Birmanie - un zest d'ouverture de facade

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Les Occidentaux doivent garder la Birmanie sous surveillance

Message  Admin le Lun 11 Mar 2013 - 7:51

« Il faut nous aider à installer la démocratie et la solidarité en Birmanie »

Wai Hnin Po, directrice adjointe de la Fondation pour l’éducation et le développement



« Les militaires exercent toujours une forme de contrôle en Birmanie. Il y a depuis deux ans des changements significatifs : de nombreuses restrictions aux libertés ont été levées et de nombreux prisonniers politiques ont été libérés. Toutefois, le changement est surtout sensible au niveau du gouvernement et des instances supérieures de l’Etat. Aux échelons inférieurs, on constate les mêmes comportements qu’au temps de la dictature« .

Wai Hnin Po est la fille d’un opposant à la junte militaire qui a dirigé la Birmanie quasiment sans interruption de 1988 à 2011. De passage à Paris à l’occasion de la campagne 2013 du CCFD-Terre solidaire, elle raconte brièvement son histoire : « Je suis née à Rangoon et j’y ai vécu jusqu’à la fin de mes études secondaires. Mon père était un ami de Htoo Chit, un des leaders du mouvement étudiant de 1988. Cette année-là, il s’est retrouvé par hasard dans l’avion reliant Bangkok à Rangoun qu’avait pris Aung San Suu Kyi pour visiter sa mère malade« .

« Je ne savais même pas si mon père était vivant »

« En 1990, mon père a été arrêté. Il a fait deux ans de prison. Ensuite, il est parti dans la jungle avec des étudiants de l’opposition. Je ne l’ai pas revu pendant dix ans. Moi je vivais avec ma mère, qui devait travailler, et mes grands-parents. Je ne connaissais rien de la situation politique. Nous étions tous soumis à la propagande officielle. Ma mère se taisait. Lors de ma dernière année au lycée, en 2000 j’ai été arrêtée, une journée. On me demandait où était mon père. Je ne savais pas. Je ne savais même pas s’il était vivant. Ma mère est venue me chercher. Nous sommes parties dans la jungle, où nous avons vécu 21 jours. J’ai revu mon père. Je ne le reconnaissais même pas. Puis nous sommes arrivés en Thaïlande. C’est là que j’ai commencé à comprendre la situation de mon pays« .

Trois femmes qui témoignent

Wai Hnin Po est aujourd’hui directrice adjointe de la Fondation pour l’éducation et le développement, qui intervient auprès des migrants birmans illégaux en Thaïlande. Vendredi 8 mars, elle est intervenue lors d’une conférence de presse organisée par le CCFD-Terre solidaire pour présenter la situation de cette population, qui compte 3 à 4 millions de personnes. Deux autres femmes ont témoigné, Areeya Juthamanee, responsable de la radio communautaire d’une autre fondation, le Programme d’assistance aux migrants; et Marip Moon Nay Li, coordinatrice des actions de l’Association des femmes Kachin en Thaïlande (KWAT), qui a évoqué le sort des Kachin, une minorité ethnique soumise à de violentes exactions par l’armée birmane. Toutes trois se rendront dans plusieurs villes de France avant de partir à Tunis pour le Forum social mondial qui se déroule à la fin du mois.

« Les Birmans sont souvent exploités en Thaïlande »

« Le principal enjeu pour les migrants birmans en Thaïlande, aujourd’hui, est de se faire enregistrer« , commence Wai Hnin Po. « Ils ont un nouveau délai jusqu’au 15 avril. Les procédures exigent une bonne coopération entre les autorités thaïlandaises et birmanes. D’abord, ils doivent se faire enregistrer auprès de l’administration birmane, qui a créé 11 centres à travers la Thaïlande. Une fois qu’ils ont reçu leur passeport birman, ils doivent obtenir un visa des autorités thaïlandaises, valable deux ans, puis une inscription à l’assurance maladie et enfin un permis de travail renouvelable chaque année. Mais ils doivent souvent passer par des intermédiaires et payer des sommes deux à quatre fois supérieures à celles qui sont officiellement exigées. Voués à effectuer les travaux les plus ingrats et les moins payés, ils font l’objet de discriminations, de violences et d’exploitation de la part des employeurs« .

« De nombreuses raisons qui poussent à émigrer »

« La Thaïlande a besoin de main d’oeuvre mais elle n’accorde que des permis temporaires« , ajoute Wai Hnin Po, dont l’organisation s’active dans dix provinces thaïlandaises pour faciliter l’intégration des migrants et pour sensibiliser les autorités et les populations locales. « Quant aux raisons qui poussent les Birmans à émigrer, elles sont nombreuses : il y a la situation des droits de l’homme en Birmanie; les migrations économiques; et les tensions ethniques« .

« La question identitaire et ethnique est très importante »

« Pendant des années, les populations des ethnies Mon, Karen, Shan, Kachins, notamment, ont subi des combats« , précise-t-elle. « Beaucoup ont été forcées de quitter leurs villages et leurs régions. Il y a souvent une première migration à l’intérieur de la Birmanie. Puis, comme ils ne sont pas reconnus comme victimes d’un conflit, ils se réfugient en Thaïlande. C’est aussi le cas aujourd’hui des Rohingyas. La question identitaire est très importante en Birmanie. Il y a neuf groupes ethniques et on entend fréquemment dire, par exemple : ‘je suis Karen, je ne suis pas Birman‘ ».

« Les grands projets de développement déracinent des villages entiers »

« La mauvaise gestion du pays jette aussi beaucoup de gens sur les routes« ,souligne la directrice adjointe de la Fondation pour l’éducation et le développement. « Selon la loi, la terre appartient à l’Etat. Lorsqu’il y a un projet de barrage, de mine, de pipe line, le gouvernement récupère la terre et cela provoque le déracinement de communautés villageoises entières« .

« De grands changements sont nécessaires avant les élections de 2015″

« Aujourd’hui, nous avons besoin du soutien et de la solidarité de la communauté internationale, des Etats mais aussi des sociétés civiles« , souligne Wai Hnin Po. « Car de grands changements sont nécessaires avant les élections générales de 2015. Depuis deux ans, on peut bien sûr se féliciter de la diminution des restrictions politiques en Birmanie. On a retrouvé la liberté d’expression, une certaine liberté de manifestation, la liberté de se rassembler et le droit de se syndiquer, même si aucun pouvoir n’est reconnu aux syndicats. La censure a été levée sur les médias et des médias privés sont apparus. La société civile peut interpeller et discuter avec le gouvernement« .

« La Constitution élaborée par la junte est toujours en vigueur »

« Mais la Constitution de 2008, élaborée par la junte militaire, est toujours en vigueur« , pointe cette responsable associative. « Un quart des 435 députés sont nommés, et non élus. Pour être président ou premier ministre, il faut avoir servi au moins dix ans dans l’armée, ce qui exclut par exemple Aung San Suu Kyi. Celle-ci a certes appuyé le processus d’ouverture du régime mais elle dit aussi aux Occidentaux : ‘wait and see’. Il faut procéder par étapes dans la politique de levée des sanctions. Il y a aussi le conflit en cours au nord du pays dans l’Etat Kachin, entre l’armée birmane et l’Armée de l’indépendance Kachin (KIA), à la frontière avec la Chine, qui provoque une grave crise humanitaire« .

« Les Occidentaux ne font plus très attention aux droits de l’homme »

« Dans ce contexte, les Etats-Unis et l’Union européenne lèvent leurs sanctions trop rapidement« , estime Wai Hnin Po. « On sent leur empressement à investir en Birmanie, en concurrence avec la Chine qui est déjà très présente. Du coup, ils ne font pas très attention aux droits de l’homme, aux réformes politiques à long terme. Ils apportent de l’aide humanitaire mais sans s’assurer qu’elle arrive aux populations qui en ont le plus besoin, notamment dans l’Etat Kachin. Ils devraient prendre plus d’informations sur le terrain, développer leurs contacts. Et il faut une commission d’enquête de l’ONU sur les possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui sont commis ces derniers mois dans l’Etat Kachin. Il faut que l’ONU fasse pression pour qu’un dialogue politique s’ouvre entre le gouvernement et toutes les minorités« .

