Le grand retour des touristes étrangers en Birmanie

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Le grand retour des touristes étrangers en Birmanie

Message  Admin le Jeu 23 Fév 2012 - 12:03

Depuis la libération d’Aung San Suu Kyi, figure de l’opposition, le rythme des réformes s’accélère en Birmanie, pays sévèrement contrôlé par une junte pendant plus d’un demi-siècle.



«Madame, tu achètes mes cartes postales?» La gamine aux joues marquées par de larges ronds blancs de pâte de thanaka, un produit cosmétique obtenu en pilant le bois d’un arbre, ne lâche pas la touriste qu’elle a aidée à retrouver ses chaussures, posées – et égarées – au pied d’un temple. Cette dernière venait d’escalader les marches pour admirer, d’en haut, le coucher de soleil sur la plaine de Bagan et ses innombrables temples en briques, vestiges d’un empire grandiose au XIIe siècle et depuis longtemps disparu.

Bientôt, l’achat d’une douzaine de cartes postales ne paraît pas suffisant à l’enfant qui veut vendre, en sus, une écharpe. «Madame, madame…» , supplie-t-elle, poursuivant son interlocutrice. «Demain!» , se défausse celle-ci. «Demain, I go à l’école!» , réplique la gamine qui a déjà intégré toutes les ficelles pour séduire les étrangers.

UN TIERS DE VISITEURS EN PLUS EN DEUX ANS
En cette période de l’année, Bagan est pris d’assaut. Les visiteurs sont nombreux aussi à Rangoun, la capitale économique, tout comme au bord du lac Inlé. Même les hôtels chers sont pleins à craquer! En revanche, les touristes restent plus rares dans les villages de montagne habités par les ethnies shan, akkha et autres, autour de Kengtung, où ils ne peuvent se déplacer qu’en compagnie d’un guide local après avoir obtenu les autorisations nécessaires.

Selon les chiffres officiels, le nombre de visiteurs étrangers a grimpé d’un tiers en deux ans. Il est vrai que, après la révolte des bonzes réprimée dans le sang en 2007 par la junte au pouvoir et les énormes dégâts du cyclone Nargis , en 2008, dans le delta de l’Irrawaddy, les touristes s’étaient un peu détournés de la Birmanie. D’autant qu’Aung San Suu Kyi, la figure de proue de l’opposition, avait, en 1995, appelé au boycott de son pays pour que les touristes ne financent pas la junte par leurs dépenses. Prenant conscience que cela pénalisait la population sans pour autant affaiblir le régime, la «dame de Rangoun» avait ensuite changé d’avis.

UNE DESTINATION ENCORE CHÈRE
Sa libération, en novembre 2010, après des années d’assignation à résidence, la promesse d’élections en avril prochain et les signes d’ouverture donnés, depuis, par le nouveau président Thein Sein, incitent les touristes à choisir cette destination encore coûteuse, en raison notamment du transport aérien, et les organisateurs de voyage spécialisés dans l’Asie à la proposer – ils sont une petite vingtaine en France.

«Il est trop tôt pour évaluer les conséquences de l’ouverture du régime sur le tourisme. Il y a peu, la destination restait confidentielle. Cependant, en 2012, nous espérons dépasser les 500 voyageurs, au lieu de 200 en 2009» , explique-t-on chez Kuoni, l’un des plus importants voyagistes haut de gamme en Asie.

«Ayant vécu au Cambodge, nous voulions retrouver une atmosphère similaire» , explique Anne qui, avec son mari Claude et un couple d’amis, visite des pagodes à Rangoun. «Nous voulions voir à quoi ressemblait ce pays que l’on dit en pleine ouverture , confient Solange et Roland, en balade sur le lac Inlé. Nous avons retardé ce voyage. Nous sommes convaincus que, maintenant, notre venue peut aider ce pays à s’ouvrir. Et que nos achats améliorent l’ordinaire des Birmans.»

UN SOUTIEN À LA POPULATION
Les voyagistes qui proposent cette destination tentent de réduire au minimum les recettes que, après la junte hier, les caciques du régime aujourd’hui pourraient en retirer : de 4 à 5 % seulement du prix d’un voyage tomberaient dans leurs poches, selon les estimations des agences qui utilisent autant que possible des prestataires privés (hébergements, transports, restaurants, etc.) et évitent les structures gouvernementales.

Si les grands hôtels, les grands bateaux de croisière sur l’Irrawaddy emploient beaucoup de salariés, généralement plutôt mieux payés qu’ailleurs, les ONG font cependant valoir qu’ils n’ont, longtemps, pu fonctionner qu’en finançant la junte. Et que l’on peut aussi voyager seul en Birmanie, choisir des restaurants et les hôtels tenus par de simples Birmans et ne pas se limiter à quelques sites incontournables, pour se donner les meilleures chances de rencontrer et de soutenir la population.

«Le tourisme, c’est une très bonne chose» , s’énerve un professeur retraité qui vend ses aquarelles à l’entrée d’un monastère près du lac Inlé. N’a-t-il pas peur que l’afflux des touristes ne bouleverse les modes de vie, les mentalités, ou n’abîme des sites extraordinaires ? «Pas du tout , réplique-t-il, les touristes apportent de l’argent et nous ne sommes pas riches!» . Dans l’immédiat, le manque d’infrastructures, l’organisation aléatoire – et le coût – des vols aériens constituent des freins réels.

QUEL TOURISME POUR DEMAIN ?
Cependant, on peut à bon droit se demander si, demain, le gouvernement birman, tout à sa quête de respectabilité internationale et de devises, saura éviter le tourisme sexuel et préserver son patrimoine. Ainsi, à Bagan où beaucoup d’habitants ont délaissé l’agriculture pour le tourisme, des terres ont déjà été rachetées par les Chinois, très présents dans l’économie birmane.

Les autorités ont entrepris de restaurer grossièrement des temples sans respecter les méthodes des archéologues. Et un superbe hôtel de luxe, construit avec de très beaux matériaux dans l’esprit de l’architecture locale mais surmonté d’une tour prétentieuse d’où l’on peut admirer la plaine, a été édifié au milieu des temples millénaires!

Son propriétaire, également patron d’une compagnie aérienne locale, passe pour un proche de l’ancien chef de la junte, le général Than Shwe. «Cela a dû l’aider pour les autorisations» , suggère un guide avant de s’interrompre, inquiet, au milieu de sa phrase car, dans ce pays, les sanctions ne sont jamais loin pour qui parle trop. Un de ses collègues qui s’était un peu trop épanché auprès de touristes s’est vu refuser le renouvellement de son permis de travail…

http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Le-grand-retour-des-touristes-etrangers-en-Birmanie-_EG_-2012-02-20-770397


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Re: Le grand retour des touristes étrangers en Birmanie

Message  Ma Poule le Jeu 1 Mar 2012 - 16:28

Pour moi l'important c'est que les gens y aillent. Plus il y aura de touristes, mieux le pays se portera!
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Ma Poule

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