Pourquoi les orchidées nous fascinent Pourquoi les orchidées nous fascinent

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Pourquoi les orchidées nous fascinent Pourquoi les orchidées nous fascinent

Message  Admin le Sam 11 Fév 2012 - 14:53

On a longtemps prêté des vertus magiques à ces plantes aux courbes stupéfiantes. Elles continuent à envoûter les décorateurs en vogue et les fleuristes esthètes.



C'est la fleur fétiche de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi. Karl Lagerfeld ne l'aime que blanche. Comme le couturier Elie Saab. Le joaillier Lorenz Bäumer la préfère violette. Question de goût. Mais tous, comme Robert Mapplethorpe, l'enfant terrible de la photographie new-yorkaise qui en a fait un de ses sujets de prédilection, vouent un culte à l'orchidée, cette fleur étrange, longtemps investie de pouvoirs magiques. Même le nom des différentes espèces suscite la curiosité, du commun phalaenopsis, la plus vendue, jusqu'aux exotiques vanda ou sabot-de-Vénus. Est-ce l'étrangeté de leurs formes, la subtilité de leurs nuances, la grâce rare des pétales qui fascinent autant que, parfois, elles inquiètent? A moins encore que ce soit la fragilité de cette plante, celle qui inspirait à Guy de Maupassant "une passion qui dure autant que son existence, quelques jours, quelques soirs..."

A 98 ans, Marcel Lecoufle compte toujours parmi les plus éminents orchidéistes. "Je suis né dans les orchidées", rappelle-t-il, lui dont le grand-père avait installé ses premières serres à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne) dès 1886. Toute sa vie, Marcel l'a consacrée à la culture de spécimens singuliers, attirant ainsi dans cette bucolique banlieue parisienne les collectionneurs les plus avertis. Mais, victime de la concurrence des producteurs néerlandais, il a fermé en décembre dernier. Définitivement. Sa petite-fille, qui le secondait, ne souhaitait plus continuer. Les serres sont désertées. Bientôt, une partie du terrain sera vendue à des promoteurs immobiliers. Pour autant, dans sa jolie maison, où la bibliothèque renferme des centaines d'ouvrages anciens, tous consacrés à l'horticulture, Marcel Lecoufle ne se laisse pas gagner par la nostalgie. Il prépare un nouveau livre sur ce qui fut la passion de sa vie. A peine s'il égrène ses souvenirs - les plantes cachées dans des boîtes à biscuits qu'un amateur éclairé lui envoyait autrefois d'Asie, les congrès mondiaux, les prix glanés au fil des années, comme cette médaille décernée aux Floralies 1959. "J'ai eu une belle collection", se contente-t-il de remarquer.

Immenses serres

Avant lui, ils ont été nombreux à être séduits par l'orchidée. Depuis le XVIe siècle, sur ordre des puissants, les grands navigateurs en ont ramené dans leurs bagages. Mais c'est au XIXe siècle que la fièvre enflamme l'Europe. Dans La Curée, Emile Zola trouve des accents lyriques pour évoquer les sabots-de-Vénus, "dont la fleur ressemble à une pantoufle merveilleuse, garnie au talon d'ailes de libellules". Chaque pays envoie dans des contrées lointaines d'intrépides chasseurs chargés de ramener à tout prix des spécimens rares. Les grands établissements scientifiques, tels Kew Gardens près de Londres ou le Muséum national d'histoire naturelle à Paris, se dotent d'immenses serres. A partir d'un lot de plantes envoyé en 1838 par le médecin de l'empereur du Brésil à la faculté de médecine de Paris, le jardin du Luxembourg rassemble une belle collection de spécimens anciens. Les riches, comme lord Cavendish en Grande-Bretagne, l'impératrice Eugénie ou le roi Léopold II de Belgique - féru d'orchidées, celui-ci mourut même dans une de ses serres - les imitent. De même qu'aujourd'hui les hôtels et les restaurants élégants.

Dans son joli magasin, Yannick Vincent fleurit le Tout-Paris depuis 2005. Ses clients sont pour la plupart des initiés: des décorateurs réputés, de Jacques Grange à Alberto Pinto, des entreprises, des maris amoureux prêts à dépenser, pour la Saint-Valentin, jusqu'à 400 euros pour une somptueuse composition... Plutôt que l'orchidée blanche, trop répandue à ses yeux, Yannick Vincent ne vend que des produits d'exception. "De la haute couture", dit-il fièrement. Pour dénicher ces fleurs rares, il se rend tous les lundis chez des producteurs de la région parisienne. Là, il sélectionne une par une les plantes qu'il expose dans ses 23 mètres carrés selon un savant dégradé de couleurs. "Si j'ai un coup de coeur, le client l'aura aussi", promet-il. C'est ainsi que la créatrice de mode britannique Vivienne Westwood, chargée de plusieurs pots, a repris le train pour la Grande-Bretagne. Ses voisins dans l'Eurostar s'en souviennent encore...