« Une intensification des combats dans l’Etat Kachin »

Autour de la table, ce vendredi, Marip Moon Nay Li est particulièrement chargée de faire connaître la situation dans l’Etat kachin. « En 1994, un accord de cessez-le-feu avait été signé entre l’armée birmane et l’Armée de l’indépendance Kachin« , raconte-t-elle. « Il a été rompu par l’armée birmane en juin 2011. Ces six derniers mois, il y a eu une intensification du conflit avec une violente offensive de l’armée en décembre 2012, incluant des bombardements aériens, ce qui ne s’était pas vu depuis les années cinquante« .





« Cent cinquante mille déplacés intérieurs »

« On estime qu’en dix-huit mois, 150 000 civils ont été affectés par les combats« , affirme Marip Moon Nay Li. « L’ONU décompte entre 85 000 et 100 000 déplacés intérieurs mais outre ceux qui vivent dans des camps, le plus souvent à la frontière avec la Chine, il y a ceux qui sont dans la jungle et ceux qui sont coincés dans leurs villages sans liberté de mouvement. Il y a les zones de guerre et des zones placées sous administration militaire« .

« L’armée n’a cessé de renforcer sa présence »

« Les Kachins veulent un accord global, non pas un cessez-le-feu« , explique cette militante qui se souvient avoir vécu avec le bruit des tirs à l’âge de 3-4 ans. « Souvent, nous avons voulu la paix et nous avons essayé la négociation. Avec le temps, nous avons appris que l’armée profite des cessez-le-feu pour renforcer ses positions. Dès le début, elle n’a pas accepté les accords de Panglong signés au moment du processus d’indépendance en 1947. Pendant la dernière période de trêve, de 1994 à 2011, elle a quadruplé le nombre de bataillons déployés dans l’Etat Kachin, de 24 à 80. Et aujourd’hui, il y en a 142« .

« L’armée se rend coupable de terribles exactions »

« Durant ses opérations, l’armée se rend coupable de viols, de trafics d’êtres humains vers la Chine, d’exécutions extrajudiciaires, de déplacements forcés, de confiscation de terres« , précise Marip Moon Nay Li, s’appuyant sur les dernières enquêtes rendues publiques par son organisation, la KWAT, le mois dernier. « Elle utilise des civils comme boucliers humains, comme porteurs et comme main d’oeuvre forcée. Elle rafle des enfants pour en faire des soldats. Et le chaos profite au trafic de drogue qui fait des ravages dans la population et génère beaucoup de violences y compris domestique. Le secrétaire général de l’ONU lui-même, Ban Ki-moon, s’est alarmé de la situation« .

« L’armée veut contrôler les ressources de l’Etat Kachin »

« A deux reprises, le président birman Thein Sein a déclaré un cessez-le-feu mais il n’a pas été suivi par l’armée sur le terrain« , ajoute-t-elle. « L’armée veut en fait contrôler les importantes ressources de l’Etat Kachin : des mines d’or et de jade et un potentiel hydroélectrique très important, notamment pour la Chine. Le président Thein Sein a annoncé en 2011 la suspension de la construction d’un barrage important, celui du Myitsone, mais d’autres chantiers continuent sur l’Irrawady et des affluents, financés par la Chine. Et la China National Petroleum Corporation poursuit la construction de conduites géantes pour acheminer du pétrole et du gaz depuis la côte birmane jusqu’à sa frontière« .

« L’exigence d’un accord global »

« Les Kachins exigent aujourd’hui un accord politique global entre le gouvernement birman et toutes les autres ethnies du pays, qui se sont regroupées dans une alliance politique, le Conseil fédéral des nationalitées unies (UNFC)« , signale Marip Moon Nay Li. « Mon organisation, la KWAT, demande de son côté à la communauté internationale de : condamner les atrocités du gouverment birman contre le peuple Kachin et les autres nationalités et de le presser à stopper les violations des droits de l’homme; stopper tous les investissements dans les régions des minorités ethniques jusqu’à la mise en place d’un cessez-le-feu national, le retrait des forces birmanes et la signature d’un accord politique qui garantisse durablement les droits des différentes nationalités; d’apporter de façon urgente une aide humanitaire aux réfugiés et aux personnes déplacées qui fuient le conflit« .


http://paris-planete.blogs.la-croix.com/les-occidentaux-doivent-garder-la-birmanie-sous-surveillance/2013/03/10/

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En Birmanie, les skateurs en quête de rampes

Message  Admin le Mar 19 Mar 2013 - 14:56



Tatouages, jeans troués et lunettes noires, les skateurs de Rangoun ont tout du parfait attirail, à un détail près. Ils n'ont pas de skatepark et doivent se contenter de vieux pneus ou d'une rampe en bois éculée.

Il y a quelques années, le groupe de jeunes, réduit mais passionné, profitait dans l'ancienne capitale birmane d'un lieu dédié. Un beau jour, des bulldozers l'ont détruit, sans explication.

Depuis, comme nombre de leurs pairs à travers le monde, ils se battent pour trouver où s'élancer. Un lieu où ils ne gêneraient ni les passants, ni les propriétaires de magasins.

"Nous voulons un skatepark aux normes internationales à Rangoun, pour que les skateurs de tout le pays puissent venir", explique Ko Thit, qui laisse apercevoir de complexes tatouages.

"Il n'y a pas de skatepark ici (...). Nous sommes à la recherche d'un lieu spécifique", renchérit Arkar Bo, espérant que la création formelle d'une association les aidera dans leur quête.

Le groupe a bénéficié de manière inattendue des réformes politiques et économiques spectaculaires lancées par le gouvernement depuis la dissolution de la junte, il y a deux ans.

Ils peuvent accéder facilement aux sites internet sur les dernières modes et aux vidéos de skateboard. Sans oublier l'espoir que l'introduction des paiements en ligne leur permettent de faire venir la planche de leurs rêves de l'étranger.

Mais quel que soit leur avenir, ils n'ont aucune intention d'abandonner leurs acrobaties. "Vous pouvez dire que c'est un art (...). Tout est beau ici", relève Pi Oo Narzi. "Quoi qu'il se passe, je continuerai".

http://www.lepoint.fr/societe/en-birmanie-les-skateurs-en-quete-de-rampes-19-03-2013-1642534_23.php
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la révolution internet en marche avant la visite du patron de Google

Message  Admin le Jeu 21 Mar 2013 - 7:11

Pendant des décennies, la junte birmane s'est appliquée à étouffer internet, vu comme une dangereuse passerelle vers la liberté, mais lorsque le PDG de Google Eric Schmidt découvrira Rangoun vendredi, il rencontrera des internautes plus ambitieux que jamais.
Le secteur, certes, démarre de zéro ou presque dans ce pays encore sous la coupe des militaires il y a deux ans et où les connections demeurent à ce jour aussi lentes qu'irrégulières.

Mais cela ne décourage pas la jeunesse urbaine du pays, toute surprise de voir tomber les uns après les autres tabous et interdictions, comme le blocage de gmail ou YouTube.
Tous les sites sont aujourd'hui accessibles, affirme ainsi Ye Min Oo, 28 ans, technicien d'un café internet. "Même les responsables gouvernementaux utilisent gmail".
Vendredi, Schmidt prononcera un discours au Parc technologique de l'ancienne capitale dans le cadre d'une tournée asiatique, et après un voyage très controversé en Corée du Nord en janvier.
Sa visite "vise à prendre contact avec des partenaires locaux et des +googlers+ qui travaillent pour améliorer la vie de millions de gens dans la région, en les aidant à se connecter et accéder à une information planétaire pour la première fois", selon un communiqué du groupe.
Peu de détails ont été diffusés sur son séjour. Mais les propriétaires de cafés internet espéraient que cette visite accélère encore le processus.
"Il y a plus de liberté qu'avant mais certaines choses sont encore bloquées", explique Hein Htet Aung. "La visite de Google est bonne pour tout le monde. La nouvelle génération du secteur va découvrir des opportunités".
Un rapport de Reporters sans frontières (RSF) en décembre avait établi que les gérants de cafés internet n'étaient plus harcelés par la police et n'étaient plus tenus de conserver les mots de passe de la clientèle.
L'organisation basée à Paris avait pour autant souligné le maintien de lois extrêmement répressives, qui avaient permis l'emprisonnement de blogueurs et de journalistes par le passé, notamment la loi sur les transactions électroniques qui punit de 15 ans de prison toute activité anti-gouvernementale.
En 2007, lors d'une puissante révolte emmenée par les moines bouddhistes de Rangoun, les militants avaient utilisé la toile pour diffuser à l'étranger les images d'une répression sanglante, avant que les autorités ne musèlent le réseau.
Et internet était régulièrement coupé certains jours sous l'ancien régime, notamment le 8 août, qui commémore les émeutes de 1988, les plus violentes de l'histoire de la junte militaire.
Mais les réformes politiques menées par le nouveau gouvernement, au pouvoir depuis la transition pacifique de mars 2011, ont bouleversé le paysage, réel comme virtuel. En septembre 2011, des sites comme la BBC ou le groupe de média en exil Democratic Voice of Burma sont devenus disponibles.
Le pays, qui compte 60 millions d'habitants, est devenue la coqueluche des groupes étrangers de produits de consommation. Et l'arrivée en masse des derniers smartphones, tablettes et autres ordinateurs portables est imminente, tandis que la police et le porte-parole du gouvernement communiquent via Facebook.
Même la députée de l'opposition Aung San Suu Kyi, libérée en 2010 après 15 ans de résidence surveillée, a pu installer internet chez elle l'année suivante, ravie d'entrer dans une modernité dont elle avait été si longtemps privée.
Elle a rapidement indiqué vouloir s'initier à Twitter. Avant d'avouer qu'elle était trop occupée pour s'en servir...

