indépendance kachin (KIA) et l'armée birmane a repris en juin 2011 après 17 ans de trêve. Il a provoqué l'exode de dizaines de milliers de personnes, une sérieuse ombre au tableau des réformes accomplies par le nouveau régime depuis la dissolution de la junte en mars 2011. "Nous avons besoin de la règle de droit pour obtenir la paix. Quand nous aurons la paix, nous aurons le développement", a déclaré Nay Myo Zin, un responsable de l'organisation Myanmar Social Development network.

Les manifestants punis ?

Des manifestants avaient prévu de partir à l'aube dans des bus pour la capitale Naypyidaw, mais ils en ont été empêchés par les forces de l'ordre. Les manifestations sont désormais autorisées en Birmanie mais soumises à une demande préalable. Dans les faits, elles sont rarement acceptées par les forces de l'ordre. Des militants ont à cet égard indiqué craindre des arrestations. "La police a dit que nous serions poursuivis car nous avons manifesté sans autorisation", a indiqué Khin Sandar Nyunt, une organisatrice.

La police a confirmé de son côté son intention d'engager des mesures coercitives. "Ils ont manifesté sans permission donc nous allons les poursuivre", a déclaré le major Myint Htwe. Ils sont passibles d'un an de détention. Le gouvernement, dirigé par d'anciens militaires réformateurs, a entamé l'an dernier des négociations avec les groupes rebelles des minorités ethniques dont beaucoup n'ont jamais pacifié leurs relations avec le pouvoir central depuis l'indépendance en 1948.

Des troupes pas entièrement contrôlables

Il a conclu des cessez-le-feu avec plusieurs d'entre eux. Mais les négociations avec les Kachins n'ont pour l'instant rien donné. Un porte-parole de la rébellion avait demandé au gouvernement de "cesser de lancer des offensives dans l'État kachin", un ordre officiellement déjà donné à l'armée par le président Thein Sein en début d'année. Mais Aung Min, ministre auprès de la présidence, considéré comme un des hommes-clés dans les négociations avec les Kachins, a reconnu cette semaine que les troupes n'étaient pas entièrement contrôlables par le gouvernement.

"Je ne peux pas personnellement faire se retirer les troupes. Je ne peux assumer que mes responsabilités dans les questions politiques et économiques", a-t-il déclaré dans un entretien au site d'information birman en exil Irrawaddy. "Le retrait est quelque chose qui doit être décidé par les commandants des deux armées".

http://www.lepoint.fr/monde/birmanie-manifestations-pour-la-paix-dans-l-etat-kachin-21-09-2012-1508747_24.php
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13 militants pacifiques inculpés

Message  Admin le Mar 25 Sep 2012 - 8:34

Ils ont défilé dans les rues de Rangoon le 21 septembre. Les autorités leur reprochent de l’avoir fait sans obtenir d’autorisation préalable.

L’Irrawaddy a décrit le défilé, ayant rassemblé à Rangoon quelque 500 personnes le 21 septembre, Journée internationale de la paix, comme le plus important depuis la «révolution safran» de septembre 2007. Les protestataires, pour beaucoup très jeunes, appelaient à la fin des conflits avec les minorités ethniques, en particulier dans l’Etat Kachin, au nord de la Birmanie, où les affrontements ont repris en juin 2011. Ils se sont réunis devant le City Hall de Rangoon avant de sillonner les rues de l’ancienne capitale. Dans la soirée, ils s’étaient donné rendez-vous à l’Inya Lake, dans le nord de la ville, pour une prière en faveur de la paix.

Mais la manifestation n’avait pas reçu l’autorisation préalable des autorités comme la loi l’impose désormais. Des policiers le leur ont rappelé. Les militants sont passés outre. «Nous savons que c’est risqué mais nous sommes tous ici pour la paix. Cela n’a rien à voir avec la politique. Sans paix, il ne peut y avoir de développement», a expliqué à l’Irrawaddy Wai Lu, un des organisateurs récemment libéré de prison après avoir pris part à une manifestation dénonçant des spoliations foncières.

Le cortège n’a pas été dispersé sur le champ et neuf de ses leaders sont inculpés et encourent des peines de prison. Quatre autres, ayant organisé une action similaire à Taunggyi, capitale de l’Etat Shan, font également l’objet de poursuites. A Mandalay, Moulmein et d’autres localités, où des manifestations ont également eu lieu, personne n’a été inquiété. A Rangoon, les neuf militants sont passibles d’un an d’emprisonnement et d’une amende de 30,000 kyats (35 dollars). Une telle peine pourrait toutefois être décuplée puisqu’ils font l’objet de la même accusation dans chacun des dix townships traversés par le cortège. En attendant une éventuelle comparution devant la justice, ils restent en liberté.

A New York, Aung San Suu Kyi a, pour sa part, répondu à ceux qui lui reprochent son silence sur la guerre en cours dans l’Etat Kachin. Elle a assuré qu’elle s’élèverait toujours contre les violations des droits de l’homme mais qu’elle n’accablerait aucune des deux parties, refusant d’envenimer la situation. «Il y a des gens qui me critiquent quand je reste silencieuse sur ce dossier. Ils sont en droit de le faire s’ils sont mécontents. Mais, moi, je refuse de mettre de l’huile sur le feu», a plaidé la parlementaire devant un parterre essentiellement birman au Queen College de New York. Presque au même moment, le service en langue birmane de la BBC diffusait le témoignage d’un avocat rapportant des exactions (tortures et sévices sexuels) commises par des militaires sur ses clients, soupçonnés d’appartenir à l’armée kachin.

http://asie-info.fr/2012/09/25/birmanie-13-militants-pacifiques-inculpes-510603.html
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le président Thein Sein "accepterait" qu'Aung San Suu Kyi lui succède

Message  Admin le Dim 30 Sep 2012 - 7:30

Le président birman Thein Sein a indiqué qu'il ne s'opposerait pas à ce qu'Aung San Suu Kyi lui succède si le peuple le souhaitait, tout en relevant qu'il n'avait pas le pouvoir de changer seul la Constitution pour permettre à l'opposante d'accéder au poste suprême.



"Cela dépend du peuple. Si le peuple accepte (Suu Kyi), je devrai l'accepter. (...) Nous travaillons ensemble maintenant, il n'y a pas de problème entre nous", a déclaré le chef de l'Etat dans une interview à la BBC dimanche.

Le parti de la chef de file de l'opposition, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), est donné favori pour les élections législatives de 2015, après avoir raflé 43 des 44 sièges qu'il a brigués lors des partielles d'avril dernier.

Mais Suu Kyi est la veuve d'un Britannique et la mère de deux enfants britanniques ce qui, en vertu de la Constitution de 2008, l'empêche de prétendre à la présidence.

Thein Sein a donc précisé qu'il n'avait pas le pouvoir, seul, de décider de modifier la Constitution et s'en est remis au parlement. "Amender la Constitution ne peut être fait par moi seul", a-t-il déclaré. "Les parlementaires et le peuple doivent soutenir" une éventuelle réforme.

Il a aussi souligné que l'armée, qui dispose d'office d'un quart des sièges au parlement et qui a dirigé le pays pendant un demi-siècle, jusqu'en avril 2011, conserverait un rôle important dans le pays.

"La Constitution définit clairement la responsabilité de l'armée", a-t-il relevé. "Nous ne pouvons exclure l'armée de la politique".

Le président avait rendu cette semaine un hommage marqué à la prix Nobel de la paix devant les Nations unies, saluant "ses efforts en faveur de la démocratie".

"Elle était dans l'opposition mais maintenant c'est une collègue", a-t-il insisté dimanche. "Nous travaillons tous pour le pays".

Le chef de l'Etat a convaincu la communauté internationale de sa sincérité en multipliant les réformes depuis un an et demi, notamment en libérant des centaines de prisonniers politiques et en permettant à Suu Kyi de réintégrer le jeu politique légal.
Il obtenu la suspension ou la levée de la plupart des sanctions occidentales.

afp
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Aung San Suu Kyi souhaite que la Birmanie trouve "sa propre voie"

Message  Admin le Mer 3 Oct 2012 - 5:30



Au terme de son voyage aux Etats-Unis, Aung San Suu Kyi souhaite que son pays trouve "sa propre voie" vers la démocratie. "Nous avons beaucoup de leçons à apprendre (des) pays" qui ont connu une transition vers la démocratie, "mais nous devons trouver notre propre voie, parce que les problèmes de notre pays ne sont pas exactement les mêmes que ceux des autres pays", a déclaré Aung San Suu Kyi devant plusieurs milliers de militants réunis à Los Angeles.

"Ça ne peut pas être comme l'Amérique, parce que la Birmanie n'est pas comme l'Amérique", a-t-elle souligné lors d'une dernière apparition publique avant de rentrer en Birmanie, mercredi 3 octobre. "Chaque pays développe son propre modèle de démocratie, qui n'est pas quelque chose qui doit être imposé de l'extérieur. J'ai toujours été opposée à ce qu'on appelle une 'démocratie disciplinée', qui était mise en avant par le régime militaire" birman.

Interrogée sur les pays qui pourraient inspirer la Birmanie, elle estime qu'il y avait "beaucoup à apprendre de nombreux endroits, et pas seulement de pays asiatiques comme la Corée du Sud, Taïwan, la Mongolie et l'Indonésie". Elle a évoqué les pays d'Europe de l'Est, qui sont passés de l'autocratie communiste à la démocratie dans les années 1980 et 1990, et les pays d'Amérique latine qui sont d'anciens régimes militaires. "Et nous ne pouvons pas oublier l'Afrique du Sud, parce que, bien que ça n'était pas un régime militaire, c'était assurément un régime autoritaire."

