Aung San Suu Kyi une femme d'honneur

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Aung San Suu Kyi une femme d'honneur

Message  Admin le Sam 21 Jan 2012 - 17:42



Pendant vingt ans, elle a tenu tête à la junte. A l’heure où la Birmanie entrouvre sa porte la France salue l’ancienne opposante.
De notre envoyée spéciale à Rangoon Virginie Le Guay - Paris Match

Aujourd’hui, ici, pour nous, tout commence. » Debout sur le perron de sa modeste maison, toute droite aux côtés d’Alain Juppé, les yeux embués, Aung San Suu Kyi, frêle silhouette, blouse bleu ciel, roses blanches dans les cheveux, ne peut masquer son émotion. L’impensable est arrivé. L’avant-veille, 651 prisonniers politiques, parmi lesquels les plus grandes figures de la dissidence birmane, ont été libérés par le président Thein Sein. Après les amnisties de mai et d’octobre 2011, puis celle du 4 janvier 2012, celle-ci est la bonne. Celle qui lui fait dire devant la vingtaine de journalistes rassemblés, ce dimanche 15 janvier, dans le petit jardin qui a borné son paysage pendant tant d’années : « Je suis heureuse. » Des mots stupéfiants dans la bouche de cette combattante politique acharnée, connue pour ne jamais renoncer. Des mots qu’elle prononce, pour l’occasion, en français. « Je me suis entraînée. J’ai répété mon discours toute la nuit », avoue-t-elle, dans un sourire, au ministre des Affaires étrangères avec lequel elle vient de s’entretenir, en tête à tête, durant quarante minutes.

« Heureuse », Aung San Suu Kyi, candidate à 66 ans, pour la première fois, à un mandat électoral à l’occasion des élections législatives partielles du 1er avril prochain, l’est à plus d’un titre. La fille du père de la nation birmane assassiné en 1947, l’irréductible opposante persécutée, menacée de mort plusieurs fois par le pouvoir birman, placée en résidence surveillée à quatre reprises entre 1989 et 2010, est enfin libre de ses mouvements et de ses paroles. Longtemps considéré comme illégal par le pouvoir en place, son parti, la Ligue ­nationale pour la démocratie (LND), est enfin reconnu officiellement. ASSK, surnommée en Birmanie « Daw » ou « la Dame », peut désormais faire campagne à visage découvert.

A Rangoon, où elle se présente dans la circonscription de Kawhmuu, son visage s’affiche sur tous les murs. La permanence électorale de la LND, qui présente un candidat dans chacune des 48 circonscriptions soumises à élection, est devenue un lieu culte pour les habitants qui, chaque jour, achètent par dizaines tee-shirts, porte-clés, badges et photos de cette personnalité emblématique dont ils n’ont pas eu le droit de prononcer le nom pendant près de deux décennies. Flattée, touchée par cette ferveur publique qui ne cherche plus à se cacher, ASSK tente, malgré tout, de relativiser. « Je ne suis pas une icône, encore moins un symbole. Je suis réelle. Je travaille dur depuis de longues années. » Devant Alain Juppé, venu lui apporter « l’encouragement » de la France dans cette période fragile de « transition démocratique », la Prix Nobel de la paix 1991 se fait insistante. « La Birmanie vit un moment prometteur. J’ai choisi de faire confiance au président Thein Sein qui, jusqu’à présent, tient les promesses faites lors de notre rencontre en août dernier. Mais il y a encore tant à faire dans ce pays où le souci premier des habitants reste la vie quotidienne ! Comment se loger, se vêtir ? Comment se nourrir et nourrir les enfants ? » Aux médias qui lui demandent si, une fois élue à la chambre basse, elle pourrait accepter un poste gouvernemental, elle répond par une pirouette : « Mais pour faire quoi ? »

Très au fait de l’actualité internationale (grâce à Thierry Mathou, l’ambassadeur de France en Birmanie, elle est abonnée à Paris Match !), ASSK se garde de toute récupération. Invitée par Nicolas Sarkozy à se rendre en France « dès qu’elle le souhaitera », Daw rétorque qu’elle connaît « bien » notre pays – sa belle-sœur Marie-Laure est française –, qu’elle viendra « sûrement », mais sans doute « pas tout de suite ». En privé, elle confie qu’elle n’a pas quitté son pays « depuis longtemps » et qu’elle ne possède pas de passeport. « Je vais faire une demande. »

Le soir, alors qu’Alain Juppé, premier ministre des Affaires étrangères français à se rendre en Birmanie, lui remet les insignes de commandeur
de la Légion d’honneur, la plus haute distinction de l’Etat français, elle est radieuse. Très élégante dans son « longyi » traditionnel, Aung San Suu Kyi, en français toujours, rend hommage à Victor Hugo dont elle a découvert l’œuvre pendant ses années d’isolement. « Les misérables » sont un de ses livres de chevet. « Jean Valjean est à mes yeux le plus fascinant des personnages. Il incarne parfaitement l’esprit révolutionnaire. » Au cours du dîner privé qui se tient à l’ambassade, Daw fascine les convives par sa rigueur intellectuelle et sa façon de regarder son interlocuteur droit dans les yeux.

