Bangkok se noie, l'industrie mondiale tangue

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Bangkok se noie, l'industrie mondiale tangue

Message  Admin le Jeu 27 Oct 2011 - 22:05

Dans la capitale, l'avancée des eaux, désormais inéluctable, a contraint les habitants à se mettre à l'abri. Les inondations ont déjà fait 400 morts et des milliards d'euros de dégâts. La paralysie menace les industries automobile, informatique et agroalimentaire bien au-delà des frontières thaïlandaises.


Une journaliste réalise son reportage dans une rue inondée de Bangkok, 26 octobre 2011.

La Thaïlande est en proie ces dernières semaines aux inondations les plus dévastatrices de son histoire, marquées par un lourd bilan humain et matériel loin d'être définitif [près de 400 personnes ont déjà péri et les dégâts se chiffrent en milliards d'euros]. Le pays occupe une place centrale dans le commerce et l'industrie planétaires, et les conséquences de la catastrophe se feront sentir dans les magasins d'alimentation et les concessionnaires automobiles un peu partout dans le monde. De fait, ce pays de 67 millions d'habitants est depuis longtemps une plaque tournante pour de nombreux secteurs industriels mondiaux, du textile à la construction automobile en passant par l'électronique. Les inondations risquent fort de causer des centaines de millions de pertes aux entreprises qui dépendent d'usines et de fournisseurs installés en Thaïlande. Selon le ministère du Travail thaïlandais, la catastrophe touche 14 818 lieux de travail et 678 227 travailleurs. Les analystes économiques estiment que les inondations, les pires depuis un demi-siècle, feront reculer de deux points les prévisions de croissance du PIB pour 2011. Les dernières estimations en date, qui chiffrent les dégâts à six milliards de dollars, pourraient doubler si Bangkok se retrouve entièrement sous les eaux.

Sur place déjà, certaines chaînes d'approvisionnement sont rompues et des usines ont dû fermer. L'industrie automobile est l'une des plus durement touchées. Toyota, Honda, Nissan et Ford enregistrent tous des perturbations dans leur production. Toyota, le premier constructeur automobile présent en Thaïlande, avec 630 712 véhicules sortis l'année dernière de ses trois sites dans le pays, a annoncé une suspension des activités sur ses lignes de montage au moins jusqu'à la fin octobre. Bien que ses sites de production ne soient pas directement touchés par les inondations et même si le constructeur dispose, dit-on, de stocks suffisants pour maintenir ses ventes durant un mois, c'est l'approvisionnement d'autres usines en centaines de pièces détachées fabriquées dans des sites frappés par les inondations qui est en rupture [les usines du constructeur nippon en Amérique du Nord ont annoncé devoir ralentir leur cadence].

Apple, Sony, Canon et Toshiba ont également fermé leurs sites respectifs à Ayutthaya, l'une des villes les plus gravement frappées, au nord de Bangkok. Le PDG d'Apple Tim Cook a reconnu la semaine dernière que les inondations entraînaient des retards dans l'approvisionnement de certains composants entrant dans la fabrication des ordinateurs Mac. Chez Seagate Technologies, on annonce pour les mêmes raisons des perturbations au cours de ce trimestre dans la production de disques durs [dont une grande partie à l'échelle de la planète sont produits en Thaïlande].

L'industrie agroalimentaire n'est pas épargnée. La Thaïlande a, il est vrai, la réputation d'être "la cuisine du monde". Charoen Pokphand Foods, le premier producteur et exportateur thaïlandais de viande et d'aliments pour animaux, anticipe une hausse du prix de la viande. Les inondations ont causé d'importants dégâts sur les élevages de poulets et de porcs, et la baisse des approvisionnements va faire grimper les prix. Si cela promet une augmentation du chiffre d'affaires pour Charoen Pokphand, les consommateurs mondiaux, eux, vont payer plus cher leurs produits carnés. Les inondations, qui ont submergé 12,5 % des terres cultivées dans le royaume, menacent aussi l'agriculture. La Thaïlande est un gros exportateur en la matière, et numéro un mondial des exportations de riz. "On ne dispose pas encore d'estimations des dégâts sur les cultures, mais c'est la principale récolte de riz, actuellement dans une phase de croissance critique, qui risque d'être le plus affectée", annonce la FAO, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Et ces dégâts pourraient s'aggraver à mesure que les barrages devront relâcher de l'eau. Les pays qui importent du riz thaïlandais devraient donc le payer plus cher l'année prochaine.
Dans le secteur du tourisme, plusieurs gouvernements ont déjà émis des mises en garde à l'attention de leurs ressortissants se rendant actuellement en Thaïlande, notamment le Japon et les Etats-Unis, qui font partie des dix premiers pays d'origine des touristes [les autorités estiment de 500 000 à un million de touristes sur les 19 millions prévus vont changer de destination].

Au bout du compte, ces inondations monstres, comme bien d'autres phénomènes météorologiques exceptionnels ailleurs dans le monde, mettent en lumière les nouvelles menaces qui pèsent sur la sécurité économique des pays. Les Etats et les multinationales ne devraient plus se laisser prendre au dépourvu par les catastrophes naturelles. Les conséquences de ces phénomènes se sont elles aussi mondialisées. Car le manque d'anticipation et de prévention des risques menace d'avoir des conséquences sur les relations avec les autres pays, et pas seulement dans le domaine commercial.

http://www.courrierinternational.com/article/2011/10/27/bangkok-se-noie-l-industrie-mondiale-tangue
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