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/10/03/aung-san-suu-kyi-souhaite-que-la-birmanie-trouve-sa-propre-voie_1769056_3216.html
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Quel avenir pour la Birmanie?

Message  Admin le Jeu 11 Oct 2012 - 6:40

Après des années de dictature, la Birmanie avance vers la démocratie: en témoigne l'élection récente au parlement de la dissidente Aung San Suu Kyi, après une quinzaine d'années passées en résidence surveillée.
Thierry Falise, grand reporter, qui sillonne la Birmanie depuis 25 ans a répondu à vos questions sur cette transition.


RANGOON (BIRMANIE) - Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix, a passé une quinzaine d'années passées en résidence surveillée. Libéré en novembre 2010, elle franchit un pas décisif en se présentant à une élection partielle en avril 2012. Elle est élue au parlement.
Thierry Falise

Langlais: Faites-vous confiance aux militaires birmans qui restent au pouvoir et ont bâti un des pires régimes en Asie, pour mener à bien la démocratisation et l'ouverture?
Pour l'instant, les réformes sont menées sous la houlette du président Thein Sein. Certes c'est un ancien général mais c'est aussi un homme qui semble avoir compris que la Birmanie, si elle voulait se développer et intégrer le monde moderne, ne pouvait plus évoluer dans le cadre d'une dictature militaire brutale. Le rôle de l'armée -qui détient selon la constitution 25% des sièges au parlement et des pouvoirs énormes- reste toutefois un enjeu majeur. Jusqu'à présent, l'armée est restée très ambigue sur ses intentions, notamment dans le dossier complexe des minorités ethniques.

mb 2012: Il est difficile de percevoir quel est le programme de Aung Sang Su Kyi. Le pensez-vous adapté aux réalités de la Birmanie et du monde actuel?
Comme tous les intervenants dans le nouveau jeu politique birman, Aung Sang Su Kyi doit apprendre. Nous vivons encore une période de transition sous le règne de l'empirisme. De nouvelles structures sont mises en place, d'autres devront l'être. Le programme d'Aung Sang Su Kyi est pour le moment plutôt local et davantage centré sur sa circonscription. Au niveau national, elle est certainement consciente des priorités à mettre en oeuvre mais pour cela il faut des cadres, des cerveaux et cela prend du temps. On peut espérer que d'ici aux élections de 2015, elle et son parti se présenteront avec un programme national digne de ce nom.

Langlais: Aung San Suu Kyi a plus de 60 ans et une santé fragile. De plus, elle a longtemps vécu en dehors de la Birmanie. Serait-elle capable, si les circonstances le permettaient, de diriger le pays?
Sa santé est peut-être fragile mais à ma connaissance ce ne serait pas un obstacle majeur à son épanouissement politique. Le fait qu'elle a vécu longtemps à l'étranger constitue plutôt un atout à mon sens, cela lui donne une meilleure connaissance des modes de fonctionnement occidentaux -et orientaux car elle a aussi vécu au Japon. N'oublions pas tout de même qu'elle vit en Birmanie de façon permanente depuis 1988. Je pense qu'elle serait capable de présider aux destinées du pays, c'est ce qu'elle souhaite sans doute, mais il faut qu'elle étoffe son entourage et bien sûr que la constitution -qui lui interdit de se présenter à la présidence- soit amendée.

Rufus: Avec toutes ses minorités, y a t-il dans ce pays un sentiment de nation?
C'est bien sûr un enjeu crucial pur l'avenir du pays. Notons qu'aucune des minorités n'exige aujourd'hui l'indépendance et que toutes se disent prêtes à intégrer une forme de fédération du Myanmar où elles bénéficieraient de droits sur l'exploitation de leurs ressources naturelles, leurs traditions, etc. Le problème est que, aux yeux des militaires, le mot "fédération" signifie encore éclatement du pays. Il faudra je pense au moins une génération avant qu'un niveau suffisant de confiance s'installe entre la majorité birmane et les minorités ethniques.

Romuald: 25 ans de reportages en Birmanie! Et dans des conditions pas évidentes, j'imagine! Qu'est-ce qui vous attire tant dans ce pays?
Vaste question! J'y suis allé une première fois en 1987 pour un reportage avec les rebelles karens. C'était à l'époque une manière "excitante" de vivre une aventure personnelle tout en rapportant des réalités lointaines et ignorées. 25 ans plus tard, beaucoup de ces réalités et les aventures qui permettent d'y accéder existent toujours peu ou prou. Pour un journaliste, c'est un pays qui offre des plongées dans des mondes fascinants -les rituels animistes, l'opium, les enfants soldats, etc.- et permet des rencontres exceptionnelles. J'ai rencontré, plus que dans d'autres pays de la région, beaucoup de gens passionnants, du paysan qui se cache dans la jungle à un vieil homme qui fut le "roi du café" en passant par des seigneurs de guerre. C'est aussi un pays qui semble s'être arrêté il y a un demi-siècle.

BozoLeClown: La junte birmane a longtemps bénéficié du soutien de la Chine, même si ces relations ont été compliquées et parfois faites d'agacement mutuel. Quels sont aujourd'hui les alliés et soutiens extérieurs du pouvoir Birman ?
La Chine est toujours très présente même si certains de ses projets économiques sont suspendus ou menacés de l'être. L'Inde, après avoir soutenu l'opposition en exil, a décidé il y a plusieurs années, de se rapprocher du régime birman -à l'instar d'autres pays régionaux et/ou frontaliers comme la Thaïlande et plus largement tous les pays de l'ASEAN. Aujourd'hui, nous assistons à un rééquilibrage davantage tourné vers l'Occident -qui correspond notamment à la volonté des Etats-Unis de se réinvestir en Asie du Sud Est.

Zen: Quand on pense à la Birmanie, on a en tête des images de moines qui manifestent. Quel est leur poids et leur rôle dans le pays?
Le poids des moines et plus largement du bouddhisme est considérable -90% de la population serait bouddhiste. Comme dans tous les pays bouddhistes, les moines, au-delà du rôle spirituel, ont une fonction sociale essentielle -le monastère sert aussi d'école, de centre communautaire, etc. En Birmanie ils jouent depuis longtemps également un rôle politique dont le culminement récent fut le soulèvement de septembre 2007. Ils ont payé le prix fort pour ce rôle, beaucoup de moines ont été tués, emprisonnées, torturés.

Langlais: On a longtemps décrit la Birmanie comme très dépendante de la Chine. Comment Pékin réagit-il aux changements en cours?
Pékin doit voir d'un oeil pas très rassuré les changements en cours. Jusqu'à présent, les Chinois travaillaient main dans la main avec les généraux les plus hauts placés et les "cronies" de ces derniers -les "cronies" sont un groupe d'hommes d'affaires sans foi ni loi qui ont fait fortune, notamment en pillant les ressources naturelles du pays pour leur compte et ceux des généraux. Aujourd'hui, alors que les généraux sont officiellement à la retraite ou rendus à la "vie civile", le rôle de ces "cronies" reste indéterminé. Les Chinois vont donc sans doute à l'avenir se retrouver en concurrence avec de nouveaux investisseurs, notamment occidentaux, ce qui ne doit bien sûr pas leur plaire. Il ne faut pas non plus oublier que les investissements chinois en Birmanie -barrages, pipe line, minerais- étaient -sont toujours...- avant tout destinés à la Chine elle-même.

Bodo: Comment expliquer le peu d'attention apporté par Aung San Suu Kiy à la question des minorités et en particulier des Rohingyas.
C'est certes une déception. Comme beaucoup j'attendais d'elle des positions plus fortes à propos des Rohingyas, pas néssairement partisanes mais empreintes de l'humanisme que lui confèrent son prix Nobel de la paix, son charisme et son histoire. Aujourd'hui Aung San Suu Kyi est devenue une femme politique, ce qui est son choix, mais ce faisant elle perd certainement de cette capacité qu'elle avait de se situer au-dessus de la mêlée.

In Gyin : Comment voyez-vous l'évolution du pays? une vraie démocratie ou plutôt un grand cahot pour la population ? Ne craigniez vous pas que ça devienne comme l'Inde ?
Je ne me suis jamais hasardé à faire des prédictions sur la Birmanie, je ne commencerai pas aujourd'hui! Une "vraie" démocratie? Pourquoi pas, mais pas avant de nombreuses années. Les priorités sont pour le moment gigantesques, il faut tout reconstruire: l'économie, l'éducation, la santé, il faut régler le dossier des minorités ethniques, etc. Un changement essentiel est déjà survenu et qui me semble irréversible, les gens ont cessé d'avoir peur. C'est un progrès majeur et indispensable sur la voie de la démocratie. Le danger aussi est de voir se consolider un développement à double ou triple vitesse: un enrichissement dans les villes, un appauvrissement dans les campagnes et les zones ethniques reculées.

alicealice : Bonjour, j'étais en Birmanie il y a un an et mon guide birman me disait que le "printemps birman" n'était pas du tout une situation acquise. Est-ce toujours le cas ?
Il a sans doute en partie raison, il faut être raisonnablement optimiste et ne pas penser, comme certains pays et institutions occidentaux, que tout est aujourd'hui réglé. La route est encore longue et sera chaotique. Mais comme je le disais précédemment, une chose fondamentale s'est produite, les gens n'ont plus peur de s'exprimer, de manifester et cela c'est un acquis considérable et à mon sens irréversible.