Chemins et prairies

A l'état naturel, l'orchidée pousse sur tous les continents, sauf aux pôles. Climats chauds ou froids, secs ou humides, en plaine ou en altitude, elle s'accommode de tout ou presque, même si plus de la moitié des 30.000 espèces répertoriées vivent dans des régions tropicales ou subtropicales. On en trouve à Madagascar, aux Philippines, au Cambodge, en Indonésie... Singapour en a fait son emblème national: découverte au début du XXe siècle, l'orchidée Miss Joaquim fut ainsi baptisée du nom de la propriétaire qui la cultivait dans son jardin. En France aussi, le promeneur peut en dénicher au hasard des chemins et des prairies: plus de 150 espèces sauvages ont été recensées. "Et il reste bien des espèces à découvrir", reconnaît Marcel Lecoufle. En particulier dans des régions plus ou moins accessibles. Récemment, en Nouvelle-Guinée, un botaniste a eu la chance de tomber sur une inconnue. Comme elle n'ouvrait ses fleurs que vers 22 heures pour les fermer sur le coup de 10 heures du matin, elle fut appelée Bulbophyllum nocturnum.

Jean-Yves François, codirecteur de la société Penja, un des deux importateurs d'orchidées coupées au marché de Rungis, s'émerveille toujours quand on lui présente de nouvelles espèces. Pourtant, depuis vingt-cinq ans, il en a vu de nombreuses, issues de Malaisie, de Singapour, de Taïwan, le pays, selon lui, le plus à la pointe de la recherche. Les vanda, cymbidium, phalaenopsis, oncidium n'ont plus de secret pour lui. Depuis peu, il a reçu des phalaenopsis produits dans une gigantesque exploitation au Vietnam. Une nouvelle variété qui reste impeccable pendant plusieurs semaines. "Quand on ouvre les cartons, on reste émerveillé devant une telle profusion de couleurs", raconte-t-il.

Peut-on s'étonner alors que tant de particuliers succombent au charme de l'orchidée? Pierre Laurenchet a un jour acheté une fleur, une fleur différente des autres, une fleur qui a décidé d'une passion qui ne l'a plus quitté. Voilà quatre ans, il est même devenu le président de la Société française d'orchidophilie. Avec près de 2.000 membres, c'est une des dix plus importantes sociétés mondiales. Une association des plus sérieuses qui organise régulièrement des conférences et des cours d'initiation à la culture, publie un bulletin trimestriel, initie des voyages en France et à l'étranger. Le prochain, en octobre, est prévu à Madagascar pour étudier "les nombreuses espèces de bulbophyllums qui fleurissent précocement ainsi que des espèces emblématiques telles qu'Angraecum sesquipedale, Cynorkis lowiana, des cymbidiellas et, peut-être, des gastrorchis". Que les non-initiés qui restent hermétiques à ce vocabulaire se rassurent, Pierre Laurenchet, qui cultive une soixantaine d'orchidées sur son balcon parisien, apprécie aussi les espèces plus communes. "Pour leur durée de vie, dit-il. Pendant plusieurs semaines, la fleur reste inchangée et on ne se lasse pas de l 'admirer."

Propriétés biologiques

Au XIXe siècle, on prêtait d'autres qualités aux orchidées. Les tubercules entraient dans des préparations médicinales aux prétendues vertus aphrodisiaques. Une idée reprise par Marcel Proust qui, dans Du côté de chez Swann, emploie la métaphore "faire catleya" pour désigner la possession physique. Au Moyen-Orient, certaines croyances, aujourd'hui encore, prétendent que les racines, transformées en poudre, peuvent soigner les troubles nerveux ou bien les crises d'asthme. De quoi intéresser les scientifiques. Et les fabricants de cosmétiques, comme Guerlain qui, depuis une dizaine d'années, développe les recherches autour de l'orchidée. Puisque cette fleur est dotée d'une incroyable longévité, puisqu'elle résiste aux chocs thermiques, ses molécules, extraites, ne seraient-elles pas susceptibles d'aider la peau à se régénérer? La marque de cosmétiques se lance dans l'aventure. Elle crée un jardin expérimental à la frontière franco-suisse pour sélectionner les orchidées les plus performantes. Etudie avec l'Université de Strasbourg les propriétés biologiques de la plante. Identifie de nouvelles espèces non encore inventoriées dans une réserve protégée de 600 hectares en Chine, aux confins de la Birmanie et du Laos. "Nos découvertes nous ont permis de nous perfectionner, explique Frédéric Bonté, directeur de la recherche chez Guerlain. Dans nos dernières crèmes, nous utilisons des molécules extraites de Vanda teres, une plante très résistante aux plus violents écarts de température, dont les molécules captent l'eau."

Mystérieuses et fragiles, aussi captivantes qu'inquiétantes, les orchidées séduisent de plus en plus d'amateurs. Parfois, aussi, elles peuvent être à l'origine de luttes sordides. Voilà quelques années, un Péruvien découvre une plante exceptionnelle, un phragmipedium aux fleurs mauves de plus de 15 centimètres. Mais les mesures de protection édictées par la convention de Washington signée en 1973 l'empêchent de sortir du pays. Dans le même temps, Michael Kovach, un importateur de Virginie, en voyage dans les Andes, achète un plant de la même espèce sur le bord d'une route, le cache dans sa valise, l'introduit illégalement aux Etats-Unis, l'apporte au jardin botanique de Sarasota, qui a une des plus belles collections du monde. Et l'orchidée sera appelée Phragmipedium kovachii en l'honneur du commerçant indélicat. Elle gardera ce nom malgré les condamnations qui pleuvent à l'issue d'une longue bataille juridique...

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