La Thaïlande à la merci d'un «coup d'État aquatique»

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La Thaïlande à la merci d'un «coup d'État aquatique»

Message  Admin le Mer 26 Oct 2011 - 5:07


Des soldats tentent d'endiguer la montée des eaux en Thaïlande, le 17 octobre. Crédits photo : CHAIWAT SUBPRASOM/REUTERS


La chef du gouvernement n'est plus obéie. Le pays, submergé par les eaux, pourrait confier son destin à l'armée.

Au milieu des inondations monstrueuses qui ravagent le pays depuis juillet, l'armée pourrait de nouveau déterminer la trajectoire politique du royaume. Devant les errements du gouvernement de Yingluck Shinawatra face à la catastrophe, l'opposition réclame la déclaration de l'état d'urgence, ce qui donnerait toute autorité aux gradés. Après le «coup d'État vertueux» de 2006, censé délivrer les Thaïlandais d'un premier ministre tyrannique et corrompu, puis le «demi-coup d'État» de 2010, pour maintenir au pouvoir le Parti démocrate d'Abhisit Vejjajiva, une version aquatique du putsch se jouerait aujourd'hui. Les adversaires du premier ministre utiliseraient les intempéries - qui ont tué 350 personnes et paralysé une bonne partie de l'économie - à des fins poli­tiques. Ils empêcheraient une réponse coordonnée du gouvernement pour saper sa crédibilité, explique-t-on dans l'entourage de Yingluck Shinawatra.

Si celle-ci a tardé à prendre la mesure des inondations et laissé ses ministres donner des informations contradictoires - quand ils ne sont pas absents -, elle doit aussi composer avec les interférences de Surayud Chulanont, un conseiller du roi. Le premier ministre a dû se plier aux expériences soufflées par le palais, aussi grotesques soient-elles: près d'un millier de bateaux ont remonté le fleuve Chao Phraya, qui serpente à travers Bangkok, dans l'espoir de repousser avec leurs moteurs l'eau vers la mer…

Les eaux s'immiscent dans Bangkok
Surtout, le pouvoir central est à la peine, avec une armée et un gouverneur de Bangkok qui fonctionnent de façon autonome. «N'écoutez que moi. Je vous dirai quand évacuer», n'hésite pas à répéter le gouverneur Sukhumband Paribatra, un des piliers de l'opposition. La Thaïlande aurait refusé mardi l'aide américaine sous la pression de l'armée, qui ne souhaite pas que l'on mette le nez dans ses affaires. Enfin, la chef du gouvernement n'est pas obéie: «J'ai donné l'ordre d'ouvrir les écluses de Bangkok. On m'a dit que c'était fait, mais quand nous avons vérifié, c'était loin d'être le cas», expliquait-elle récemment pour illustrer la difficulté d'avoir un contrôle sur l'ensemble des inondations.

Les eaux s'immiscent toujours plus dans Bangkok, des quartiers entiers sont sinistrés. L'aéroport de Don Muang et Vibhavadi Rangsit, l'artère à huit voies qui traverse la capitale de part en part, sont paralysés. Trois jours de congé ont été décrétés pour que la population se pré­pare au pic des grandes marées, le week-end prochain.

Hypothèse récurrente
Mais les crues ont aussi relancé le duel qui marque la ligne de fracture du pays entre les élites et les masses rurales et urbaines défavorisées qui ont élu récemment la cadette du clan Shinawatra. «On ne fait plus de quartiers dans l'arène poli­tique thaïlandaise. Il s'agit d'éliminer ses adversaires, même aux dépens des intérêts de la nation», constate l'analyste poli­tique Pavin Chachavalpongpun.

Dans un pays qui a connu 18 putschs - et des dizaines d'autres manqués - en soixante ans, le retour des militaires est une hypothèse récurrente. Les radios communautaires des «chemises rouges» le savent: elles crient déjà à une «conspiration des élites» et à une «sale revanche sur les urnes».


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