Trader72: Sur quels produits portent les échanges commerciaux du Myanmar avec les autres pays du monde et quels en sont les volumes?
Difficile, voire impossible d'avoir des statistiques fiables sur les échanges commerciaux du Myanmar. Les principaux produits d'exportation sont le gaz naturel, les mineraux (jade, pierres précieuses), le bois, la pèche, etc.

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/quel-avenir-pour-la-birmanie_1172617.html
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Parti majoritaire recherche avenir désespérément

Message  Admin le Ven 12 Oct 2012 - 22:14

Le parti majoritaire en Birmanie tentera à partir de dimanche de se choisir un nouveau patron et de s’inventer une stratégie, alors que les réformes politiques engagées depuis 18 mois font paradoxalement peser sur lui la menace d’une défaite cuisante aux élections de 2015.

Le Parti pour la solidarité et le développement de l’union (USDP), créé de toutes pièces par l’ancienne junte se réunit pour trois jours pour trouver un successeur à Thein Sein, l’actuel chef de l’Etat qui avait abandonné la direction du parti lors de son arrivée au pouvoir en mai 2011.

Selon plusieurs sources, il pourrait être remplacé par son grand rival et président de la chambre basse, l’ancien général Shwe Mann.

« La plupart des membres de l’USDP veulent que Shwe Mann devienne président », a indiqué un député de la majorité sous couvert de l’anonymat. « Il est celui qui peut guider le parti ».

De fait, le nouveau patron aura fort à faire. Car s’il a remporté quelque 80% des sièges mis en jeu lors des très controversées élections de 2010, il n’a rien pu faire aux partielles d’avril dernier sinon reconnaître le raz-de-marée de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi.

Et les observateurs jugent probable, dans trois ans, une lourde défaite d’une formation que les Birmans continuent de voir comme une émanation de la junte sortante.

« Celui qui a tout à perdre en 2015, c’est l’USDP », résume un diplomate étranger.

« L’armée sait qu’elle restera, pour longtemps, l’épine dorsale du régime (…). Mais le parti majoritaire a beaucoup de soucis à se faire ».

En 2010, il avait bénéficié de conditions exceptionnelles pour faire campagne, en l’absence de la LND qui boycottait le scrutin. Moyens financiers énormes, irrégularités diverses et autres intimidations avaient conduit l’Occident à qualifier le processus de « mascarade ».

Désormais, il ne pourra plus avoir recours « aux mauvaises pratiques, aux pressions et aux avantages inéquitables », relève Than Maung, un juriste birman.
« Les gens seront mieux éduqués sur le système démocratique ».

Officiellement, la morosité générée par les mauvais résultats d’avril est oubliée, au moins en surface.

« Les gens ont voté pour (la LND) car ils pensaient qu’ils travailleraient mieux que nous. Si c’est vraiment le cas, c’est bien », a assuré Htay Oo, secrétaire général de l’USDP.

En 2015, « les gens décideront en fonction des résultats sur le terrain », a-t-il ajouté.

« Nous espérons qu’ils nous comprendront ».

Mais la tâche du parti est d’autant plus complexe qu’il doit naviguer en aveugle sur un échiquier imprévisible.

Les militaires ont dirigé le pays sans partage pendant un demi-siècle. Mais depuis 18 mois, des centaines de dissidents ont été libérés, la LND d’Aung San Suu Kyi est devenue le premier parti d’opposition et les médias ont jouit d’une liberté croissante.

Les analystes n’excluent pas un éclatement de l’USDP.

« J’imagine très bien une scission », relève le diplomate étranger, décrivant un face-à-face compliqué entre les « héritiers » du régime militaire et « les notables que la junte a recruté et qui ne se sentent pas d’affinités particulières avec les caciques du parti ».

D’autres soulignent pour autant que la transition a pu se développer sans heurts parce qu’elle a préservé les intérêts de l’armée et des fidèles de la junte sortante.

Ils jugent à ce titre indispensable que l’USDP trouve le moyen de se maintenir au pouvoir, même s’il doit accepter de le partager. Comme Aung Tun Htet, un intellectuel birman proche du régime actuel, qui plaide pour un large gouvernement de coalition dans les dix ans à venir.

« On ne peut pas se permettre de voir l’USDP s’effondrer complètement, ajoute-t-il. C’est le parti au pouvoir ».

http://webasies.com/birmanie-parti-majoritaire-recherche-avenir-desesperement/
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La Birmanie refuse un bureau à l'organisation des pays musulmans

Message  Admin le Mar 16 Oct 2012 - 7:00

La Birmanie ne donnera pas son feu vert à une représentation de l'organisation mondiale des pays musulmans (OCI), a indiqué lundi une source à la présidence, alors que des milliers de moines bouddhistes ont protesté contre ce projet ces derniers jours.

"Le président n'autorisera pas l'ouverture d'un bureau de l'Organisation de la conférence islamique", a déclaré cette source à l'AFP. "Ce n'est pas en accord avec la volonté du peuple".

Des milliers de moines ont manifesté lundi dans plusieurs villes du pays, en protestant contre cette éventualité, selon les organisateurs.

Ils étaient 3.000 à Rangoun, le poumon économique de Birmanie, à défiler en portant des panneaux sur lesquels on pouvait lire "Non à l'OCI", d'après un photographe de l'AFP. D'autres manifestaient aussi dans la capitale Naypyidaw, ainsi qu'à Mandalay et à Pakokku, dans la région de Magway (centre).

Plusieurs rassemblements moins importants avaient été organisés ces derniers jours. Une source à l'OCI avait confirmé à l'AFP la semaine dernière qu'elle avait obtenu l'autorisation d'ouvrir un bureau en Birmanie.

Le dossier est devenu extrêmement sensible dans la société birmane. Dans l'ouest du pays, à majorité bouddhiste, des violences ont fait au moins 90 morts en trois mois entre membres bouddhistes de l'ethnie rakhine et Rohingyas, une minorité musulmane apatride considérée par l'ONU comme l'une des plus persécutées au monde.

Le mois dernier, l'OCI avait envoyé une délégation dans la région touchée par les violences. Le dernier sommet du groupe, en août à La Mecque (Arabie saoudite) avait décidé de porter le dossier devant l'Assemblée générale de l'ONU.

"Nous ne pouvons accepter un bureau de l'OCI ici", a déclaré à l'AFP un moine de Mandalay en charge de l'organisation de la manifestation. "Ni un bureau temporaire, ni un bureau permanent".

Les religieux birmans avaient été en première ligne des manifestations brutalement réprimées par la junte en 2007. Ils sont très actifs depuis quelques semaines pour réclamer la protection du bouddhisme et des droits des Rakhines face aux musulmans.

Parlant un dialecte similaire à celui qui est parlé au Bangladesh, les quelque 800.000 Rohingyas de Birmanie sont considérés par le gouvernement et de nombreux Birmans comme des immigrants illégaux.

Et même les personnalités les plus ouvertes du pays s'abstiennent de tout commentaire public, tant le sujet est susceptible d'exploser à tout moment. Des violences communautaires ont aussi éclaté plus récemment de l'autre côté de la frontière, au Bangladesh, à majorité musulmane.

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121015.AFP2138/la-birmanie-refuse-un-bureau-a-l-organisation-des-pays-musulmans.html
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Un coup de pouce de 80 millions de dollars pour la Birmanie qui s'ouvre au monde

Message  Admin le Sam 3 Nov 2012 - 7:08



Ce vendredi, la Banque mondiale a accordé un don de 80 millions de dollars à la Birmanie pour soutenir les réformes du nouveau régime. Hier, le parlement birman a révisé la loi sur les investissements étrangers pour les attirer à nouveau. Avec une population dépassant les 54 millions d'habitants, la Birmanie retrouve les faveurs des entreprises étrangères. Le respect des droits de l'Homme n'est pas encore total.

Ce vendredi, la Banque mondiale a accordé à la Birmanie un don de 80 millions de dollars pour soutenir les réformes du nouveau régime et développer les zones rurales défavorisées. Ainsi, elle rouvre le compteur du pays asiatique après vingt-cinq ans d'ostracisme, selon un communiqué publié vendredi.

«Je suis séduit par les réformes mises en place en Birmanie et encourage le gouvernement à poursuivre ses efforts», a déclaré Jim Yong Kim, le président sud-coréen de la Banque mondiale, citant l'éducation, la santé, les infrastructures et le secteur privé comme les «besoins en développement les plus urgents».

L’institution avait fermé son bureau de Rangoun en 1987 et renoncé à lancer de nouveaux projets lorsque la junte alors au pouvoir avait cessé d'honorer ses dettes. La gestion des arriérés, notamment une dette de 400 millions de dollars, constituait l'un des obstacles à son retour. La Banque, qui a rouvert une représentation en août, a précisé travailler avec le Japon et la Banque asiatique de développement (BAD) pour régler le dossier d'ici au début 2013. Le Japon avait effacé la dette bilatérale de la Birmanie, dont le montant s’élevait à 3,8 milliards de dollars. La Birmanie doit encore environ 500 millions de dollars à la BAD qui revient elle aussi dans le pays, pour la première fois depuis 1988.