http://www.leparisien.fr/high-tech/birmanie-la-revolution-internet-en-marche-avant-la-visite-du-patron-de-google-21-03-2013-2658619.php
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Les USA déconseillent la Birmanie

Message  Admin le Mar 26 Mar 2013 - 9:10

Les Etats-Unis ont conseillé aujourd'hui à leurs ressortissants d'éviter les déplacements dans la région birmane de Mandalay et dans certains quartiers de Rangoun, en raison des violences communautaires meurtrières de ces derniers jours, a indiqué l'ambassade sur son site internet.

Les violences entre bouddhistes et musulmans qui ont fait 40 morts à Meiktila, dans la région de Mandalay, ont provoqué "de forts sentiments de plusieurs côtés", a précisé l'ambassade américaine à Rangoun, conseillant "fortement" aux Américains d'éviter cette zone ainsi que des quartiers de l'ancienne capitale.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/03/26/97001-20130326FILWWW00313-les-us-deconseillent-la-birmanie.php
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La Birmanie au défi des violences religieuses

Message  Admin le Ven 29 Mar 2013 - 23:55



Aung San Suu Kyi est critiquée pour son silence après des émeutes antimusulmanes qui ont fait 40 morts.


Les violences religieuses qui viennent de secouer la Birmanie confirment que le processus de démocratisation engagé depuis deux ans dans ce pays ne sera pas un fleuve tranquille. Un haut responsable de l'ONU, rapporteur spécial sur les droits de l'homme en Birmanie, a affirmé vendredi que l'État et les forces de sécurité étaient impliqués dans les émeutes antimusulmanes qui, ces dix derniers jours, ont fait officiellement 40 morts et plus de 12.000 déplacés. Des accusations fermement rejetées par le porte-parole du président Thein Sein. Cet ancien pilier de la junte militaire au pouvoir jusqu'en 2010 a depuis renoncé à l'uniforme et engagé une démocratisation prudente. Un fragile processus d'ouverture menacé par des affrontements communautaires récurrents dans une «Union de Myanmar», le nouveau nom du pays, qui compte 135 ethnies et plusieurs rébellions, dont celle de la minorité chrétienne Kachin.

Les derniers heurts intercommunautaires ont aussi terni l'aura d'Aung San Suu Kyi. L'icône de la démocratie est critiquée pour sa complaisance envers les militaires. Les émeutes à peine «pacifiées» par l'armée, on l'a vue aux côtés de ses chefs - ceux-là même qui l'ont maintenue en résidence surveillée pendant plus de quinze ans - assister pour la première fois à une grande parade militaire, mercredi, à Naypyidaw, la nouvelle capitale du pays.

Le 20 mars, à Meiktila, une ville au centre de la Birmanie, une bagarre éclate entre le patron d'un magasin d'or et des clients bouddhistes. Une foule détruit alors la boutique et tous les commerces alentours tenus par des musulmans. Des mosquées, des maisons, des quartiers entiers sont réduits en cendres. Les violences se répandent comme une traînée de poudre, jusqu'à l'ancienne capitale Rangoun. Bien au-delà du bilan des autorités, certaines sources parlent de 100 morts. L'armée est déployée pour tenter d'éteindre l'incendie.

Qu'un banal incident ait pu conduire à des affrontements de cette ampleur témoigne de puissantes tensions latentes. Les musulmans ne représenteraient que 4 % des 60 millions de Birmans. Mais une campagne antimusulmane, surnommée «969» (référence à la tradition numérologique bouddhiste) est à l'œuvre à travers le pays, ciblant les commerces et les entreprises dirigées par des musulmans. L'an dernier déjà, des affrontements entre bouddhistes et musulmans d'une minorité apatride, les Rohingyas, considérés comme des immigrés illégaux venus du Bangladesh à l'époque coloniale, ont fait 180 morts et 125.000 déplacés dans l'est du pays. La présence en Birmanie de la minorité Rohingya avant la période britannique est pourtant historiquement avérée.

Cette intolérance a des racines profondes et anciennes. Pour beaucoup de Birmans de l'ethnie majoritaire, les Bamars (60 % de la population), l'identité bouddhiste incarne la nation. Les préjugés antimusulmans sont assez répandus.
Retrait vigilant des militaires depuis l'amorce de la démocratisation

Ces antagonismes sont traditionnellement exploités par les régimes successifs pour justifier la prééminence de l'armée. Ce risque pèse aujourd'hui sur la «perestroïka» birmane, équation complexe dont l'armée constitue la principale inconnue. Personne n'exclut en effet que, cantonnés à un retrait vigilant depuis l'amorce de la démocratisation, les militaires soient tentés de s'ériger en recours si le pays sombrait dans la violence.

Adulée en Birmanie, élue députée en avril 2012, célébrée à l'étranger, notamment lors des visites qu'elle a effectuées en Europe et aux États-Unis, Aung San Suu Kyi souligne souvent dans ses discours le défi des minorités ethniques. Libérée de résidence surveillée en novembre 2010, elle avait même évoqué l'idée d'une conférence nationale. Mais elle a ensuite abandonné cette proposition devant les réticences de l'armée. Surtout, elle n'a pas élevé la voix lors des violences contre les musulmans rohingyas. On ne l'a pas davantage entendue prendre position, ces jours derniers. Une attitude qui a suscité la déception, y compris chez certains de ses fidèles. Légitiment parée de toutes les vertus, le courage au premier chef, la «Dame», comme on l'appelle, s'est aussi révélée une politicienne autoritaire et peu partageuse. À deux ans de l'élection présidentielle, «Suu» n'entend manifestement pas prendre à rebrousse-poil un nationalisme birman aux relents parfois xénophobes. Ses déclarations d'allégeance appuyées à l'armée déplaisent aux militants prodémocratie dont certains n'hésitent plus à la taxer d'opportunisme. Mariée naguère à un Britannique, elle ne pourra pas se présenter en 2015 sans une réforme de la Constitution. Mais l'idole du peuple birman sait d'ores et déjà qu'elle ne pourra pas accéder à la tête du pays sans l'aval de l'armée.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/03/29/01003-20130329ARTFIG00674-la-birmanie-au-defi-des-violences-religieuses.php
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Les risques d'un chaos social

Message  Admin le Sam 6 Avr 2013 - 17:30

La Birmanie marche à grands pas vers la démocratie, mais la rapidité du processus présente aussi des risques de chaos social : sanglantes émeutes antimusulmanes l'année dernière dans le Sud-Ouest et fin mars dans le Centre ; intensification depuis le début de l'année de la guerre avec les combattants de l'ethnie kachin au nord ; feux encore mal éteints de décennies de conflits avec les guérillas d'autres minorités, à l'est : deux ans après la démission de la junte, tout montre que rien n'est joué au "Myanmar".
Le contraire eût été étonnant : après un demi-siècle de régime militaire (1962-2011), la Birmanie avait peu de chances de devenir en un tour de main une Suisse de l'Asie. La Birmanie est une mosaïque impossible composée de 135 ethnies répertoriées. On y parle une centaine de langues différentes. Bouddhisme, islam, catholicisme, religions protestantes et confucianisme y cohabitent. Gouverner la Birmanie est un défi. L'unifier, un fantasme : l'"Union de Myanmar" – tel est le nom officiel du pays – n'est qu'une désunion.