« JE NE SUIS PAS UNE ICÔNE. JE SUIS RÉELLE.
JE TRAVAILLE DUR DEPUIS DE LONGUES ANNÉES »

Lors de cette visite française, ASSK a confessé qu’elle n’avait pas vu, et ne voulait pas voir, le film de Luc Besson « The Lady », trop axé sur sa vie personnelle. Le sujet reste douloureux. En revanche, Daw sollicite le soutien de la France pour un projet de film sur son père, le général Aung San, dont elle souhaite la sortie en 2015 pour le centième anniversaire de sa naissance. Mis au courant de ce projet, Alain Juppé – sur qui la personnalité d’Aung San Suu Kyi a fait « grande impression » – a informé celle-ci que Luc Besson s’était proposé pour prendre en charge la postproduction. Le ministre d’Etat a appris la libération des « prisonniers de conscience », comme on les appelle ici, alors qu’il décollait de Tokyo, où il avait effectué une halte de quarante-huit heures. Un voyage fatigant (Paris-Tokyo, douze heures d’avion, Tokyo-Rangoon, sept heures, Rangoon-Paris, quatorze heures), mais un voyage « positif », « enthousiasmant », et qui l’a distrait d’une actualité française très préoccupante.

C’est dans l’avion, encore, que le ministre des Affaires étrangères a su que la France avait perdu son triple A. Une « mauvaise nouvelle » qu’il s’est ­empressé de minimiser. « Ce n’est pas un cataclysme. Standard and Poor’s a ­dégradé les Etats-Unis en août dernier. Cette fois, neuf pays sont concernés. » Peu impressionné par « l’importance démesurée » prise ces dernières années par les agences de notation, Alain Juppé s’est voulu rassurant : « La France reste un pays sûr, qui emprunte à des taux historiquement bas. » « Epaté » par la solidité du couple franco-allemand (« Sarkozy est impulsif, nerveux. Merkel réagit plus lentement, mais allez ­savoir comment, ces deux-là s’entendent comme larrons en foire »), Alain Juppé est persuadé qu’il tiendra bon dans la tempête. « Angela et Nicolas ont besoin l’un de l’autre et le savent. Ils resteront solidaires. »

Autant d’arguments qu’il défendra lors de son premier meeting de campagne, le 25 janvier, à Nice. Le lendemain, le patron du Quai d’Orsay participera à l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2, où il portera la contradiction à François Hollande. Sans attendre, Alain Juppé se montre impitoyable à l’encontre du candidat socialiste dont il dénonce, pêle-mêle, « l’absence d’organisation », « les cafouillages incessants », « l’irrésolution » et « les faiblesses de caractère ». Alain Juppé s’amuse de son « manque d’autorité » sur son camp, « souvent le premier à le dézinguer ». « A croire que ses petits camarades souhaitent sa défaite ! » Frappé par « l’impréparation extrême » de François Hollande qui « semble constamment pris au dépourvu », Alain Juppé se met du côté des rieurs. « Il ne suffit pas de singer Mitterrand pour en avoir le talent. »

Le ministre, qui fait partie avec Fillon, Raffarin, Le Maire et Guéant du cercle restreint des fidèles de ­Nicolas Sarkozy (les deux hommes se téléphonent tous les jours, parfois plusieurs fois), jouera un rôle central pendant la campagne. Outre les réunions ­publiques qu’il tiendra une fois par ­semaine jusqu’à fin mars, Juppé participera à quelques grandes émissions de télévision. Il note que, jusqu’ici « obstinément bas » dans les sondages, Nicolas Sarkozy a « enfin réussi » à inverser la tendance. « Aujourd’hui, les courbes se croisent : ce n’était pas gagné. Il a fait pour cela un formidable effort sur lui-même. En 2007, Nicolas a fait campagne sur le thème de la rupture, et ça m’a agacé parfois. En 2012, il opère une rupture avec lui-même, et c’est beaucoup mieux. »

Alain Juppé revendique d’avoir été un des premiers, et un des seuls, surtout, à oser dire au chef de l’Etat : « Le problème, c’est toi. » « Il fallait que ­Nicolas modifie en profondeur son comportement. » Pour autant, il regrette « l’importance excessive » que Sarkozy attache aux sondages d’opinion. Persuadé, contrairement à sa femme, ­Isabelle, qui la juge « redoutablement efficace », que Marine Le Pen ne sera pas au second tour, « pas plus que Bayrou d’ailleurs », le ministre des Affaires étrangères se prépare à un second tour gauche-droite « très classique ». « Ce sera plus serré qu’en 2007. » A ce propos, il approuve « sans réserve » la stratégie offensive du président de la République. « Attaquer, proposer, organiser le débat autour de ses idées était sa seule carte. Nicolas ne pouvait pas rester dos au mur et se contenter de gérer l’existant. Il ne voulait pas être le Chirac de 2002. » Nicolas Sarkozy, qui fera des propositions sur le temps de travail en février, entrera en campagne « le plus tard possible ». Fin février, début mars. D’ici là, il disposera de toute sa capacité d’action. Interrogé sur l’éventualité que René Ricol devienne le directeur de campagne du président sortant, Alain Juppé se montre prudent. « Je n’en sais fichtrement rien. Mais si c’est lui qui prend le job, j’applaudirai des deux mains. »