La question des droits de l’homme se pose toujours

La Birmanie est sous la coupe de l’armée depuis 1988, armée qui a changé le nom du pays en 2010. Officiellement, la Birmanie est la République de l'Union du Myanmar. Le président Thein Sein, au pouvoir depuis l'auto-dissolution de la junte en mars 2011, a depuis multiplié les réformes politiques et économiques, y compris avec l'entrée au parlement de l'opposante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Reste que la question du respect des droits de l’Homme n’est pas réglée. Depuis juin, dans l’ouest du pays birman, dans l’État du Rakhine, les Rohingyas, minorité musulmane seraient victimes d’exactions de la part de population et bouddhistes. Selon le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), ces violences auraient provoqué l’afflux de 30.000 réfugiés vers des camps en périphérie de la capitale de l’État, Sittwe, s’ajoutant aux 75.000 personnes déplacées depuis l’été. Selon certains observateurs, l’Etat central fermerait les yeux.

Les investisseurs étrangers bienvenus

Cette initiative de la Banque mondiale intervient alors que la Birmanie s’ouvre progressivement au monde. Depuis la libéralisation du régime, la plupart des pays occidentaux ont depuis levé ou suspendu la quasi-totalité des sanctions. Les multinationales du monde entier s'intéressent à nouveau à ce marché de 54 millions d’habitants. Jeudi, le Parlement birman a voté la révision de la loi sur les investissements étrangers. D'après le nouveau texte, que le président a sept jours pour promulguer, un investisseur étranger pourra acquérir 99% des parts d'une société birmane. «Le ratio sera décidé en fonction d'un accord entre les deux parties», a précisé Zaw Htay, un haut-responsable du bureau de la présidence à l’AFP.

Autre signe marquant d’un changement d’époque, Neal Wolin, le secrétaire au Trésor adjoint américain a fait une visite de deux jours fin octobre en Birmanie pour intensifier les liens économiques avec les autorités de Rangoun, dans le cadre de la normalisation des relations entre les deux pays.

L’agriculture birmane doit se moderniser

Le 11 octobre, le gouvernement invitait officiellement les investisseurs étrangers à s'intéresser au secteur agricole. «C'est le meilleur moment et la meilleure chance d'investir en Birmanie, qui jouit de bonnes conditions climatiques, de vastes terres, de main d'oeuvre disponible et d'une politique favorable à l'agroalimentaire», avait déclaré Khin Mya Mya, une responsable du ministère de l'Agriculture lors d'une conférence à Rangoun, la capitale birmane.

http://www.latribune.fr/
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Birmanie, la métamorphose

Message  Admin le Dim 4 Nov 2012 - 8:38



La Birmanie, un pays qui s'ouvre au reste du monde après un demi siècle de dictature militaire. La junte dissoute, c'est un ancien général THEIN SEIN qui a instauré la voie vers la démocratie et fait libérer, notamment, l'opposante historique AUNG SAN SUU KYI


Portrait de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi exposé dans une galerie d'art de Rangoun. L'icône de la résistance inspire désormais les artistes. © © Géo "Géo"


La métamorphose est en cours depuis que l'étau militaire s'est desserré et " la Birmanie est "redevenue fréquentable, depuis Avril 2012 " écrit Loïc Grasset, dans le magazine "Géo".

Les premiers signes d'ouverture, c'est d'abord la parole qui se libère, les Birmans n'ont plus peur de parler aux étrangers et même, d'exprimer leurs idées politiques. "La liberté de penser s'exprime dans l'ouverture de galeries d'art, la censure de la presse a été levée depuis l'été dernier, il n'y a plus de faux moines espions dans les pagodes".

Les changements se voient à l'œil nu dans la rue, les opérations de change se font au grand jour, "avant c'était sous le manteau...le change quitte le marché noir, le Kyat s'échange contre des dollars.

Autre exemple, le parc automobile se déploie. A Rangoun, la ville principale du pays, le nombre de véhicules a triplé en un an.

les exilés aussi reviennent en masse, tout comme les investisseurs étrangers et diplomates.

Ce déverrouillage a aussi des conséquences néfastes: l'immobilier flambe, le prix du mètre carré s'envole.

Restent les sigmates de soixante ans de dictature: les caisses sont vides et la moitié de la population vit avec moins d'un dollar par jour. Il existe d'immenses bidonvilles comme Dalat. La Birmanie est l'un des pays les plus pauvres au monde, alors que le sous-sol regorge de richesses naturelles...jusqu'ici elles étaient réservées à une certaine oligarchie.

Les élections générale prévues en 2015 pourraient permettre de parachever cette ouverture sur la démocratie, entreprise depuis Avril 2012.

http://www.franceinfo.fr/monde/planete-geo/birmanie-la-metamorphose-788409-2012-11-04
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Dos and Don'ts

Message  asiaonly le Mar 6 Nov 2012 - 14:03

Faisant appel aux contributions de dessinateurs birmans, l’organisation Tourism Transparency a publié son «Dos and don’ts».

http://www.dosanddontsfortourists.com/

Le PDF a cette adresse...>> http://www.dosanddontsfortourists.com/book/dos_and_donts_for_tourists.pdf
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Re: Birmanie - un zest d'ouverture de facade

Message  Admin le Ven 16 Nov 2012 - 15:39



Plus de 450 prisonniers birmans doivent être relâchés à quelques jours de la visite de Barack Obama. Un cynique calcul politique selon l'opposition qui rappelle qu'aucun dissident ne figure sur cette liste. Des centaines de prisonniers politiques sont toujours incarcérés malgré l'accession au pouvoir d'un régime réformiste, en mars 2011.

Des réformes trop lentes et insuffisantes selon Nie Nie, membre du parti d'opposition d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). "Dans ce cas précis, ils mentent à Obama quant ils disent qu'ils relâchent des prisonniers politiques. Je ne dirais pas que c'est lié à la visite d'Obama, mais je pense que l'information donnée par les médias birmans n'est pas avérée."

Barack Obama est le premier président américain en exercice à se rendre à Rangoun. La dernière amnistie, en septembre, avait inclus des prisonniers politiques juste avant un déplacement du président birman à New York.
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Re: Birmanie - un zest d'ouverture de facade

Message  asiaonly le Ven 16 Nov 2012 - 16:02

C'est bien ce que je dis depuis le début...Tout ceci n'est que poudre aux yeux. Au moins, avant, les choses étaient claires et on savait ou étais les fourbes.
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Chronique de Birmanie : libération de la parole et petits chefs

Message  Admin le Dim 16 Déc 2012 - 15:13

L’ouverture en Birmanie se traduit par une transformation des comportements et une nouvelle atmosphère. La prudence reste, toutefois, de rigueur.

J’ai eu l’occasion tout récemment de passer quatre semaines en Birmanie, un pays où je ne m’étais pas rendu depuis longtemps mais sur lequel j’avais lu de nombreux articles évoquant l’«ouverture» et les «réformes» impulsées par le président Thein Sein, général à la retraite devenu chef de l’Etat civil au début de 2011. Sillonner plusieurs régions du pays m’a permis de réunir des éléments concrets sur ce qui, incontestablement, constitue un tournant pour ce pays placé sous la coupe d’un régime militaire sans merci de 1962 à 2011.

La venue du président Barack Obama en novembre a, semble-t-il, constitué un bol d’air frais pour la population de Rangoon. Le soir même de sa visite, l’ambiance dans les restaurants de l’ancienne capitale était joyeuse, on pouvait percevoir un je-ne-sais-quoi dans l’air qui le rendait plus léger. Un vent de libération, en quelque sorte. Cette impression a été confirmée dans les jours suivants. Le tenancier d’un kiosque à journaux, en pleine rue, a expliqué par le menu détail et avec une voix tonitruante en quoi consistait la liberté de la presse, en brandissant, à l’appui de ses propos, les Unes de plusieurs nouvelles publications apparues ces deux dernières années.

Mes incursions en province ont plutôt renforcé ce sentiment, mais avec des réserves. Dans les trains, dans les marchés, personne n’hésitait à commenter à haute voix l’actualité politique, ce qui était impensable il y a encore deux ans. On aurait alors murmuré des propos prudents au fond d’un lobby d’hôtel mal éclairé, en insistant sur l’anonymat.

La parole est donc libérée, la peur brisée. Ce processus paraît difficile à renverser. La liberté produit une accoutumance et les factions dures au sein de l’armée semblent avoir jugé qu’elles avaient davantage à perdre par une réaction d’opposition radicale au mouvement de réformes. Les manifestations près de la mine de cuivre de Monywa dans le nord du pays, l’audace croissante des journalistes ou la relative vigueur des débats parlementaires sont autant de signes : les citoyens birmans sont en train de conquérir progressivement des terres qui leur ont longtemps été interdites.

Mais rien n’est simple, surtout pas dans un pays marqué par des décennies de régime autocratique et où toutes les décisions étaient concentrées au sommet de l’appareil d’Etat, au sein d’un groupe de quelques hommes en uniformes. Le paradoxe est que, si les mesures de terreur lancées par ces galonnés pendant un demi-siècle étaient parfaitement répercutées à tous les échelons par la chaîne de commandement, il n’en est pas de même quand ces mêmes autorités lancent des mots d’ordre de libéralisation. A l’entrée d’une université, une fonctionnaire de l’enseignement indique qu’il “est interdit d’interroger les étudiants à l’intérieur ou à l’extérieur de l’université sans la permission du ministère de l’éducation”. Un agent ferroviaire bougon exige “la permission du ministère des chemins de fer” pour filmer quelques plans dans une gare de campagne. Sous une fine surface, la peur semble latente, car l’Etat de droit n’existe pas et l’uniforme signifie toujours le pouvoir arbitraire.