Rudyard Kipling eut cette belle phrase pour résumer le caractère fondamental de ce pays qui fut un empire indépendant, puis un joyau de la Couronne britannique : "Telle est la Birmanie, où rien n'est pareil à ce qui se passe ailleurs"...

Le "Myanmar" serait-il donc condamné à l'imprévisibilité ? La Birmanie risque-t-elle encore longtemps de poursuivre le rêve impossible de la construction de cet Etat-nation éternellement en devenir ? Dès l'indépendance, en 1948, les minorités ethniques refusèrent de jouer le jeu de la construction nationale. En dépit des accords de cessez-le-feu conclus entre l'actuel gouvernement et la majorité des groupes armés, rien n'est réglé à ce jour.

Le président Thein Sein, ancien général de la junte mais architecte en chef des réformes, sait parfois taper du poing sur la table : après les émeutes antimusulmanes de la semaine dernière, il a tancé, dans un discours courageux, les sbires de l'extrémisme bouddhiste...

Mais ce n'est pas suffisant : les militaires sont rentrés dans leurs casernes mais demeurent la force de recours, la puissance réelle. Certains soupçonnent des éléments de la "Tatmadaw" – l'armée –, peu enclins à soutenir de trop rapides développements démocratiques, d'avoir incité les émeutiers. On dit aussi que les militaires n'obéissent pas toujours au président, qui a ordonné, sans succès, à ses soldats de cesser le feu au nord avec les guérilleros kachin...

Quant à Aung San Suu Kyi, l'ancienne bête noire du régime, elle multiplie les compromis avec le pouvoir. Elle espère être élue présidente aux élections de 2015. On commence à lui reprocher de ne pas parler suffisamment haut et clair. Notamment pour condamner des émeutiers appartenant à la religion bouddhiste majoritaire. Craindrait-elle de voir s'effriter son immense popularité ? Plus que jamais, pourtant, la Birmanie a besoin que se fasse entendre la voix de son "icône".

Le président, justement, est un réformateur. Cet ancien général de la junte, qui a coiffé la casquette du démocrate, forme un couple improbable avec Aung San Suu Kyi. Mais, grâce à eux, le pays sort de la nuit. Et l'Union européenne, qui doit décider ce mois-ci du sort des sanctions jadis prises contre le "Myanmar", devrait aider Thein Sein et Aung San Suu Kyi. Et accorder un traitement commercial préférentiel à ce pays.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/04/06/birmanie-les-risques-d-un-chaos-social_3155276_3232.html
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En Birmanie, la police en pleine crise d’identité

Message  Admin le Jeu 11 Avr 2013 - 15:07



Parent pauvre des forces de sécurité sous la junte, la police birmane est aujourd’hui sous pression pour assumer son rôle de maintien de l’ordre, tiraillée entre ceux qui dénoncent ses interventions musclées et ceux qui lui reprochent une inaction coupable.

La transition est rude aussi pour la police, dans ce pays qui veut désormais revêtir les attributs de la démocratie après un demi-siècle de régime militaire.

Il n’y pas si longtemps, les manifestations étaient dispersées par des soldats armés jusqu’aux dents. Mais depuis que la junte a cédé la place à un régime réformateur en 2011, l’usage de la force est présenté comme le «dernier recours» et le maintien de l’ordre incombe à une police démunie.

«Nous n’avons jamais été correctement équipés», explique un officier sous couvert de l’anonymat, revendiquant 20 ans de carrière. Uniformes, casques, talkies-walkies, gilets pare-balles, véhicules, formation : tout manque.

«Nul ne se souciait de la police sous le gouvernement militaire. Nul ne s’en soucie non plus aujourd’hui. Mais nous sommes les premiers accusés».

Et les défis sont légion au fur et à mesure que la société teste les limites de sa nouvelle liberté. Fin 2012, la dispersion d’opposants à une mine de cuivre chinoise dans le centre du pays a tourné au désastre. Des dizaines de civils et des moines bouddhistes ont été grièvement blessés par du phosphore.

Des scènes que Birmans et communauté internationale croyaient révolues, mais qui sont d’abord le produit d’une incompétence, selon Jim Della-Giacoma, expert de l’International Crisis group (ICG).

«Ils ont pris ce qu’ils croyaient être des bombes fumigènes inoffensives dans un arsenal militaire, et ont appris de la pire des façons qu’elles contenaient du phosphore», a-t-il expliqué à l’AFP.

La police a en revanche été accusée d’inaction, voire de complicité, par des organisations de défense des droits de l’Homme après les violences qui ont opposé bouddhistes et musulmans depuis près d’un an.

Human Rights Watch affirme que les forces de l’ordre ont commis meurtres et exactions en Etat Rakhine (ouest) l’an passé. Et réclame des explications sur leur impuissance à Meiktila (centre), où 43 personnes ont été tuées en mars.

«Ils sont restés là en regardant», regrette Win Htein, député de la ville pour la Ligue nationale pour la démocratie (opposition). «Je ne sais pas si les policiers n’ont rien fait parce qu’ils n’avaient pas d’ordre, ou s’ils ont été lents à réagir parce qu’ils avaient été accusés dans la répression de la mine de cuivre».

A chaque fois, le gouvernement a dû avoir recours à l’état d’urgence et à l’armée pour ramener le calme.

«Les forces de police locales ne sont pas formées pour le contrôle des émeutes», a admis à l’AFP Ye Htut, porte-parole du président Thein Sein. «Quand les émeutiers arrivent dans cinq ou six endroits en même temps, ils ne peuvent pas contrôler la situation».

La communauté internationale a, semble-t-il, pris conscience d’une faiblesse potentiellement dangereuse pour le pays. L’Union européenne, qui effectue ce genre de formation dans de nombreux pays, a récemment fait des propositions au gouvernement.

«Nous avons besoin d’armes non-létales pour maîtriser les émeutes (...), pour qu’il y ait moins de blessés dans les opérations de dispersion», convient un officier supérieur. «Nous voulons les respecter les normes internationales. Mais nous faisons avec nos moyens».

L’enjeu est fondamental. Thein Sein, ex-général et Premier ministre sous la junte, est crédité de spectaculaires réformes. Mais la moindre bavure des forces de l’ordre rallume la flamme des sceptiques.

La police a besoin d’une doctrine politique et d’une profonde réorganisation, assure à cet égard Jim Della-Giacoma. Elle devra «se débarrasser réellement de sa mentalité autoritaire et devenir une police de service, plutôt qu’une force».

http://www.liberation.fr/monde/2013/04/11/en-birmanie-la-police-en-pleine-crise-d-identite_895370
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En Birmanie, l'état de droit cher à Suu Kyi n'est encore qu'un espoir lointain

Message  Admin le Mar 30 Avr 2013 - 11:15

Dans une Birmanie qui enchaîne les réformes, l'opposante Aung San Suu Kyi fait de l'"état de droit" la pierre angulaire de son discours politique. Mais pour les victimes de décennies de dictature et de corruption, ces mots ne représentent toujours qu'un lointain espoir.
Malgré les stupéfiantes mesures adoptées par le nouveau régime pour tourner la page de la junte depuis 2011, certaines questions brûlantes, telles que les expropriations liées aux grands projets industriels, mettent en lumière un système légal indigent.

