Parlons de la Birmanie

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Parlons de la Birmanie

Message  Admin le Mar 24 Jan 2012 - 11:34

Ils tombent proprement des nues. Toutes les prophéties de malheur qu’ils avaient faites concernant ce pays s’avèrent tout d’un coup vaines et infondées. L’Occident n’en revient pas, en constatant que, même si tous les chemins mènent à Rome, comme on le prétend, toutes les démocraties ne passent forcément, elles, ni par Londres, ni par Paris, ni par Washington. D’ailleurs, ce ne sont pas seulement des journalistes qui hurlent leur grand étonnement. Nay Pyi Taw, la capitale de ce pays que les autochtones mêmes appellent Myanmar, ainsi que d’autres grandes villes, comme Rangoon, sont devenues, en l’espace de quelques mois seulement, des destinations diplomatiques et touristiques que des hommes politiques occidentaux inondent désormais de leurs visites, de leurs discours et de leurs décorations. Parlons donc un peu de la Birmanie. Pourquoi les « démocrates » du Nord ont-ils subitement pour elle les plus doux yeux de Chimène ?

Avec une superficie qui avoisine les 7OO.OOO km2 et une population qui frôle les 5O millions d’âmes, la Birmanie est, dans le Sud-est asiatique, un pays qui compte et avec lequel il vaut mieux compter. La Birmanie possède d’énormes richesses. En attendant une exploitation appropriée et raisonnable de son pétrole dont on dit qu’il n’est pas du tout négligeable, la Birmanie a été, pendant de longues années, le grenier indiqué de toute la sous-région. Entre autres, il a été le premier producteur mondial de riz. Ancienne colonie britannique, la Birmanie n’a pratiquement pas connu la paix depuis son accession à l’indépendance, il y a près de 6O ans. En appliquant ici, à la lettre, la fameuse consigne romaine « divide et impera » (divise, et tu vas mieux commander), les colons ont laissé derrière eux une Birmanie écartelée que de petits groupes tribaux se disputaient. Le climat était excellent pour que les militaires prennent le pouvoir et dictent leurs seules volontés. C’est précisément ce qui s’est passé. Pendant de longues années, malgré la « révolte des moines » (2OO7), malgré toutes sortes de pressions internationales, malgré l’opposition intransigeante, incarnée par la « petite dame inflexible », Aung San Suu Kyi, les militaires ont proprement broyé le peuple birman dans un étau impitoyable. On en était là quand, sans que les armées de l’OTAN interviennent, sans qu’on assassine les dirigeants, sans qu’on fasse tomber le régime, la Birmanie est redevenue plus que « fréquentable ».

Face à la nouvelle situation politique qui prend forme aujourd’hui en Birmanie, l’Occident ne devrait, ni s’étonner, ni, encore moins, se réjouir. Plutôt, il devrait se désoler ; car, le cas birman lui rapporte la preuve que chaque peuple possède avec lui assez de ressources intellectuelles et morales pour se remettre en cause et pour opérer, à son heure, des choix qui soient en harmonie avec son génie, pour prendre des mesures qui affirment son identité et sa souveraineté, pour entreprendre, enfin, des changements qui construisent son bonheur. La démocratie est, à la fois, un apprentissage et une culture. Elle n’est point une marchandise qui s’exporte, sur le fuselage et les ailes des avions de combat. C’est en Birmanie qu’il sied de parler de « printemps » et non pas dans ces pays arabes où des gens venus d’ailleurs ont semé le bordel.

Patrice Etoundi Mballa

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