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les investisseurs à l'affût d'un pays en construction

Message  Admin le Dim 22 Jan 2012 - 12:52


Les réformes politiques menées tambour battant par la Birmanie aiguisent l'appétit des investisseurs étrangers, attirés par un potentiel aussi riche que sous exploité, mais qui devront s'accomoder d'un environnement compliqué, marqué par des décennies de gestion militaire. | Soe Than Win

Les réformes politiques menées tambour battant par la Birmanie aiguisent l'appétit des investisseurs étrangers, attirés par un potentiel aussi riche que sous exploité, mais qui devront s'accomoder d'un environnement compliqué, marqué par des décennies de gestion militaire.
Au fur et à mesure que le gouvernement multiplie les réformes politiques, et que l'Occident évoque la levée progressive des sanctions économiques, le pays de 60 millions d'habitants s'ouvre à l'économie de marché.


Riche en hydrocarbures, en bois et en minerais, porté par un climat très favorable pour l'agriculture, la Birmanie affiche aussi un énorme potentiel touristique et va devoir s'équiper en infrastructures lourdes.
"Les chiffres explosent, on ne trouve plus une place dans les hôtels en haute saison", se félicite un homme d'affaires étranger dans le tourisme et l'immobilier.
Les autorités ont récemment donné aux hommes d'affaires bien en cours de Rangoun "une liste d?immeubles qu'ils cherchent a vendre", a-t-il expliqué. Et l'atmosphère est à la dérégulation. "Des licences qui prenaient des semaines à obtenir s?obtiennent dans la journée".
Seuls les groupes présents avant la mise en place des sanctions, à la fin des années 90, ont pu rester. C'est le cas du groupe Total. Lorsque les autres compagnies seront autorisées à les rejoindre, elles découvriront un pays accablé par un demi-siècle de gestion militaire.
Le parlement doit encore voter la première loi sur les investissements. Et les tribunaux n'ont ni compétence, ni indépendance.
Le système bancaire s'est à peine remis d'une violente crise en 2003. Et le taux de change au marché noir est près de cent fois plus intéressant que l'officiel.
L'économie parallèle s'est donc épanouie, notamment le commerce transfrontalier et l'émigration illégale de travailleurs, qui rapatrient leurs revenus comme ils peuvent.
"La législation est obsolète donc les gens travaillent par leurs propres moyens. Ils ne veulent pas être dans l'illégalité mais ils n'ont pas le choix", explique Toe Naing Mann, fils du puissant président de la chambre basse, l'ex-général Shwe Mann, qui a délaissé les affaires pour aider son père.
"Le nouveau gouvernement essaye de s'ouvrir et de réduire les restrictions, les contrôles, les coûts des transactions, pour créer un environnement favorable", explique de son côté le chercheur Winston Set Aung, co-fondateur de l'Asia Development Research Institute de Rangoun.
Mais "les investisseurs étrangers pourraient bien avoir besoin de comprendre comment fonctionne l'économie informelle avant qu'elle n'intègre l'économie formelle".
Pour les très gros opérateurs, il faudra donc sans doute attendre un peu. Avant de quitter le pouvoir en mars 2011, la junte avait lancé un vaste programme de privatisations, notamment du port de Rangoun et des stations-services.
Mais Toe Naing Mann souligne que le pays manque d'infrastructures pour rendre viable la distribution d'essence. Et écarte l'hypothèse de l'arrivée des géants mondiaux.
"Parfois, nous protégeons trop nos intérêts nationaux", reconnaît-il sans admettre directement que les hommes d'affaires liés à la junte avaient tiré le meilleur profit des privatisations.
Le ministre japonais du Commerce vient pour autant d'emmener une délégation de chefs d'entreprises et des hommes d'affaires américains préparent une visite exploratoire.
Mais comme pour le Vietnam des années 90, lorsque les Etats-Unis avaient levé leur embargo, ce sont d'abord avocats et cabinets de conseil qui vont prendre pignon sur rue.
Le secteur des hydrocarbures, les mines et le bois seront assaillis de demandes de licences, ainsi que la banque et le tourisme, pronostique Aekapol Chongvilaivan, de l'Institut des études pour l'Asie du Sud-Est à Singapour.
Mais la corruption, la mauvaise gestion et les "déséquilibres de la politique macro-économique" restent problématiques, relève-t-il, regrettant que les "réformes des marchés industriels et financiers se soient débattues dans des infrastructures inadéquates, des politiques incertaines et un morne climat des affaires".

AFP
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