L'impunité qui a prévalu lors des récentes violences religieuses ou dans les zones de conflits avec les minorités ethniques souligne les lacunes de lois qui ne parviennent pas à suivre le rythme des bouleversements politiques, économiques et sociaux, selon les défenseurs des droits de l'Homme.
"Nous nous battons toujours pour un système juste qui s'applique à tout le monde (...). La loi doit être reine", estime ainsi Khin Maung Win, ancien étudiant en droit enfermé en 2002 pour avoir distribué des pamphlets contre le régime militaire de l'époque.
Aujourd'hui secrétaire du Réseau pour l'aide légale de Birmanie, il juge le système judiciaire arbitraire, non professionnel et corrompu. "Nous avons une histoire difficile", note-t-il.
"Pour avancer, les gens ont désormais besoin de droits et d'être impliqués dans le processus de changement". "Les esprits doivent être débarrassés de la peur".
Pendant un demi-siècle de dictature militaire, les condamnations sommaires étaient légion. Décès et disparitions restaient impunis et les tribunaux étaient inféodés à la classe dirigeante.
Aujourd'hui, le nouveau parlement débat certes avec conviction des projets de législation, mais la justice reste désespérément opaque et les analystes jugent les institutions judiciaires trop faibles pour accompagner les réformes.
"Le problème actuel n'est pas seulement de mettre à jour les lois et d'en créer de nouvelles (...), mais de redonner à la population foi et confiance dans ces lois", insiste Pavin Chachavalpongpun, de l'université de Kyoto.
Un besoin de légitimité également mis en avant par Aung Thein, avocat de villageois qui se battent contre une mine de cuivre chinoise controversée dans le centre du pays.
"L'administration continue à faire pression pour que la justice agisse pour elle", estime-t-il, soulignant, comme Suu Kyi, que son pays "n'avancerait pas" tant que ces ingérences se poursuivront.
"Les bonnes lois existent déjà en Birmanie mais nous n'avons pas de système judiciaire propre et indépendant", avait notamment regretté la lauréate du prix Nobel de la paix l'an dernier.
Un message également pris à son compte par le président Thein Sein, crédité du mouvement de réformes en cours, qui revendique sa volonté de lutter contre la corruption et de promouvoir un système judiciaire indépendant.
Depuis deux ans, certaines lois répressives ont été abolies. La presse s'est libérée de la censure, les manifestations sont désormais autorisées et des centaines de prisonniers politiques ont été libérés. Des formations de juges et de policiers au niveau local sont également en cours pour leur préciser leur devoirs et leurs limites.
Mais c'est le système entier qui doit être modifié, plaide Aung Thein. A commencer par la Constitution controversée de 2008 octroyant d'importants pouvoirs à l'armée, à qui est réservée d'office un quart des sièges au parlement.
Khin Muang Win, qui a pu s'entretenir avec juges, procureurs et hauts responsables de la police, aperçoit pourtant des lueurs d'espoir avec une évolution, au moins dans l'attitude, de ceux qui réprimaient par simple réflexe il y a encore deux ans.
"Je pense qu'ils veulent vraiment changer", estime l'ancien dissident. "Je n'y aurais jamais pensé, surtout la police, mais c'est ce qu'ils veulent".


http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/en-birmanie-l-etat-de-droit-cher-a-suu-kyi-n-est-encore-qu-un-espoir-lointain-30-04-2013-2770441.php
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Inculpation pour blasphème

Message  Admin le Ven 3 Mai 2013 - 5:23

Une Birmane musulmane qui aurait bousculé un enfant moine va être poursuivie pour blasphème, a indiqué aujourd'hui la police birmane. L'affaire avait provoqué une flambée de violences anti-musulmans et fait un mort cette semaine dans le centre du pays.

Win Win Sein et une autre musulmane ont été interpellées par la police à Oakkan, à environ 100 km au nord de Rangoun, où les attaques de lundi ont visé une mosquée et des dizaines de magasins, faisant également une dizaine de blessés.

"Au total, 21 personnes vont être inculpées pour leur implication dans les violences", a indiqué un responsable policier local, assurant que tout le calme était revenu. "Win Win Sein et une autre femme vont également être inculpées pour diffamation religieuse".

Selon la Constitution, toutes les confessions sont protégées des insultes, mais le pays "reconnaît une position spéciale au bouddhisme en tant que foi d'une grande majorité de citoyens".
Aucun moine bouddhiste ni responsable politique n'a été poursuivi ces derniers mois en dépit de propos et d'écrits parfois incendiaires sur l'islam et les musulmans.

Les dernières violences ont éclaté après que Win Win Sein a bousculé, semble-t-il par accident, un novice de onze ans qui a fait tomber le bol destiné à collecter les offrandes.

Dans un entretien diffusé par la télévision d'Etat, le jeune moine, Shin Ponnya, a indiqué que de l'argent lui avait été offert pour acheter un nouveau bol, précisant que la police était arrivée rapidement après l'incident.

"On ne m'a fait des excuses que lorsque nous sommes arrivés au poste de police", a-t-il déclaré, avant que l'entretien ne soit coupé brusquement.

En mars, des émeutes religieuses avaient fait 43 morts à Meiktila, également dans le centre du pays, après une dispute entre un marchand musulman et des clients bouddhistes. Des quartiers entiers avaient été brûlés jusqu'à ce que l'armée intervienne en vertu de l'état d'urgence.

En 2012, dans l'ouest cette fois, des affrontements entre bouddhistes de l'ethnie rakhine et musulmans de la minorité apatride des Rohingyas avaient fait environ 200 morts et 140.000 déplacés.

Dans une Birmanie en plein bouleversement depuis la dissolution de la junte en mars 2011, ces événements ont remis en lumière un fond islamophobe latent dans un pays majoritairement bouddhiste où vivent officiellement 4% de musulmans.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/05/02/97001-20130502FILWWW00458-birmanie-inculpation-pour-blaspheme.php
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La difficile mais possible transition birmane

Message  Admin le Lun 6 Mai 2013 - 15:45

La Birmanie vient de connaître une nouvelle période de troubles inter-ethniques qui méritent mieux que les jugements hâtifs qu'on lit un peu partout dans la presse occidentale. Ce pays "où rien n'est pareil à ce qui se passe ailleurs", comme le disait très justement Kipling, est peuplé à 72% ou 75 % (il n'y a pas de recensement fiable) de Birmans proprement dits (les "Bamas") qui occupent presque entièrement la très riche vallée centrale de l'Irrawaddy, c'est-à-dire la " Birmanie utile ".
Cette ethnie descendue de l'Himalaya il y a plus d'un millénaire a repoussé progressivement toutes les autres, même celles à qui elle doit une partie de sa culture et de son accès au bouddhisme (comme les Môns) vers les zones montagneuses ou les plateaux de la périphérie. Une carte ethnique du pays montre donc un noyau dur " bama " au centre du pays, du Golfe du Bengale aux trois quarts Nord, et une zone en fer à cheval presque parfait à l'Ouest au Nord et à l'Est, globalement plus vaste, mais peuplée d' ethnies minoritaires.

Le gouvernement birman recense officiellement 135 ethnies, mais ce chiffre est artificiellement gonflé (diviser pour régner ?) car il comptabilise toutes les sous-ethnies, qui existent réellement mais pourraient se regrouper en six ou sept grands groupes, essentiellement les Shan (qui occupent plus du quart du territoire), les Karens, (éventuellement avec les Kareni et les Kayas), les Môns, les Kachins, les Chins et les Arakanais. A ces grands groupes, il faut ajouter de petites ethnies frontalières de la Chine (les Was par exemple), de l'Inde (les Nagas) et du Bangladesh incorporées par les Britanniques dans leur "Raj indien" dont la Birmanie a fait partie jusqu'en 1938, au grand déplaisir des Birmans. Il faut ajouter aussi les descendants indiens, souvent musulmans, des fonctionnaires laissés derrière eux par les colonisateurs et qui sont encore très mal considérés, ainsi que les nombreux "sino-birmans" parfois originaires du Yunan et parfois musulmans aussi.

"DES IMMIGRÉS APATRIDES"

Les "musulmans" (4% de la population), très éparpillés, ne sont pas homogènes et ne constituent pas une "minorité nationale" reconnue. Les Rohingyas, qui ont été à l'origine et aussi les victimes de troubles récents, occupent trois cantons de l'Etat (bouddhiste ) de l'Arakan à la frontière du Bangladesh. Ils ne sont pas reconnus comme des nationaux de Birmanie mais des immigrés apatrides, de l'avis même de Mme Aung San Suu Kyi.

Soupçonnés d'être travaillés par le djihadisme, ils sont l'objet d'une grande méfiance de la part des autres. Il faut savoir aussi que de nombreux territoires sont en réalité des " peaux de léopard ". Ainsi, quand on fait des randonnées sur les hauts plateaux de l'Etat shan de l'Ouest, passe-t-on en quelques minutes du chef-lieu entièrement shan (où on parle une langue apparentée au thaï) à un village lahu, où les costumes sont complètement différents, comme la langue, puis plus haut à un village eng encore différent et ainsi de suite, les derniers arrivés au cours de migrations ayant repoussé les autres vers les terres les plus ingrates. Pourtant tout le monde vit en bonne intelligence.

