"comme des criminels"

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"comme des criminels"

Message  Admin le Mer 7 Déc 2011 - 13:11


En exil, Bô Kyi continue de militer sans relâche pour les droits humains.

Bô Kyi a été emprisonné en 1988 pour sa participation au mouvement de révolte contre la junte militaire birmane. Exilé en Thaïlande depuis sa libération, il lutte pour les droits des prisonniers et prisonnières d’opinion birman·e·s.
AMNESTY EN ACTION: Que pensezvous de la libération de détenu·e·s politiques en octobre 2011 au Myanmar?
Bô Kyi: Je suis en colère. Nous,les membres de l’Association pour les prisonniers politiques en Birmanie, ne savons pas qui a été relâché. Le gouvernement ne distingue pas les prisonniers politiques des criminels. Le problème est que les prisonniers politiques sont considérés comme des criminels et qu’ils ont des casiers judiciaires. Avoir un casier judiciaire signifie ne pas avoir de passeport, ne pas pouvoir faire d’études, ne pas avoir de futur. Nous demandons au gouvernement de reconnaître les prisonniers politiques en tant que tels.

Est-ce que le dialogue est possible avec des représentants du gouvernement?
Je ne suis pas dans une position où je peux parler aux représentants du gouvernements parce que nous ne sommes pas d’accord sur les chiffres. Nous disons qu’il y a 1800 prisonniers poli-tiques. Le gouvernement dit qu’il y en a 300. Nous tenons compte de tous les prisonniers poli-tiques: ceux qui ont pris part aux manifestations pacifiques, ceux qui ont fait partie de groupes de résistance, ceux qui ont été suspectés d’avoir manifesté ou d’être affiliés à des groupes de résistance. Pour commencer un dialogue, il faut que le gouvernement reconnaisse que les prisonniers politiques sont des prisonniers politiques, et non des criminels.

Pensez-vous que d’autres détenu·e·s politiques seront libéré·e·s prochainement?
La pression internationale peut y contribuer. J’espère que beaucoup seront libérés. Je ne sais pas si les leaders seront concernés. U Gambira est malade et il risque de mourir s’il n’est pas soigné dans les plus brefs délais, mais il n’a pas été libéré. Le gouvernement a peur de lui parce qu’il est une preuve vivante de ce qu’il a subi en prison.

Vous avez été emprisonné et torturé. Comment l’avez-vous vécu?
En prison, on a besoin du soutien de sa famille et de ses amis, mais les amis ne peuvent pas nous rendre visite, et la famille peut venir uniquement avec une recommandation. Les soins médicaux sont presque inexistants. Les cellules sont bondées. Les prisonniers politiques n’ont pas les mêmes droits que les criminels, ils sont souvent battus par eux sur ordre des gardes. Parfois certains sont mieux traités parce qu’ils sont connus. Je savais ce qui allait m’arriver quand j’ai manifesté avec d’autres étudiants. Nous voulions la justice, des droits, la démocratie. Nous n’avons pas obtenu ce que nous voulions, donc nous continuons. Des arrestations, des procès inéquitables, la torture: cela se passe maintenant.

Comment communiquez-vous avec les détenu·e·s?
Nous recevons des informations des membres des familles de prisonniers et nous avons des sources en prison. Nous encourageons les gens à parler aux médias.

Qu’attendez-vous de la communauté internationale?
Sans pression, aucun prisonnier n’aurait été libéré. Mais la communauté internationale voit la surface, pas en-dessous. Il n’y a pas de protection pour la population, surtout à la campagne. Un demi-million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays à cause de guerres ethniques. Une guerre civile est en cours. Les soldats peuvent faire ce qu’ils veulent: violer des femmes, arrêter, enlever et torturer des villageois, forcer des personnes à travailler. Il faut une enquête indépendante sur la situation et mettre en place un mécanisme pour juger les responsables.

Que pensez-vous des mouvements populaires démocratiques au Moyen Orient et en Afrique du Nord et de la répression violente des gouvernements?

Myanmar, 1988: le peuple proteste dans la rue. Il veut des changements. Chaque mouvement est réprimé brutalement par le gouvernement. Le gouvernement possède des armes. Le peuple n’a pas d’armes. La communauté internationale ne devrait pas autoriser un gouvernement à tirer sur son propre peuple.

Pouvez-vous parler de votre collaboration au film «Into the Current»?


"Into the Current" évoque la situation dramatique de détenu·e·s politiques incarcéré·e·s après les manifestations anti-gouvernementales de 2007. | © AAPPB

Ce film sert à montrer que nous nous battons contre l’injustice, comment les prisonniers politiques se battent contre l’injustice. Les prisonniers politiques sont de vrais héros.

Pouvez-vous parler de votre association basée en Thaïlande «Assistance Association for Political Prisoners in Burma»?
Quand j’étais en prison, des amis m’ont demandé de les aider et j’ai promis. Une fois libéré, c’est ce que j’ai fait. Nous voulons des traitements médicaux pour les prisonniers et l’éduction pour les enfants. Des enfants ne vont pas à l’école à cause de problèmes économiques. Nous plaidoyons pour la libération et la reconnaissance de tous les prisonniers politiques. Nous avons besoin de la pression internatinoale pour pousser le gouvernement dans la bonne direc-tion.

Vous avez reçu le prix «Freedom and human rights» pour votre engagement dans la défense des droits humains. Quelle est votre réaction?
C’est symbolique. C’est pour tous les prisonniers politiques, pas seulement pour moi.

http://www.amnesty.ch/fr/pays/asie-pacifique/myanmar/docs/2011/comme-des-criminels


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