Généralement, les transformations des comportements n’en sont pas moins époustouflantes de rapidité, même si elles apparaissent beaucoup plus à Rangoon et à Mandalay que dans les zones reculées où le grand problème reste celui de la pauvreté. L’engouement des touristes, particulièrement des touristes français, pour le pays est positif, car il apporte avec lui un vent frais de l’extérieur – en espérant toutefois qu’un tourisme trop massif ne détruise pas les importants atouts naturels et culturels du pays. Le caractère bon enfant et accueillant de la population, un naturel enjoué loin de la fausse sophistication de certains Bangkokois ou de l’arrogance des nouveaux riches de Phnom Penh, une culture d’une richesse étonnante, voilà qui devrait aider le pays à se rebâtir une image positive après avoir été longtemps mis au ban de la communauté des nations. L’avenir ne peut être prédit, et il convient de ne pas se laisser gagner par un enthousiasme aveugle. A tout le moins, les signes que l’on peut observer actuellement sont encourageants.

Max Constant

http://asie-info.fr/2012/12/16/chronique-de-birmanie-liberation-de-la-parole-et-petits-chefs-514887.html
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Thein Sein appelle à des transformations en Birmanie

Message  Admin le Jeu 27 Déc 2012 - 9:06

RANGOUN, 26 décembre (Reuters) - Le président birman, Thein Sein, a prôné mercredi une refonte des pratiques en Birmanie pour lutter contre la corruption et mettre en application les normes internationales de la bonne gouvernance.

Dix-neuf mois après avoir accédé au pouvoir, le chef de l'Etat, issu des rangs de l'armée, a engagé un mouvement de réformes politiques, démocratiques et sociales salué à l'étranger.

Mais il estime que des améliorations d'importance doivent être apportées au fonctionnement de la bureaucrate afin de renforcer la démocratie et l'économie d'un pays encore considéré comme une destination risquée pour les investisseurs étrangers.

"Lorsqu'on en vient aux indices de bonne gouvernance, notre pays est encore loin des normes internationales", a-t-il dit lors d'une réunion avec des ministres, des représentants de région et des hauts fonctionnaires diffusée à la radio et à la télévision.

"Les caractéristiques d'un gouvernement propre et d'une bonne gouvernance nous font encore défaut: des réformes sont nécessaires depuis la base jusqu'aux strates de l'Etat", a-t-il ajouté.

Selon des diplomates occidentaux et des analystes, le gouvernement central est animé d'une véritable volonté réformatrice. Mais des questions se posent quant aux limites de son pouvoir d'influence sur les instances régionales et sur l'appareil bureaucratique.

"Pour que prévalent les pratiques démocratiques et que se développe notre nation, il est nécessaire de changer le système de l'administration, de sorte que le peuple puisse participer et coopérer", a ajouté Thein Sein. (Aung Hla Tun; Henri-Pierre André pour le service français)

http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5E8NQ0FD20121226
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Le nouveau visage de la Birmanie

Message  Admin le Ven 18 Jan 2013 - 10:12

Voilà près deux ans, un gouvernement civil a succédé à la junte. L’analyste Maël Raynaud* revient sur la transition en cours. Première de trois parties.

Fin mars 2011, le Président Thein Sein a pris les commandes de la Birmanie. Depuis, la transition démocratique semble avancer à grands pas. Quel bilan tirez-vous de ces quelque deux années ?

Le processus a commencé bien avant l’arrivée au pouvoir du président U Thein Sein. On peut rappeler deux évènements majeurs : les manifestations de septembre 2007, et Nargis, le cyclone qui a dévasté le delta de l’Irrawaddy en mai 2008. Pour moi, la première phase de la transition, c’est l’avant Nargis, période où l’on a vu réapparaître une société civile en Birmanie, dont les dirigeants sont devenus des acteurs clés de la transition, ce qu’on a appelé la troisième force.

Les manifestations de septembre 2007, et la répression qui s’en est suivie, ont bousculé la société birmane en profondeur. C’est un cliché, mais dans un pays où le bouddhisme est pratiqué avec autant de ferveur, tirer sur des moines, c’est franchir les limites de l’acceptable. Les conséquences s’en sont fait sentir jusque très haut dans la hiérarchie militaire. A partir de là, on a donc trois groupes distincts qui réfléchissent, chacun à leur façon, au moyen de sortir de l’impasse : l’opposition démocratique, autour d’Aung San Suu Kyi, la société civile, c’est-à-dire les ONG locales, et enfin l’armée, emmenée par un certain nombre de généraux que l’on a plus tard qualifiés de modérés.

La seconde phase sont les années 2008, 2009 et 2010, du cyclone aux élections. Pendant ces trois années, le gouffre s’accentue entre les déçus du mouvement démocratique, qui se demandent où la stratégie de confrontation avec le pouvoir défendue par Aung San Suu Kyi pourrait bien les mener, et les partisans de cette dernière. Alors que les premiers décident de se saisir de l’opportunité offerte par les élections prévues en 2010, la NLD, la Ligue nationale pour la démocratie, décide de les boycotter.

Pendant cette phase, les dirigeants de la société civile, la fameuse troisième force, n’ont eu de cesse de tisser des liens avec ceux des militaires qui semblaient les plus déterminés à tourner la page de la dictature. Le président, U Thein Sein, et le président de l’Assemblée, U Shwe Mann, étaient les deux hommes que la troisième force avait identifiés au moins dès 2008, ce dont je peux témoigner directement.

Après les élections, et effectivement à partir de la prise de fonction du président U Thein Sein, s’engage la troisième phase de la transition, celle qui se rapporte à votre question. En deux ans, le pays a changé de façon extraordinaire, dans de nombreux domaines. On est passé d’un pays où les gens ont peur à un pays où tout semble possible. En deux ans, les Etats-Unis sont passés d’une politique de sanctions très lourdes, faisant de la Birmanie un des fameux avant-postes de la tyrannie, à une visite remarquée de Barack Obama, faisant un discours enflammé devant un parterre pour le moins acquis à sa cause, à l’université de Yangon [Rangoon], c’est plus que remarquable. D’ailleurs, il est intéressant de noter que sur le réseau social Facebook, Obama a rejoint au panthéon des idoles de la renaissance birmane Steve Jobs, le fondateur d’Apple, dont le décès avait permis de mesurer l’importance que la jeunesse birmane accorde aux technologies nouvelles.

En termes de libertés publiques, la Birmanie a fait un bon gigantesque. De plus mauvais élève de l’ASEAN (l’Association des Nations de l’Asie du sud-est), la Birmanie est en passe de devenir un modèle pour ses voisins.

Malheureusement, le changement ne bénéficie pour l’instant, il faut bien le dire, qu’à une minorité, les plus riches et la classe moyenne, dans les plus grandes villes du pays. Pour l’immense majorité des Birmans, pauvres des villes et les 70% de paysans que compte le pays, la vie reste toujours aussi difficile. Malgré tout, on voit bien que l’économie se développe assez vite : les rues de Yangon et de Mandalay se congestionnent de voitures, les magasins regorgent de téléviseurs, frigos, fours micro-ondes qui s’écoulent visiblement très bien, et les supermarchés fleurissent à vue d’œil, où l’on trouve jusqu’à notre chère vache qui rit. La Banque Kanbawza avait 34 agences début 2012, 75 à l’été, et a probablement déjà ouvert la centième. L’objectif serait, d’après une source proche de la direction, d’atteindre les 250 agences fin 2014. On est loin d’un système qui ne bénéficierait qu’à quelques uns.

Comme dans les autres pays en voie de développement, les inégalités se creusent. Mais je crois que, s’il est bon de mesurer les limites des changements, il est également important de ne pas mésestimer leur importance. Quelles que soient les difficultés, les Birmans n’ont jamais été aussi près de voir leur pays retrouver un peu de sa superbe, qu’il avait lentement mais surement perdue au cours du dernier demi-siècle.

En fin de compte, je ne crois pas que les résultats visibles soient ce qui compte le plus. Ce que je garde de ces dernières années, c’est plutôt un processus : celui par lequel l’armée comprend qu’il lui faut changer, se tourne vers la société civile (notamment la troisième force dont les dirigeants sont devenus les conseillers du gouvernement), toutes les élites du pays, y compris l’opposition, jusqu’à Aung San Suu Kyi et les anciens prisonniers politiques libérés début 2012, et tente de les agréger à une transition qu’elle mène d’une main volontaire, et pour l’instant avec un grand succès. C’est je crois la première fois que le monde assiste à une transition de ce genre.

* Mael Raynaud est un spécialiste de la Birmanie. Il a travaillé pour plusieurs organisations birmanes, dont Myanmar Egress, Yangon Heritage Trust, Myanmar Market Research Development et Euro-Burma Office. Courriel: raynaud.mael@gmail.com


Source http://asie-info.fr/2013/01/18/le-nouveau-visage-de-la-birmanie-1-516391.html
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Le nouveau visage de la Birmanie (2)

Message  Admin le Sam 19 Jan 2013 - 8:30

Voilà près de deux ans, un gouvernement civil a succédé à la junte. Après voir décrit la genèse de la transition, l’analyste Maël Raynaud* aborde le rôle d’Aung San Suu Kyi. Deuxième de trois parties.

- Sans l’appui d’Aung San Suu Kyi, le nouveau pouvoir n’aurait certainement pas pu accomplir autant de réformes. Le couple Aung San Suu Kyi – Thein Sein vous paraît-il suffisamment solide pour affronter tous les défis qui attendent le pays ?