Tout le monde se retrouve au marché du chef-lieu où on échange les produits de la forêt (bois de chauffage) ou de l'agriculture de montagne (légumes ou riz d'altitude) contre des produits manufacturés. Tous se reconnaissent au premier coup d'œil par le costume. A l'occasion, on s'invite d'un village à l'autre pour les fêtes rituelles (j'y ai assisté). Le seul adversaire commun étant l'armée birmane, dont les descentes (pour organiser la corvée par exemple) ont longtemps été un facteur fédérateur chez les locaux.

EXTRAORDINAIRE RICHESSE CULTURELLE

Quant à la Birmanie centrale "bama" (que les Britanniques appelaient "Burma proper", elle abrite elle-même des millions de minoritaires souvent laissés derrière lui à son départ par le colonisateur comme les Indiens de Rangoun et Mandalay et les très nombreux villages karens du delta de l'Irrawaddy, peuplés des descendants d'anciens coolies "importés" pour défricher, très loin de leur Etat d'origine.

Ce patchwork, comme toute chose, peut être le meilleur ou la pire de choses pour la nouvelle Birmanie en gestation. L'extraordinaire richesse culturelle qu'il révèle constitue un patrimoine potentiel exploitable (il l'est déjà), pour le tourisme, entre autres. D'île au milieu des terres qu'elle a toujours été, la Birmanie pourrait devenir ce qu'elle est en puissance, un pont utile entre l'Asie Jaune et l'Asie brune, et pas seulement le corridor que la Chine essaie actuellement de se ménager vers l'Océan indien, à la faveur du long boycott occidental. Il ne faut cependant pas faire d'angélisme au sujet du "chaudron ethnique" birman mais bien prendre en compte le poids de l'Histoire : pendant la période coloniale, les Britanniques utilisaient des régiments de "minoritaires" (Chin Rifles, Karen Rifles) pour mater les soulèvements de l'ethnie birmane (bama), laquelle, après trois guerres anglo-birmanes, n'avait jamais accepté la colonisation, surtout dans le cadre "indien".

Lors de la "révolution de safran" de 2007, les généraux de la junte d'alors ont fait de même pour réprimer la révolte des jeunes moines, bien birmans. Diviser pour régner, toujours. Il faudra donc d'abord faire appel à la vertu très bouddhiste de la "compassion" et de la mansuétude, qu'on a déjà vu s'appliquer à l'occasion de la récente ouverture du régime, avec la libération d'Aung San Suu Kyi, sa participation aux élections partielles et maintenant sa présence à la Fête de l'Armée, cette même armée qui la persécutait mais qu'a fondée son père, à laquelle elle s'est toujours dite attachée, qui fait vivre le quart de la population du pays, et dont elle a toujours, même en prison, rappelé qu'elle serait toujours indispensable à la cohésion d'un pays tellement divisé.

TENIR JUSQU'AUX ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES DE 2015

Les voix qui s'élèvent ou les articles qu'on lit dans la presse occidentale se formalisant de ce rapprochement paraissent bien injustes envers celle qui a payé de sa personne et de sa liberté, au risque de sa vie, pour sortir son pays du trou noir. Elle est à présent obligée de jouer serré pour tenir jusqu'aux élections présidentielles de 2015 en faisant confiance à l'actuel président, Thein Sein, qui doit lui aussi se méfier des nostalgiques de la dictature. Il faudra peut-être négocier un amendement à la constitution pour lui permettre de concourir.

Les minorités, elles, l'avaient largement soutenue lors des élections volées de 1990, et elles semblent prêtes à recommencer comme elles avaient fait avec son père le Général Aung San (juste avant son assassinat), lors de la Conférence de Panglong en 1947, s'engageant à ne pas revendiquer d'indépendances séparées sur des territoires de micro-Etats qui d'ailleurs ne seraient pas viables. Après tout, comme la France actuelle s'est faite grosso modo dans les " frontières " de l'ancienne Gaule, aux prix de siècles de conflits, c'est à peu près toujours dans le même espace clos entre Himalaya, Plateau shan, Golfe du Bengale et Chaîne de l'Arakan que la Birmanie, très ancien royaume, s'est forgée au cours des siècles, telle ethnie (Shan, Môn) supplantant un moment les autres avant de refluer, tout en restant présente dans son coin de territoire.

Tous ces conflits, même cruels, cela finit par créer des liens et une communauté de destin. Pour concrétiser cette difficile union, il faudrait envisager un véritable Etat fédéral décentralisé, avec des Etats fédérés réellement autonomes pour leurs affaires internes au lieu de ces gouverneurs-satrapes invariablement "bamas" et militaires, bref redonner vie aux accords de Panglong sabotés il y a soixante ans par des militaires à la vue courte. Une seule personne semble investie de la légitimité et du soutien populaire pour mener à bien la dernière étape du processus de transition, c'est celle que sur les photos de presse on voit à la tribune à côté de ses anciens bourreaux et qui mérite mieux que les articles vertueux de certaine presse bien-pensante. Kipling avait raison : "en Birmanie, rien n'est pareil à ce qui se passe ailleurs".

Jean Hourcade (membre du groupe de prospective Asie21, ancien conseiller culturel en Birmanie)

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/06/la-difficile-mais-possible-transition-birmane_3171424_3232.html
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Le Myanmar, "open for business" ?

Message  Admin le Dim 19 Mai 2013 - 13:11

LE CERCLE. Malgré d'importantes réformes de l'environnement des affaires et un immense potentiel, le Myanmar demeure un investissement risqué.

Après la conclusion sanglante du soulèvement de 1988 à Yangon, le nouveau gouvernement militaire – le « State Law and Order Restoration Council » (SLORC) – fait immédiatement adopter un de ses premiers textes législatifs : la Loi sur l’investissement étranger au Myanmar (MFIL), conçue pour être "la meilleure du monde" par l’élite de la bureaucratie militaire.

Malgré les sanctions internationales dramatiques – liées aux exactions de l’armée sur les ethnies minoritaires du pays et l’opposition politique –, la junte n’a jamais vraiment abandonné ses ambitions d’ouverture du pays aux capitaux étrangers, qu’ils soient asiatiques ou occidentaux. 1988 reste toutefois la première vraie tentative du gouvernement du pays de mettre en place une politique capitaliste volontariste après plusieurs décennies de calvaire proto-socialiste, nationaliste et isolationniste.

Les changements considérables – et relativement inattendus – qu’a lancé Thein Sein, le président depuis 2011, après la retraite volontaire d’un des dirigeants les plus conservateurs du pays, Than Shwe, est une preuve indéniable de la volonté de fer de certains politiciens de redistribuer rapidement les cartes économiques et sociales dans un pays où les infrastructures physiques et bureaucratiques sont toujours dans un état désastreux.

Mais ce changement de politique témoigne aussi de l’imprévisibilité d’un système politique encore incapable de trouver un point d’équilibre pendant la phase actuelle de démocratisation à marche forcée. Le pays a récemment fait des progrès considérables en matière de développement suite aux réformes implacables du gouvernement, parmi lesquelles on compte notamment la réforme complète de la MFIL de 1988 qui inclut désormais d’importants programmes d’allégements fiscaux pour les entreprises étrangères ou l’assouplissement des conditions de location des terrains.

Thein Sein a également montré une détermination impressionnante en prenant l’initiative de renvoyer sans honneurs, puis de poursuivre en justice pour corruption des personnalités très haut placées du ministère des Télécommunications, incluant notamment le ministre lui-même, un ancien général. Cette action brutale pour un pays à la haute administration figée a immédiatement fait baisser le prix des cartes SIM de 240 USD à une vingtaine de dollars.

De façon similaire en 2012, l’agence responsable des importations de véhicules, entre les mains de 4 généraux taxant souvent les automobiles à près de 200 %, avait brusquement été déclarée obsolète et supprimée, permettant l’importation de quantités inédites de véhicules, en écrasante majorité d’origine japonaise. Le taux de change du Kyat, la monnaie nationale, a également été unifié il y a un an à un niveau proche de celui du marché noir, éliminant un lourd fardeau dans le secteur de l’import/export.

