Après quatre années de prison, un blogueur raconte ses premiers pas dans la nouvelle Birmanie

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Après quatre années de prison, un blogueur raconte ses premiers pas dans la nouvelle Birmanie

Message  Admin le Jeu 26 Jan 2012 - 1:00



Nay Phone Latt est à la fois poète, blogueur et opposant politique. Depuis le 13 janvier, il est aussi un homme libre. Latt fait partie des 651 prisonniers libérés par le gouvernement birman dans le cadre d’une vaste amnistie. Latt découvre, avec prudence, le nouveau visage de son pays qu’on dit en marche vers la démocratie.

Latt avait lancé son blog de Rangoun, en 2007, afin de partager sa poésie, mais aussi de commenter l’actualité de son pays. Le 29 janvier 2008, Latt est arrêté et condamné à 20 ans et 6 mois de prison pour les textes publiés sur son blog.

En 2010, alors qu’il était toujours en détention, Latt a reçu le prestigieux prix PEN/Barbara Goldsmith Freedom to Write Award. La même année, il était présenté comme l'une des 100 personnalités les plus influentes par le magazine Time.

Le jour de sa libération, ses amis, dont plusieurs blogueurs, l’ont accueilli chez lui à Rangoun avec des confettis et un gâteau de bienvenu.



La Birmanie est passée aux mains de la junte militaire en 1962, après un coup d’État. En raison de la dégradation de la situation des droits de l’Homme dans le pays, les liens diplomatiques avec l’Occident se sont détériorés au fil des années, amenant les États-Unis et l’Union européenne à imposer de lourdes sanctions économiques à la Birmanie pendant les années 1990.

La libération des prisonniers le 13 janvier, dont environ 400 sur 651 étaient détenus pour raisons politiques, intervient alors que le pouvoir birman multiplie les signes d’ouverture. Le 30 mars 2011, la junte militaire a officiellement remis le pouvoir à un gouvernement civil (où se retrouvent tout de même plusieurs anciens militaires) dirigé par le président Thein Sein. Huit mois plus tard, le parti d’opposition de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dissout en 2010, était autorisé à participer à la vie politique du pays. Sa chef emblématique, Aung San Suu Kyi, a même pu déposer officiellement sa candidature aux élections législatives partielles en avril prochain.

"J’ai aperçu un calendrier d’Aung San Suu Kyi dans une boutique. C’était impensable il y a quelques années !"

Nay Phone Latt, 31 ans, a recommencé à écrire son blog en birman.


En 2007, la liberté d’expression était plus que réduite dans le pays. J’ai voulu écrire pour un magazine local, mais la censure rendait la tâche impossible. Je ne supportais pas de voir mes phrases, mon art, coupés et retravaillés par des gens qui n’y connaissaient rien. J’ai donc lancé mon blog.

À l’époque, utiliser la messagerie de Google, Gmail, ou rechercher certaines informations sur Internet étaient des activités répréhensibles. Mais nous ne pouvions pas nous laisser paralyser par la peur. Ce qui m’a aidé, c’est de savoir que ce que je faisais était juste.

Mais mon blog n’était qu’un prétexte. Si j’ai été arrêté c’est parce que j’avais des liens avec d’importantes figures de l’opposition, dont l’acteur Zarganar et le mouvement pro-démocratie "88 Generation Students". Être à la fois blogueur et membres du LND, cela faisait beaucoup. Le gouvernement était aussi très remonté contre les internautes qui avaient diffusé des informations sur la révolte des moines de 2007. J’ai servi d’exemple.

J’étais très loin de la capitale, dans la prison de Pa-an, et je ne pouvais voir ma famille qu’une fois par mois. Nous étions 10 prisonniers politiques. Je passais mon temps à lire, à faire du yoga et du chinglone [sport national birman], à écrire à mes proches et à réfléchir à l’avenir de notre pays.


"Si on a désormais accès librement à Internet, les textes sur les restrictions existent toujours. Il faut maintenant les abroger"

À ma libération, j’ai été très surpris de voir combien le pays a changé. Ce matin, je suis allé acheter du thé et dans la boutique j’ai aperçu un calendrier de photos d’Aung San Suu Kyi sur un mur. Ce que la peur rendait impensable il y a quelques années est désormais possible. À plusieurs tables, j’entendais les clients parler de sujets politiques sans crainte. Et il ne m’a pas semblé qu’ils étaient surveillés [par des officiers du renseignement]. J’ai ensuite participé à un meeting du mouvement "88 Generation Students" qui s’est déroulé sans aucun heurt.

Utiliser Gmail, lire des blogs, aller sur Facebook ainsi que visiter les sites d’information sont désormais possible. Mais les textes sur les restrictions et les sites autorisés existent toujours. Il faut maintenant les abroger. Il est aussi bien plus facile de devenir membre de la LND et c’est ce que font beaucoup de jeunes.

"Cependant, je ne peux m’empêcher de trouver la rapidité de ces changements inquiétante"

Cette libération est évidemment liée aux sanctions économiques qui pèsent sur le pays, mais aussi à une ambition de la junte de récréer un lien de confiance avec la population.

Cependant, je ne peux m’empêcher de trouver la rapidité de ces changements inquiétante. Et si toute cette évolution s’arrêtait nette ? Si effectivement certaines choses ont changé pour les artistes et les écrivains, nous ne serons pas entièrement en sécurité tant qu’il n’y a pas de loi protégeant la liberté d’expression. "







http://observers.france24.com/fr/content/20120125-quatre-annees-prison-blogueur-liberation-nouvelle-birmanie-nay-phone-latt-lnd-rangoon
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