Est-ce vraiment si sûr qu’Aung San Suu Kyi a joué un rôle majeur dans la transition ? Certes, il a été vital pour le gouvernement Thein Sein de voir les sanctions internationales levées, et pour cela, c’est vrai, il fallait un feu vert de la Dame. Mais de fait, elle n’a fait qu’entériner, sur le tard, un processus qui s’était largement fait sans elle. J’ai moi-même écris dès 2009 qu’Aung San Suu Kyi et son parti feraient une grave erreur en se coupant des forces vives qui étaient en train d’amener à la transition, c’est-à-dire bien avant que la NLD ne prenne la décision de boycotter les élections. Un processus était en marche que beaucoup, au sein du mouvement démocrate, n’ont pas su voir, et bien souvent, ont refusé de voir, jusqu’à l’absurde. Comment ne pas le pardonner à des militants qui avaient tant souffert pendant les vingt années précédentes ? Mais cela n’en reste pas moins vrai.

Lorsque Aung San Suu Kyi rencontre le président U Thein Sein en août 2011, le gouvernement actuel est en place depuis plusieurs mois, il a commencé les réformes, il a commencé à associer de nombreux intellectuels à son travail, en faisant appel à leur expertise et en écoutant leurs avis, il travaille avec tous les diplomates occidentaux, avec les agences onusiennes, avec les ONG, la presse a largement commencé à goûter à une liberté qui grandit de jour en jour, et le processus de paix est sur le point d’être lancé.

Mais c’est vrai qu’une fois arrivé là, le soutien d’Aung San Suu Kyi devient indispensable au président U Thein Sein, parce qu’il lui ouvre la voie de la reconnaissance internationale, et qu’il aide à convaincre les minorités ethniques de la réalité du changement, ce dont il a besoin pour pouvoir lancer le processus de paix. En outre, et je crois que cette dimension est tout à fait centrale, le gouvernement est lancé dans une entreprise de reconstruction de la société, basée sur un consensus national qui verrait tous les Birmans œuvrer ensemble, dans le même sens. On se souvient que cette rencontre Aung San Suu Kyi – Thein Sein s’est tenue devant un portrait du Général Aung San, père du Prix Nobel de la Paix, et fondateur de l’armée birmane.

En ce sens, le couple Thein Sein – Aung San Suu Kyi symbolise la réconciliation nationale, celle entre les deux héritiers d’Aung San que sont sa fille et l’armée qu’il a créée. Malheureusement, il rappelle en creux la cruelle absence des minorités ethniques, ce troisième pilier de la société birmane, sans lesquelles la paix, et donc la démocratie, sont impossibles. Est-il solide ? Il semblerait bien que oui. Le président U Thein Sein a montré très clairement qu’il souhaitait amener le pays vers les élections prévues en 2015 de la meilleure façon possible, et Aung San Suu Kyi le lui a rendu en lui accordant son soutien. C’est qu’elle sait bien qu’elle les gagnera sans coup férir pour peu que, justement, le processus ait été mené à bien, c’est-à-dire que les élections soient libres et que son parti soit ensuite en mesure d’assumer le pouvoir.

- En choisissant de garder le silence face à l’éruption de violences dans l’Etat Rakhine et, aujourd’hui, après les frappes aériennes contre l’armée kachin, Aung San Suu Kyi a essuyé une vague de critiques. Croyez-vous, comme certains observateurs l’avancent, que la Dame de Rangoon a opté pour cette attitude par calcul électoral ? Qu’elle vise d’ores et déjà la présidence en 2015 ?

Tout d’abord, comme je l’ai dit, la réconciliation actuelle se fait d’abord et surtout entre les Birmans, c’est-à-dire l’ethnie bamar, eux-mêmes plus qu’entre les Birmans et les minorités ethniques. Aung San Suu Kyi et la NLD sont de purs produits de la société bamar, c’est-à-dire que bien que très convaincus des idéaux démocratiques, ils le sont parfois moins de la nécessité de faire des minorités ethniques des Birmans à part entière, et pas des citoyens de seconde classe. C’est un premier problème.

Ensuite, Aung San Suu Kyi a bien compris que le gouvernement actuel menait des réformes très rapides et très profondes, et que tout le monde au sein de l’ancien régime n’en était pas toujours très satisfait. En clair, les durs ne pardonneront rien au président U Thein Sein, et surtout pas de voir l’armée être bousculée, surtout pas dans l’Etat Kachin. Personne n’a intérêt à les voir revenir sur le devant de la scène, surtout pas Aung San Suu Kyi.

Pour ce qui est de l’Arakan [ou Etat Rakhine], la réalité est, encore une fois, que les membres de la NLD sont des Birmans comme les autres et que, comme les autres, ils font montre, à l’égard des Rohingyas, d’un racisme sans nom. Il était d’ailleurs intéressant, même si fort triste, de constater le décalage entre les Birmans, journalistes, membres de l’opposition, membres d’ONG, salariés des Nations unies, même, et leurs interlocuteurs étrangers. On peut réellement parler d’un dialogue de sourds, quelque chose qui se rapproche fort de ce qu’on voit au Sri Lanka, par exemple (les relations que la majorité bouddhiste entretient avec la minorité musulmane, dans ces deux pays, sont très similaires).

La question, est donc de savoir si Aung San Suu Kyi est prudente, face au racisme majoritaire dans son parti comme dans la société tout entière, ou si tout simplement elle le partage. Très franchement, je ne le sais pas. Toujours est-il qu’effectivement, si beaucoup d’entre nous avaient espéré qu’elle puisse calmer les passions et faire entendre la voix de la tolérance et de la raison, ils attendent toujours…

- Vous avez séjourné de nombreux mois en Birmanie. Aung San Suu Kyi jouit-elle toujours de l’aura qu’elle avait lorsqu’elle était maintenue en résidence surveillée ? Avez-vous perçu d’autres forces politiques montantes ?

Oui, c’est évident, Aung San Suu Kyi demeure pour ses concitoyens tout la fois une idole, presque une sainte, et un leader politique porteur des espoirs de la Birmanie. Si l’on devait compter le nombre de portrait de la Dame que l’on voit aujourd’hui collés à l’arrière d’un taxi, sur le T-shirt d’un jeune ou sur le mur d’un tea-shop, on s’inquiéterait même à l’inverse d’un certain culte de la personnalité…

Pour autant, comme je l’ai dit, de nouvelles forces sont apparues. La société civile a fait depuis des années des choix contraires à ceux de la NLD, et a pris une place importante dans un système où les ponts entre le gouvernement et les autres composantes de la société sont nombreux. De façon directe, certains des membres de la troisième force sont devenus des conseillers très influents, qui entourent le président U Thein Sein et ses plus proches ministres, comme U Soe Thane et U Aung Min, sans parler du président de l’Assemblée, U Shwe Mann. Et n’oublions pas tout de même qu’une douzaine de partis démocrates sont apparus en 2010, après que la NLD eut pris la décision de boycotter les élections, et qu’ils sont présents, et actifs, dans les différents parlements.

A l’inverse, sur ce que j’appellerais la gauche de la NLD, les anciens du mouvement de 1988, ainsi que les moines de 2007 et d’autres, forment une large sphère militante très active auprès des paysans, des ouvriers, des étudiants, des journalistes, des artistes et des intellectuels.

Je dirai donc que la Birmanie compte aujourd’hui un vrai corps politique, avec des militants, des journalistes, des partis politiques, des élites, économiques ou intellectuelles, des hauts-fonctionnaires, et bien sur l’armée… Aung San Suu Kyi et la NLD ont toutes les chances de rester la seconde force majeure de la politique birmane, avec l’armée, mais il y en a aujourd’hui effectivement d’autres.



* Mael Raynaud est un spécialiste de la Birmanie. Il a travaillé pour plusieurs organisations birmanes, dont Myanmar Egress, Yangon Heritage Trust, Myanmar Market Research Development et Euro-Burma Office. Courriel: raynaud.mael@gmail.com

http://asie-info.fr/2013/01/19/le-nouveau-visage-de-la-birmanie-2-516399.html
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Le nouveau visage de la Birmanie (3)

Message  Admin le Dim 20 Jan 2013 - 7:39

Voilà près de deux ans, un gouvernement civil a succédé à la junte. Après avoir abordé la genèse de la transition et le rôle d’Aung San Suu Kyi, l’analyste Maël Raynaud* évoque l’avenir de la Birmanie. Troisième et dernière partie.

- Qu’en est-il de l’armée ? Est-elle toujours aux commandes ?

Non, mais elle restera encore longtemps une institution-clé dans la politique birmane, comme elle l’est dans toutes les démocraties de la région, en Thaïlande, en Indonésie ou aux Philippines par exemple.

- Le développement du pays dépend certainement de la capacité du pouvoir central à négocier la paix avec l’ensemble des minorités ethniques en armes. Or, certains cessez-le-feu semblent fragiles tandis que d’autres régions sont en proie à des affrontements ouverts. Comment expliquez-vous les échecs du gouvernement dans ce domaine ?

Le seul échec du gouvernement, à ce niveau, c’est le conflit [dans l’Etat] Kachin. Là, de puissants intérêts financiers des leaders kachins, des Chinois et des chefs militaires birmans locaux s’affrontent, auxquels s’ajoutent un réel sentiment de ne plus être maîtres chez soi que ressentent les Kachins, qui rendent la résolution du conflit difficile. Mais je suis optimiste, malgré tout. Je crois que dans les mois à venir, un cessez-le-feu sera établi, et que de vraies négociations commenceront. Aucune des trois parties, Birmans, Kachins et Chinois, ne peut se permettre que ce conflit dure.