Mais la législation liée à l’investissement étranger (principalement la MFIL et la loi flambant neuve sur les zones économiques spéciales) ne parvient toujours pas à apporter au pays une stabilité institutionnelle à un pays dont la structure judiciaire reste anémique et gangrénée par des décennies de prévarication. Il est par exemple toujours impossible de garantir un procès équitable entre un investisseur étranger et sa contrepartie birmane si un désaccord venait à éclater entre eux, et ce malgré les garanties répétées du gouvernement. La MFIL est donc en effet un important texte législatif, mais elle n’est pas encore prête à passer le baptême du feu d’un pays dont l’environnement des affaires reste l’un des plus faibles de la région.

Parallèlement, la structure économique du Myanmar demeure sous le contrôle de quelques grands trusts, tous impliqués dans les mêmes activités très lucratives qui constituent le socle économique du pays (banque, extraction minière, commerce des bois précieux, etc.), et ce, avec le soutien plus ou moins masqué de membres importants de la nomenklatura militaire. La compétition directe avec un de ces grands groupes (Max Myanmar, Asia World, Yoma Holdings, etc.) restera donc une aventure complexe et délicate pendant encore plusieurs années. Un travail préparatoire de qualité sur le terrain, de même que de solides connexions politiques resteront donc très importantes pour les projets importants, et ce à nouveau, malgré la bonne volonté du gouvernement.

Par conséquent, la nécessité pour les investisseurs étrangers de trouver des partenaires fiables dans un pays où les activités de due diligence demeurent artisanales et où la protection juridique de l’entreprise n’est pas assurée fait d’un investissement prématuré une opération potentiellement extrêmement lucrative, mais tout aussi risquée. Sécuriser le soutien de ministres, des autorités locales et de membres de la toute puissante Commission de l’Investissement (MIC) – menée par l’'ancien vice-amiral très libéral U Soe Thein – est une nécessité indisputable, faisant du travail de prospection légale une étape importante, mais moins prioritaire que le relationnel.

En effet, la MIC s’est récemment vu attribuer des pouvoirs discrétionnaires colossaux vis-à-vis de l’investissement étranger dans le pays. Elle est en effet capable de déterminer sans supervision la quantité d’avantages fiscaux alloués aux projets acceptés, ou même la part de capital étranger maximal qui leur sera attribuée. Malgré la réduction visible des obstacles bureaucratiques qui a été provoquée par cette centralisation administrative, l’investisseur fait aujourd’hui face à une véritable "boite noire", prenant des décisions cruciales avec un faible niveau de transparence. La MIC aura donc à prendre des décisions critiques rapidement de façon à garantir sa probité et la clarté de son processus de prise de décision.

Toutefois, l’obstacle le plus important auquel le Myanmar et les investisseurs déjà sur place auront bientôt à faire face demeure la prise de pouvoir probable d’Aung San Suu Kyi et de son parti la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD) après les élections de 2015. Malgré l’intégration de "sang neuf" dans l’élite intellectuelle du parti après le congrès, début 2013, son équipe économique reste faible et la création d’un véritable "shadow cabinet" capable d’imaginer des politiques de développement ambitieuse demeure une éventualité encore lointaine.

Si Aung San Suu Kyi a embrassé à cœur ouvert le système capitaliste et l’économie de marché, citant par exemple en longueur le Manifeste de 1990 de son parti défendant la "révision ou la suppression" des "lois, décrets, régulations ou autres restrictions" allant à l’encontre de l’activité économique, la Dame reste vague sur ces problèmes dans son programme, se contentant de déclarer "qu’un Myanmar démocratique sera un Myanmar économiquement prospère".

Le système économique devra ainsi survivre à une tension considérable pendant le transfert de son contrôle à la première administration civile du pays depuis 1960, et ce, malgré la conservation probable de nombreux cadres militaires aux postes importants de l’organigramme administratif du pays. Mais l’arrivée de l’alternance devrait grandement contribuer au nettoyage des grands trusts (malgré des déclarations d’Aung San Suu Kyi sur le sujet décevantes), et briser la dernière barrière morale empêchant l’accès du Myanmar à la scène économique globale.

Les militaires aiment se référer à l’échec de l’expérience démocratique de 1960-1962 quand, après plus d’une décennie d’administration militaire du pays depuis l’indépendance de 1948, le régime avait laissé des élections nationales se tenir. L’implémentation des parfois étranges politiques socialistes, nationalistes et "bouddhiste" du Parti antifasciste de la Liberté du Peuple de U Nu, dévastant l’économie du pays, l’armée avait rapidement décidé de reprendre le contrôle du pays dans un rapide coup d’État sans effusion de sang en déclarant l’incompétence des bureaucrates civils à développer le pays.

Ce précédent tragique hante toujours le paysage politique du Myanmar. Si Aung San Suu Kyi ne parvient pas à rassurer les militaires sur sa compétence en matière économique et sa renonciation à une politique excluant totalement les militaires de l’administration du pays, il est tout à fait envisageable qu’un tel épisode se reproduise.

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/international/asie/221172749/myanmar-open-for-business
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les réformes portent leurs fruits, la croissance va s'accélérer

Message  Admin le Mer 22 Mai 2013 - 12:37

La Birmanie a enregistré l'an dernier une croissance de 6,5% et le PIB devrait continuer à augmenter, a estimé mercredi le Fonds monétaire international (FMI) alors que les réformes se multiplient dans un des pays les plus pauvres de la planète.
Le FMI a prédit une croissance de 6,75% pour l'année fiscale 2013-2014, notamment grâce la production de gaz et à des investissements en hausse.
"L'ambitieux programme de réformes des autorités porte ses fruits, avec une stabilité macroéconomique et un fort intérêt des investisseurs", a commenté Matt Davies, qui a mené une mission d'une équipe du Fonds dans le pays asiatique.
Il a par ailleurs salué l'augmentation des investissements étrangers. La presse d'Etat avait rapporté la semaine dernière une multiplication par cinq des investissements locaux et étrangers sur un an, avec plus de 1,4 milliard de dollars d'investissements étrangers pour l'année fiscale 2012-2013.
Les déclarations du FMI interviennent alors que le président birman Thein Sein effectue une visite historique à Washington.
Les Etats-Unis, qui ont déjà levé la plupart des sanctions en récompense des réformes engagées depuis la dissolution de la junte il y a deux ans, ont signé mardi avec Naypyidaw un accord de coopération commerciale.
En plus de réformes politiques spectaculaires, la Birmanie a adopté l'unification des multiples taux de change qui paralysait sa devise nationale, le kyat, et a adopté une loi sur les investissements étrangers.
Le pays a également enregistré une "augmentation importante" des montants d'impôt collectés, cruciaux pour financer des secteurs longtemps négligés comme la santé et l'éducation.
Après un demi-siècle de dictature militaire qui l'a isolée du reste du monde, la Birmanie, avec une population de 60 millions d'habitants et ses importantes ressources naturelles, est vue par certains comme un nouvel eldorado.
Mais il existe des "risques" liés notamment à "la capacité limitée en matière de gestion macroéconomique, qui va être être sous la pression de la transition économique rapide et étendue", a tempéré Matt Davies.
Le FMI, qui espère de nouvelles réformes, notamment une loi attendue sur l'indépendance de la Banque centrale, devrait ouvrir prochainement un bureau dans le pays pour soutenir le processus de réforme.

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/afp-00522934-birmanie-les-reformes-portent-leurs-fruits-la-croissance-va-s-accelerer-568385.php
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Birmanie : un investissement responsable est-il possible ?

