La censure va ranger ses ciseaux

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Les premiers quotidiens privés en 50 ans

Message  Admin le Mer 3 Avr 2013 - 7:16

Quatre quotidiens privés birmans ont vu le jour lundi 1er avril, les premiers depuis un demi siècle. Huit mois après l'abolition de la censure en Birmanie, la presse indépendante est donc autorisée à s'exprimer, mais la pérennité de ces journaux n'est pas encore assurée.

Les Birmans se réjouissent
Pour la première fois depuis cinquante ans, les Birmans ont pu feuilleter les pages de quatre quotidiens privés dans les kiosques lundi 1er avril. Au total, seize journaux ont obtenu le feu vert des autorités pour publier un quotidien à partir du 1er avril, mais seulement quatre d’entre eux ont réussi à tenir les délais : The Voice Weekly, version quotidienne d'un des plus grands magazines du pays, The Golden Fresh Land, The Standard Time, et The Union, proche du parti majoritaire.

« Cela fait cinquante ans que nous attendons ce jour », explique au Guardian Khin Maung Lay, rédacteur en chef de Golden Fresh Land, dont 80 000 exemplaires du premier numéro avaient déjà été vendus en fin de matinée. « Cela montre à quel point les gens attendaient ces quotidiens privés. Ce matin, j'étais en larmes en voyant cela ».

Libéralisation la presse
Après des années de censure, les Birmans se réjouissaient de la publication de ces quatre quotidiens privés, interdits par la junte militaire jusqu’à sa dissolution en mars 2011. Le régime militaire avait en effet nationalisé les quotidiens il y a cinquante ans, exerçant un contrôle sur la presse qui faisait de la Birmanie l'un des pays les plus répressifs au monde en matière de censure.

La libéralisation des médias faisait partie du programme de réformes prises par le nouveau gouvernement. En août 2012, la Birmanie avait décrété l’abolition de la censure sur les médias, permettant aux journalistes de ne plus soumettre leur travail avant publication aux censeurs d'Etat, the Press Scrutiny and Registration Division, PSRD.

Une décision saluée par l’ONG Reporters sans frontières qui l’a qualifiée de « rupture historique avec le contrôle de fer de l'Etat birman sur le contenu des informations publiées », tout en estimant que cette mesure devait être « élargie à l'ensemble des catégories de médias ».

Assouplissement progressif
La parution de ces quatre quotidiens atteste donc de la volonté de réforme du gouvernement birman. Déjà, l’année dernière, le nouveau gouvernement de Thein Sein avait permis la libération de cinq journalistes de la Democratic Voice of Burma (DVB), de deux journalistes indépendants, Thant Zin Aung, Zaw Thet Htwe et du blogueur Nay Phone Latt. Reporter Sans Frontière constate une amélioration progressive de la situation des médias en Birmanie : des sujets sensibles, comme les activités de la leader de l’opposition Aung San Suu Kyi peuvent par exemple désormais faire la « une » du Golden Fresh Land Daily.

Une période de transition
Ce vent de liberté qui souffle sur la presse birmane a permis au pays passer de la 179e à la 151e place dans le classement 2013 de Reporters sans frontières. Mais pour assurer la pérennité de ces quotidiens, la Birmanie devra faire face à plusieurs obstacles, notamment le manque de formation des journalistes, souvent formatés par la censure depuis 1962, et aux imprimeries sous-équipées... Autre défi de taille à relever : le prix de vente de ces journaux dans l'un des pays les plus pauvres de la planète. « Nous sommes dans une période de transition. Certains médias essaient de repousser les limites de ce qui est autorisé. Mais on est évidemment encore très loin des standards du monde démocratique », explique au Monde le rédacteur en chef du Weekly Eleven News Journal.



http://www.jolpress.com/birmanie-presse-journaux-prives-article-818542.html
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The Irrawaddy, un magazine de retour d’exil

Message  Admin le Lun 19 Aoû 2013 - 12:06

http://www.irrawaddy.org/

L’Irrawaddy est d’abord le fleuve principal de Birmanie. Comme aime le raconter Kyaw Zwa Moe, le rédacteur en chef des versions anglaises papier et web du magazine du même nom, la population vit grâce à ce cours d’eau depuis des siècles. Elle s’y nourrit en pêchant, elle y puise l’eau des cultures, elle y exploite aujourd’hui l’énergie hydraulique. Le mensuel The Irrawaddy, de retour d’exil à Rangoon, n’a pas d’autre ambition. Il veut nourrir et abreuver d’information le peuple birman après vingt ans d’une dictature fermée à double tour par les généraux et les sanctions internationales.