En revanche, je suis plus circonspect sur le fait que sans paix préalable, le pays ne pourrait se développer. L’Indonésie s’est développée bien avant la paix à Atjeh, les Philippines ne souffrent qu’à la marge du conflit dans le Sud, et la Thaïlande semble s’accommoder très bien du fait que des dizaines de vies soient perdues dans le sud musulman chaque année… La Birmanie pourrait elle aussi voir son centre se développer pendant que les zones les plus reculées ne cesseraient de prendre du retard.

- La « Birmanie nouvelle » a été présentée comme le nouvel eldorado pour les investisseurs occidentaux. A-t-on assisté à la ruée annoncée ?

Oui et non. De nombreux nouveaux investissements ont été effectués ces derniers mois, et de nouveaux contrats sont signés chaque jour, notamment dans les secteurs de la distribution, du textile ou du tourisme. Le marché automobile a explosé, l’immobilier aussi. La banque, la téléphonie et les services vont suivre. La Birmanie connaît un boom économique indéniable. Mais il reste difficile d’investir dans un pays aux infrastructures limitées, au cadre légal incertain (sans parler de l’Etat de droit encore fragile).

- Les ONG quant à elles sont arrivées en masse alors que la société civile birmane parvenait jusqu’à peu à se débrouiller seule. Cela ne risque-t-il pas de pervertir le pays à l’instar de ce qui s’est passé au Cambodge au début des années 90 ?

Et au Cambodge aujourd’hui encore ! Le risque existe. Je suis parfois choqué de voir des bailleurs de fonds refuser de financer des projets locaux pour faire venir des ONG occidentales qui ne connaissent rien à la Birmanie. La question de la place des ONG internationales et des agences onusiennes, et de leurs relations avec le gouvernement et la société civile locale se pose partout, et la réflexion avance, les attitudes changent. Les internationaux sont utiles, ils ont une expertise, des méthodes éprouvées, un recul qu’il ne faudrait pas non plus ignorer. Il ne faut pas sombrer dans le simplisme. Mais Yangon est encore loin d’être Phnom Penh. Dans un contexte de crise économique, et dans un pays soucieux de conserver sa souveraineté, je ne suis pas sûr que l’expression «arrivée en masse» soit justifiée. Les professionnels de la solidarité internationale, comme les investisseurs, repartent souvent aussi vite qu’ils sont arrivés. Et les Birmans sont très loin d’être des victimes passives… La fameuse idée « nous ne sommes pas des singes, ne nous lancez pas de bananes », que le gouvernement avait opposée aux Américains pendant les années Ne Win, est encore très vivace. J’avoue que cela fait partie des raisons pour lesquelles j’ai tant de sympathie pour les Birmans !

- Une prédiction d’un devin birman laissait entendre que les réformes en 2013 marqueraient le pas. Comment voyez-vous les prochains mois ?

Je ne crois pas que les réformes vont marquer le pas. Mais on rentre incontestablement dans une nouvelle phase. Je l’ai dit, je pense que 2011 et 2012 ont été les années où la transition est entrée dans sa phase active, après des années de gestation. Maintenant que le processus est sur la bonne voie, et en attendant les élections de 2015, nous devrions assister à trois années peut-être moins spectaculaires, où un travail long, difficile et souvent frustrant se fait, au sein du gouvernement, dans les Parlements, parmi les hauts-fonctionnaires, dans les appareils des partis politiques, dans les salles de rédaction des médias nouvellement libres, parmi ceux des militants qui vont créer les premiers syndicats, dans un secteur privé qui a beaucoup à apprendre, etc., le tout avec l’aide des voisins plus développés, de l’Occident, des Nations unies, des institutions financières internationales, et des experts auxquels le gouvernement fait appel. Rien de tout ceci ne donne lieu à une grande couverture médiatique, mais de bien des façons, c’est là que la transition se joue vraiment.

Mais les devins ont souvent tort. Cette année, et la suivante, pourraient nous réserver des surprises…



* Mael Raynaud est un spécialiste de la Birmanie. Il a travaillé pour plusieurs organisations birmanes, dont Myanmar Egress, Yangon Heritage Trust, Myanmar Market Research Development et Euro-Burma Office. Courriel: raynaud.mael@gmail.com

http://asie-info.fr/2013/01/20/le-nouveau-visage-de-la-birmanie-3-516401.html
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Re: Birmanie - un zest d'ouverture de facade

Message  Blue Sky le Jeu 24 Jan 2013 - 16:45

merci pour tes infos,toujours aussi interessantes .
cela dit ,le pere mael renaud se lajoue un peu idyllique,je ne peux que bondir qund je lis des affirmations telles que celles ci:

Lorsque Aung San Suu Kyi rencontre le président U Thein Sein en août 2011, le gouvernement actuel est en place depuis plusieurs mois, il a commencé les réformes, il a commencé à associer de nombreux intellectuels à son travail, en faisant appel à leur expertise et en écoutant leurs avis, il travaille avec tous les diplomates occidentaux, avec les agences onusiennes, avec les ONG, la presse a largement commencé à goûter à une liberté qui grandit de jour en jour, et le processus de paix est sur le point d’être lancé.

ou alors .
Qu’en est-il de l’armée ? Est-elle toujours aux commandes ?

Non, mais elle restera encore longtemps une institution-clé dans la politique birmane, comme elle l’est dans toutes les démocraties de la région, en Thaïlande, en Indonésie ou aux Philippines par exemple.


suis pas sur qu'ils aient assez de recul pour affirmer tout ca ...

Blue Sky

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La Birmanie voit sa dette annulée de moitié

Message  Admin le Lun 28 Jan 2013 - 7:08

Le gouvernement birman a indiqué lundi 27 janvier avoir obtenu un accord avec ses créanciers du Club de Paris pour l'annulation de la moitié de sa dette, nouveau signe de la confiance accordée par la communauté internationale au régime réformateur. L'accord, obtenu vendredi, réduit la dette extérieure de la Birmanie de quelque 6 milliards de dollars, selon un communiqué publié par le quotidien officiel New Light of Myanmar.
Le Japon a notamment tiré un trait sur 3 milliards de dettes et la Norvège en a effacé 534 millions. Le reste sera rééchelonné sur quinze ans. "D'autres bailleurs bilatéraux devraient suivre, avec de nouvelles annulations de dettes dans les six prochains mois", est-il encore précisé dans le texte.

Le geste du Club de Paris, groupe informel de créanciers qui réunit notamment les Etats-Unis, le Japon et plusieurs pays européens, ouvre une nouvelle ère dans laquelle "la Birmanie s'engage à coopérer pleinement avec tous les membres du Club de Paris", selon le ministre des finances birman, Win Shein.

Dans le même temps, le régime de Naypyidaw a réglé un total de 900 millions d'arriérés de dettes en souffrance avec la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement via un prêt-relais du Japon, ce qui facilitera la reprise de l'aide internationale à un pays qui en a longtemps été exclu. "La Birmanie a parcouru un long chemin dans sa transformation économique", a relevé la directrice de la Banque mondiale en Birmanie, Annette Dixon, en soulignant pour autant que "beaucoup de travail [restait] à faire".

RÉFORMES POLITIQUES ET ÉCONOMIQUES AMBITIEUSES

Le nouveau régime du président et ancien général Thein Sein, au pouvoir depuis près de deux ans, a surpris le monde entier en pilotant un ambitieux programme de réformes politiques et économiques, à la suite du départ sans violence de la junte après un demi-siècle de dictature. Outre l'élection au Parlement de l'ancienne dissidente Aung San Suu Kyi, il a libéré des dizaines de prisonniers politiques, obtenant la levée ou la suspension des sanctions occidentales et la visite fin 2012 du président américain fraîchement réélu, Barack Obama.

Au plan économique, le Parlement planche actuellement sur une loi garantissant l'indépendance de la banque centrale. Le gouvernement a déjà adopté l'unification des multiples taux de change qui paralysaient sa devise nationale, le kyat, et a adopté une loi sur les investissements étrangers.

Le régime birman a reçu il y a dix jours à Naypyidaw les bailleurs de fonds internationaux. Il leur a présenté un document dans lequel sont décrits notamment ses choix stratégiques pour les années à venir et ses engagements en terme de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. Selon ce document, le pays a enregistré une croissance de 5,5 % pour l'année fiscale 2011-2012 (avril à mars). La croissance devrait atteindre 6,25 % pour 2012-2013.

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/01/28/la-birmanie-voit-sa-dette-annulee-de-moitie_1823279_3216.html
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«Avec la démocratisation, des idées radicales se diffusent en Birmanie»

Message  Admin le Ven 1 Fév 2013 - 7:22

La Birmanie est en pleine transition. Une transition vers la démocratie, vers l’ouverture économique, vers la liberté d’expression. Une transition rapide et fulgurante qu’a observée la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, présidente déléguée du groupe France-Asie pour la Birmanie.


Photo : Abhisit Vejjajiva/Flickr / cc


La Birmanie a vécu une année 2012 historique, et 2013 ne s’annonce pas moins surprenante. Les autorités birmanes s’ouvrent au monde et laisse place à la démocratie.

Petit à petit, le Myanmar se forge une place, oubliée depuis longtemps, sur la scène internationale, une place exemptée des sanctions internationales qui l’isolaient depuis longtemps. Les investisseurs frappent à la porte de la Birmanie et l’avenir semble désormais optimiste.

Pourtant, les divisions religieuses sont également le quotidien du pays où plusieurs tribus s’affrontent dans des combats sanglants qui ont fait de nombreux morts cette année.

Pour la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, présidente déléguée du groupe France-Asie du Sud-Est pour la Birmanie, s’il était essentiel de donner du crédit au régime, le chemin est encore long sur de nombreux plans.