Message  Admin le Dim 2 Juin 2013 - 2:32

Depuis l'ouverture du pays en 2012, les investisseurs étrangers se bousculent en Birmanie. Parmi eux, plusieurs multinationales françaises lorgnent des contrats d'aéroport (Vinci, Bouygues) ou de télécoms (Orange). Pourtant, selon la FIDH, les conditions ne sont pas réunies pour un investissement responsable.
Orange, en lice pour une licence de téléphonie, Bouygues et Vinci, pré-sélectionnés pour l'extension de l'aéroport de Yangon (ex-Rangoon) : il n'y a pas que PepsiCo, Ford ni les grosses entreprises asiatiques (Chine, Thaïlande, notamment) qui espèrent tirer parti du potentiel économique birman... Mais un an après qu'Aung San Suu Kyi, l'opposante historique devenue députée, ait invité les entreprises étrangères à venir investir en Birmanie, le cadre juridique et légal serait loin d'être propice, d'après plusieurs ONG : publié en mars 2013, un rapport de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) et du réseau Altsean-Burma se montre particulièrement sévère. «L'actuel cadre normatif, politique et économique en Birmanie ne rend pas possible un investissement étranger respectueux des normes et des standards internationaux les plus fondamentaux », résume l'organisation de défense des droits de l'homme. Trois écueils principaux attendent les entreprises d'après Debbie Stothard, secrétaire générale de la FIDH et coordinatrice d’Altsean Burma : l'absence de respect des droits fonciers, l'absence d'un accès à une justice, que ce soit pour les Birmans ou pour les entreprises en cas de litige commercial et la recherche de partenaires d'affaires locaux non corrompus (le pays est classé 172ème sur 176, sur l'index de corruption perçue de Transparency International).

Réforme agraire : sécuriser les paysans, ou légaliser la confiscation ?

Depuis 2011, le gouvernement birman a pourtant effectué plusieurs réformes d'envergure, avec les lois sur les Terres Agricoles (Farmland bill). Mais si elles visent à sécuriser les droits d'usage des agriculteurs, ces lois reviennent aussi, d'après la FIDH, à « légaliser la confiscation de terres par le gouvernement, pour tout projet considéré d’ « intérêt national », permettant au gouvernement d’utiliser tout terrain désigné comme vacant ». Alors que les titres fonciers manquent, ces possibilités permettront au gouvernement de continuer à développer des zones économiques spéciales, comme la zone controversée de Dawei, près de la Thaïlande, et de vendre des concessions pour des grands projets privés. Avec une extension des zones de tensions : alors que depuis les années 90, les confiscations de terrains concernaient surtout les zones agricoles et minières, en particulier celles habitées par la minorité Rohingya, aujourd'hui, ce sont aussi les zones urbaines et péri-urbaines qui attirent les investisseurs étrangers, constate la FIDH.

Main basse sur la ville

« Il y a une grosse bulle immobilière à Yangon stimulée par l'arrivée d'investisseurs étrangers et d'une myriade d'ONG », observe Debbie Stothard, qui suit la situation birmane depuis 1998. Le projet de complexe résidentiel et commercial de 55 étages, encore au stade des négociations avec le gouvernement et d'ores et déjà destinée à des investisseurs asiatiques par son promoteur , le Thaïlandais Fragrant Property est unbon exemple. Mais qu'en est-il des Birmans qui détenaient les terres sur lesquelles il est construit ? Selon la FIDH, il sera très difficile aux investisseurs « de s’assurer que ces terres n’ont pas été confisquées de manière illégale à des familles qui n’ont aucun moyen de recours. »

Face à ces risques et difficultés, les entreprises qui se piquent de responsabilité devraient-elles donc refuser toute présence en Birmanie, au profit d’entreprises moins regardantes et en laissant le pays dans la pauvreté ? Pas nécessairement, répond la responsable de la FIDH, mais elles doivent impérativement « exiger davantage de réformes ainsi que des lois justes », qui bénéficient à tous ». Notamment pour les communautés locales.

http://www.novethic.fr/novethic/rse_responsabilite_sociale_des_entreprises,pratiques_commerciales,pays_a_risques,birmanie_investissement_responsable_est_il_possible,139651.jsp

ES ETATS-UNIS DEMANDENT UN REPORTING DES INVESTISSEMENTS
Les Etats-Unis, eux, ont préféré prendre les devants : avec le « Burma Responsible Investment Reporting Requirement » approuvé fin mai 2013 (à consulter ici, en anglais) le Département d’Etat (l’équivalent du ministère des Affaires étrangères) demande ainsi aux nouveaux investisseurs dans le pays (à partir de 500 000 $) de leur fournir des informations pour le 1er juillet 2013 sur les opérations réalisées et leurs politiques d’investissement en matière de droits de l’homme, conditions de travail, lutte contre la corruption, relation avec les militaires ou paramilitaires, etc. Des informations qui permettront au gouvernement américain d’évaluer les impacts de ces investissements qu’il avait interdit depuis 1997. L’an dernier, plusieurs investisseurs, chapeautés par le cabinet d’analyse ESG (risques environnementaux sociaux et de gouvernance) EIRIS avaient en effet alerté le Président Obama sur les risques encourus par l’affaiblissement des sanctions envers les entreprises investissant dans ce pays (voir le rapport d’avril 2012 « Not open for business : despite elections, investor risk remains high in Burma »).
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Re: Birmanie - un zest d'ouverture de facade

Message  Admin le Jeu 28 Nov 2013 - 7:11

"Depuis la dissolution, il y a deux ans, de la junte militaire qui a dirigé le pays d'une main de fer, pendant près d'un demi-siècle, un vent d'ouverture souffle sur la Birmanie, explique notre envoyée spéciale. Mais le pays est-il pour autant à l'abri d'une nouvelle vague de répression comme celle qui a jeté Aung San Suu Kyi et des milliers d'activistes politiques en prison pendant la révolution de Safran ?"

La Birmanie, avec plus d'une centaine de minorités ethniques, a toujours été en proie aux violences intercommunautaires. Mais depuis deux ans, ce sont les musulmans qui sont visés principalement. Les affrontements entre musulmans et bouddhistes ont fait plus de 200 morts et 150 000 déplacés.

U Pyi Kyaw, un moine qui dirige un orphelinat, a fait quinze ans de prison pendant la junte. Il a participé à la Révolution de Safran. Il dénonce une mascarade politique : "C'est le gouvernement qui est à l'origine de toutes ces violences intercommunautaires. Il s'agit d'une tactique utilisée pour effrayer la population avant les élections de 2015. Le gouvernement crée aussi des tensions dans le monde agricole à cause des expropriations, de l'accaparement de certains terrains".

Avec l'appel inédit du président actuel au respect des médias comme "quatrième pouvoir", l'agence de presse d'opposition Democratic Voice of Burma a pu ouvrir un bureau à Rangoun, l'an dernier. Mais son rédacteur en chef reconnaît qu'il est toujours difficile de traiter, certains sujets, comme les violences ethniques.

"C'est de plus en plus difficile, explique Zoe Zaw Latt. S'il y des violences, les autorités décident de fermer les routes, ce qui complique l'accès aux zones concernées. Il est aussi difficile d'atteindre les minorités marginalisées qui vivent dans des régions très éloignées. L'un des nos journalistes a été sévèrement molesté parce qu'il filmait des scènes de répression, sa caméra a été saisie."

Avant, ce média était basé en Norvège et en Thaïlande et travaillait avec des journalistes clandestins. Le fait d'avoir un bureau dans le pays ne règle pas tout. Le producteur Than Win Htut explique que la couverture des élections présidentielles de 2015 va être un véritable casse-tête logistique : "Nous allons avoir de sérieuses difficultés pour couvrir les élections. Il y a toujours des problèmes liés aux transports publics, aux moyens de télécommunication, aux mauvaises infrastructures, tout cela c'est encore très compliqué".

L'Europe veut aider le pays dans sa transition démocratique. Après la levée des sanctions européennes, il y a un peu plus d'un an, le chef de la diplomatie européenne a fait le déplacement à Rangoun pour lancer un groupe de travail UE-Birmanie, pour assister les autorités birmanes dans leur volonté de réformes.

"Tout le monde ici sait que nous travaillons à améliorer la vie économique pour le pays, explique Catherine Ashton. Nous voulons créer de véritables opportunités d'emplois, nous voulons un partenariat qui soit bénéfique pour les deux parties, c'est une des thématiques qui a été abordée lors du forum".

Le chef de l'opposition a également participé à ce forum économique. La Dame de Rangoun, qui est aujourdhui député, se bat pour modifier la Constitution qui l'empêche, pour le moment, d'être candidate aux présidentielles de 2015.

"S'assurer que les réformes politiques vont dans la bonne direction, c'est un effort permanent. Ces réformes ne se feront pas automatiquement, poursuit Aung San Suu Kyi. Et on ne peut jamais dire que c'est acquis et qu'il ne faut plus être vigilant. Il faut continuer jour après jour, année après année, décennie après décennie, génération après génération."

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