Birmanie - "Revenir sur les réformes me parait de plus en plus difficile"

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Birmanie - "Revenir sur les réformes me parait de plus en plus difficile"

Message  Admin le Jeu 1 Déc 2011 - 11:46

Impensable il y a encore 6 mois, Hillary Clinton est aujourd'hui en Birmanie. Visite historique, la première d'un secrétaire d'état américain depuis plus de 50 ans. Elle y rencontrera l'égérie de l'opposition, Aung San Suu Kyi. Une rencontre qui dit à elle seule la profondeur des changement en cours en Birmanie. Une des dictatures les plus fermée du monde est en train d'opérer une mûe démocratique. Peut-elle s'inscrire dans la durée, les intentions du nouveau gouvernement toujours dominé par les militaires sont-elles sincères ? ARTE Journal a interviewé Jim Della Giacoma. Basé à Djakarta il dirige les recherches de l'International Crisis Group (ICG) en Asie du Sud-Est.


ARTE Journal, Barbara Lohr : Que signifie la visite historique de Madame Clinton au Myanmar (anciennement Birmanie), la première d’un Secrétaire d’Etat américain depuis plus de 50 ans ?

Jim Della-Giacoma, Analyste à l’International Crisis Group : Cette visite est hautement symbolique parce qu’elle signifie en quelque sorte la reconnaissance par les USA - un des pays les plus démocratiques du monde - des réformes engagées par le régime au Myanmar. Cela vient évidemment avec une contrepartie car le régime va devoir répondre à ce geste en donnant de nouveaux gages, en libérant plus de prisonniers politiques par exemple, en abolissant les restrictions à la liberté d’expression encore existantes ou en offrant une véritable marge de manoeuvre à l’opposition pour lui permettre de peser dans le processus politique.


S’agit-il également de renforcer l’influence des USA dans la région, face à la Chine notamment ?
Jim Della-Giacoma : Oui cette visite s’inscrit dans une vision stratégique plus large. Il s’agit pour les USA de se réengager dans la région Asie-Pacifique. Il ne s’agit pas seulement de contrer l’influence grandissante de la Chine, qui est le principal soutien du Myanmar. Cela va plus loin. Pour les USA, renouer avec le Myanmar doit également permettre d’avancer sur une série d’autres dossiers comme par exemple la non-prolifération nucléaire. Même si cela n’a jamais été prouvé, il existe une relation extrêmement ambigüe entre le régime birman et la Corée du Nord. Ces deux pays sont soupçonnés d’échanger matériaux et armements. Les USA ont donc des intérêts diplomatiques à plus long terme à se réengager au Myanmar, des intérêts liés aux questions de démocratie, de droits de l’homme, de prolifération nucléaire et à la place de l’Amérique dans la région Asie-Pacifique.

Pensez-vous que les réformes entreprises par le régime vont s’inscrire dans la durée ?
Jim Della-Giacoma : Nous avons d’abord observé une série de petits mais réels changements. Ces avancées s’additionnent et débouchent sur quelque chose de beaucoup plus vaste et important. De réelles réformes sont en cours et c’est ça qu’il faut garder à l’esprit. Des changements législatifs cruciaux ont déjà été adoptés, d’autres viendront dans les semaines et les mois qui viennent qui à mon avis vont rendre les changements irréversibles. Par exemple si la Ligue nationale pour la Démocratie (LND) va pouvoir présenter des candidats aux élections - y compris son leader, le prix Nobel de la paix, Aung san Suu Kyi - et s’ils sont élus au Parlement, ce sera un tournant sans précédent qui leur permettra de peser politiquement. D’autres textes ont été votés qui légalisent notamment le droit de grève et la formation de syndicats et on parle déjà d’une nouvelle loi sur les médias qui doit aller vers plus de liberté d’expression. Revenir sur ces réformes me parait de plus en plus difficile et en tout cas elles montrent clairement que la façon dont le pays est gouverné aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la façon dont dirigeait la junte il y a encore 6 mois de cela.

Comment réagissent les Birmans à tous ces changements ? Beaucoup de gens doutent-ils encore de la sincérité du nouveau leadership ?
Jim Della-Giacoma : Oui. En mars dernier quand le président Thein Sein annonçait par exemple dans son discours qu’il voulait tendre la main aux groupes ethniques en lutte contre le pouvoir central, la première réaction a été le scepticisme général. Quand il a nommé un certain nombre d’officiels pour mener à bien cette mission, là encore, la plupart des gens étaient sceptiques sur les personnalités choisies. Le gouvernement et le président lui-même ont alors réalisé qu’il fallait convaincre et il a cette fois nommé une personnalité de très haut rang pour prendre en charge ce dossier clé. Petit à petit, le niveau de scepticisme a diminué et le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour démontrer que ses intentions de libéraliser le régime sont réelles. C’est exactement ce que devait démontrer la rencontre entre le président et Aung San Suu Kyi. S’y rendre, c’était faire savoir qu’elle estimait qu’il y avait une réelle intention du pouvoir de s’ouvrir politiquement et économiquement. Je pense que dans les mois à venir si les réformes continuent à ce rythme, le scepticisme n’aura plus lieu d’être car il faudra se concentrer sur les énormes défis qui attendent la Birmanie pour mener à bien ces réformes et les inscrire dans la durée.

Un des plus grands défi justement, c’est l’économie ?
Jim Della-Giacoma : Oui. Le pays sort d’un long isolement qui a duré des décennies. Il n’existe pas pour ainsi dire de système économique structuré, il n’y a pas de réel système bancaire par exemple qui pourrait permettre au commerce de se développer, il y a au Myanmar un taux de change non-officiel et la plupart des transactions s’effectuent au marché noir. Les défis à relever dans ce secteur donnent le vertige. Le président l’a dit dans son discours-clé du mois de mars, il a dit que pour réformer l’économie il faut d’abord s’ouvrir politiquement et briser l’isolement. L’un ne va pas sans l’autre. Les changements politiques viennent d’abord parce qu’en un sens, ils sont plus simples à mettre en œuvre. Car réformer une économie moribonde après des années au ban des nations est une tâche titanesque, et pour cela le régime aura besoin d’une assistance internationale significative.


http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/arte-journal/4295200.html
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