L’année 2012 a été marquée par une grande ouverture de la Birmanie vers le monde. Quel est votre regard sur cette avancée démocratique ?
Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam : L’image forte qui restera sera bien sûr celle de l’élection au Parlement d’Aung San Suu Kyi, qui a aussi pu profiter de sa nouvelle liberté de mouvement pour mener une véritable tournée internationale et venir chercher son prix Nobel de la Paix qui l’attendait à Oslo depuis 1991.

Au-delà de ces symboles, la transition entamée en 2011 est profonde. Il est remarquable qu’elle procède d’une volonté de démocratisation émanant du régime lui-même. La dissolution de la junte, la légalisation du parti d’opposition, la libération de nombreux prisonniers politiques et la mise en œuvre de mesures de libéralisation des médias n’ont ni été dictées par une révolution de la rue du type « printemps arabe », ni été provoquées par l’évolution du rapport de force avec l’opposante n°1 Aung San Suu Kyi, ni été imposées par une intervention de la communauté internationale.

Les répercussions de cette politique d’ouverture sont considérables, notamment en termes d’équilibres géopolitiques. La fin des sanctions imposées par l’Occident sort la Birmanie de son face-à-face avec la Chine, qui jusqu’alors était le principal pays continuant à commercer avec elle. Les États-Unis, mais aussi le Japon, se montrent particulièrement actifs pour développer leur positionnement dans le pays. L’Union européenne doit elle aussi rapidement démontrer sa détermination à agir aux côtés des Birmans. Au-delà des évidents intérêts commerciaux, il en va de l’intérêt de la population et de la stabilité géopolitique de la région.

Lors d’une récente déclaration, la députée d’opposition Aung San Suu Kyi a estimé qu’il fallait être prudent face aux mesures du gouvernement afin de ne pas se satisfaire de ces premiers efforts. Qu’en pensez-vous ?
Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam : Donner crédit au régime pour les premières mesures de démocratisation était indispensable. Cela ouvre des opportunités de coopération et permet d’accompagner et d’encourager la transition. En novembre, le vote par l’ONU d’une résolution reconnaissant ces progrès a ainsi permis de rappeler au gouvernement l’urgence de prendre des mesures pour mettre fin aux affrontements dans les États de Kachin et de Rakhine.

Il n’est bien sûr pas question de s’en satisfaire. Le chemin est encore long, tant en matière de développement économique que d’élargissement des libertés civiles. La population reste pour l’instant peu associée à cette transition, dont les impacts concrets sur la vie du peuple sont encore limités. Il faut dire que de trop nombreux groupes sociaux ont intérêt à freiner les réformes, qu’il s’agisse de trafiquants de drogues, d’extrémistes ou simplement de privilégiés de l’ancien régime. Il revient maintenant au gouvernement de transformer l’essai en allant au-delà des premières (et spectaculaires !) mesures d’affichage.

La Birmanie abrite sur son territoire des membres de la tribu des Rohingyas, considérés comme la minorité la plus persécutée au monde. Des chrétiens sont également persécutés et de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à la paix confessionnelle dans cette région. Peut-on vraiment parler de démocratisation lorsque de telles persécutions existent encore ?
Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam : Paradoxalement, la démocratisation a aussi facilité la diffusion des idées radicales, jusqu’alors contenues par la junte. Les mouvements extrémistes distribuent librement leurs tracts, tandis que le développement d’Internet et des réseaux sociaux a facilité la propagation des messages de haine et l’organisation d’actions collectives violentes telles que celles lancées en juin dernier.

Cela dit, la persécution des Rohingyas n’est pas récente. Elle s’ancre dans l’histoire coloniale, et leur engagement aux côtés de l’armée britannique. La junte leur a d’ailleurs retiré la nationalité birmane en 1982, faisant d’eux des apatrides. Des préjugés tenaces à l’encontre de ces musulmans perçus comme des « immigrés illégaux venus du Bangladesh » existent au sein de la majorité Rakhine bouddhiste. Mais ils semblent instrumentalisés depuis des années par le régime, qui ambitionne de renforcer l’unité du pays en promouvant le bouddhisme comme fondement de l’identité birmane, quitte à soumettre les « ennemis intérieurs » à des arrestations arbitraires et à des travaux forcés.

L’attachement à une religion « étrangère » explique aussi largement les exactions dont sont victimes les minorités chrétiennes, et notamment parmi les Karens et Kachins d’origine tibétaine, ainsi que les Chins protestants.

Quels sont, selon vous, les grands défis de la Birmanie pour 2013 ?
Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam : L’urgence est bien sûr à l’arrêt des violences, tant dans le conflit entre l’armée birmane et les autonomistes au Kachin qu’en matière de violences intercommunautaires. Dans un pays dont près d’un tiers de la population n’est pas Bamar, il est essentiel de garantir les droits des minorités ethniques et religieuses.

L’autre axe est celui d’un développement économique partagé. La Birmanie possède de nombreuses ressources naturelles (pétrole, gaz, mines, bois,…) : il faut lutter contre l’accaparation de ces richesses par une minorité et contre la corruption endémique, ce qui prendra du temps. Ceci servirait non seulement l’intérêt de la population, mais aussi la sécurité régionale. On l’oublie trop souvent, la Birmanie demeure le deuxième producteur de drogues au monde après l’Afghanistan.

Dans cette perspective, il est indispensable pour la Birmanie de réussir la restructuration des corps intermédiaires quasiment éliminés par l’ancien régime. L’armée et les corps monastiques continuent à jouer un rôle trop important, tandis que les administrations sont faibles et mal formées, les professions libérales marginalisées et le système éducatif peu mis en valeur. La France a très certainement une expertise à partager en la matière.

http://www.jolpress.com/birmanie-democratisation-aung-san-suu-kyi-liberation-prisonniers-rohingas-joelle-garriaud-maylam-article-816423.html
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Phosphore contre des manifestants : la Birmanie écarte un rapport indépendant

Message  Admin le Sam 16 Fév 2013 - 9:48

Le gouvernement birman a rejeté samedi un rapport indépendant faisant état de l'utilisation de phosphore blanc par les forces de l'ordre lors de la répression d'une manifestation d'opposants à une mine de cuivre, sans toutefois commenter ses conclusions.

Fin novembre, une opération des forces de l'ordre, la plus violente depuis l'avènement du régime réformateur en mars 2011, avait dispersé par la force des centaines de manifestants qui campaient sur le site de cette mine à Monywa (nord).
Des dizaines de personnes, dont de nombreux moines bouddhistes, avaient souffert de graves brûlures.

Une association d'avocats a envoyé une grenade lacrymogène trouvée sur le site à un laboratoire à l'étranger qui a découvert du phosphore oxydé, "compatible avec son utilisation dans une grenade fumigène militaire ordinaire au phosphore blanc", selon son rapport, qui dénonce également une "utilisation excessive" de la force contre les manifestants.

Mais le porte-parole du président a rejeté le rapport, sans pour autant commenter aucune de ses conclusions, indiquant que le gouvernement ne reconnaîtrait que les résultats de l'enquête officielle conduite par la chef de file de l'opposition Aung San Suu Kyi.
"Nous n'étudions pas ou ne commentons pas les enquêtes individuelles", a-t-il indiqué à l'AFP, soulignant que ce rapport pouvait "perturber" le travail de la commission présidée par la lauréate du prix Nobel de la paix qui ne devrait pas rendre ses conclusions avant fin février.

Plusieurs manifestations avaient été organisées après l'opération de novembre pour réclamer des excuses du gouvernement, qui avait exprimé ses regrets notamment auprès des moines.

Le bureau du président Thein Sein avait nié les accusations que des armes chimiques avaient été utilisées, venues de médias birmans.

La mine est gérée par une société mixte formée par le groupe chinois Wanbao et une société appartenant à l'armée birmane. Les opposants au projet exigent son abandon et dénoncent notamment l'insuffisance des indemnisations des saisies de terres.

AFP
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Comment l'astrologie a influencé le pouvoir birman

Message  Admin le Lun 25 Fév 2013 - 12:54



Après cinquante ans de dictature, la Birmanie s'ouvre peu à peu : la junte militaire a fait place à un gouvernement civil qui affiche des intentions démocratiques. Une éclosion qui permet de découvrir un pays où tout est possible. "Un œil sur la planète", le magazine de France 2 présenté par Etienne Leenhardt, y consacre son numéro du lundi 25 février, à 23 heures.

En quelques mois, Rangoon a changé de visage, les artistes souvent muselés profitent d'un accroissement de liberté même si beaucoup reste à faire dans ce domaine. La liberté de la presse a été proclamée. Enfin, avec la levée des sanctions, les entreprises étrangères se ruent dans un pays aux ressources phénoménales.

Néanmoins, en Birmanie, il est difficile de passer a côté de l'influence de l'astrologie. Dans leur reportage, les journalistes Sophie Ansel et Thomas Dandois expliquent comment les décisions de certains dictateurs continuent de nuire au quotidien des Birmans. En effet, dans les années 80, le dictateur Ne Win, écoutant son astrologue, a décidé de remplacer tous les billets de banque par d'autres dont les valeurs seraient des multiples de 9, son chiffre porte-bonheur. Ou encore, alors que les Birmans roulaient à gauche, les autorités ont imposé la conduite à droite sur les conseils d'un astrologue.

L'intégralité du reportage dans "Un œil sur la planète", lundi à 23 heures.

http://www.francetvinfo.fr/video-comment-l-astrologie-a-influence-le-pouvoir-birman-dans-un-oeil-sur-la-planete_253293.html
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Re: Birmanie - un zest d'ouverture de facade

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