La Birmanie est un pays d’Asie du Sud-Est un peu plus grand que la France et compte 55 millions d’habitants. Entouré du géant indien à l’ouest, de la Chine au nord et du jeune tigre thaïlandais à l’est, ce territoire a accumulé les retards de croissance et de développement suite à une histoire autoritaire et conflictuelle. L’indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni est acquise en 1948, peu après l’assassinat du père d’Aung San Suu Kyi qui en fut un des artisans. Une courte période démocratique dure jusqu’en 1962 et le coup d’État du général Ne Win. Il instaure un régime d’inspiration socialiste cependant non aligné. Les libertés sont réduites, la propriété réformée, l’économie nationalisée et les frontières très contrôlées, mais le niveau d’éducation reste élevé. En parallèle, surgit le problème des minorités.

L’état birman en reconnaît officiellement 135 et l’unification territoriale et identitaire a toujours constitué une source de troubles. Plus d’une dizaine de conflits armés régionaux s’ouvrent suite à l’indépendance et au coup d’État militaire de 1962. Le plus célèbre d’entre eux est le conflit Karen qui s’est étendu de 1948 à 2013. En 1988, la dictature subit une forte contestation qui s’incarne à la fois dans un mouvement étudiant et en la personne d’Aung San Suu Kyi. Des élections sont organisées mais les résultats n’en seront jamais respectés. Elles auront en revanche fait sortir les opposants de l’ombre. Le régime se ferme encore plus durement sous l’impulsion du général Than Shwe, qui prend le pouvoir. Il sera l’artisan d’une répression féroce contre les étudiants et la presse. Il généralise l’utilisation des travaux forcés à l’ensemble des Birmans, cadenasse les frontières et emplit la prison d’Insein, une des plus grandes au monde. Certaines de ses lubies consisteront à déplacer la capitale de 400 kilomètres ou à inverser le sens de circulation automobile.

Les États-Unis et l’Union européenne appliquent des sanctions économiques qui n’auront que peu d’effets. Les généraux savent aisément les contourner et des pays asiatiques, dont la Chine et Singapour, sont bien moins regardant. Contre toute attente, une transition démocratique est amorcée en 2010. Des élections fantoches sont organisées en novembre où l’armée remporte plus de 76 % des sièges. En février 2011, le général Thein Sein succède à Than Shwe. Des réformes de grande envergure sont annoncées et mises en œuvre avec une rapidité inattendue. L’ensemble de la communauté internationale est surprise et reste initialement dubitative. Il semble en fait que la branche modérée des généraux, dont fait partie le nouveau chef d’État, ait pris le dessus. Ils ne croient pas à un pays fermé à long terme et craignent la remise en cause de leur indépendance et de leur souveraineté par leur voisin chinois. De plus, ils ont le souhait de retrouver la Birmanie forte d’antan. Les sanctions internationales sont progressivement levées.

Aujourd’hui, les frontières sont ouvertes, les prisonniers politiques sont progressivement relâchés, l’économie est libéralisée et l’aide internationale peut intervenir pour aider ce pays à se relever. De nouvelles élections, plus libres, doivent être organisées en 2015. Des problèmes graves de persécutions et de massacres de certaines minorités — les Rohingyas — subsistent, mais seraient en passe d’être résolus avec les récentes condamnations prononcées à l’encontre de leurs instigateurs. Les partis politiques et la presse libre sont de retour. Une parole sur l’action gouvernementale est de nouveau autorisée. Le magazine The Irrawaddy y participe. Le mensuel porte un regard des plus critiques sur la transition politique et la modernisation de la Birmanie au travers de reportages, d’articles d’investigation et d’interviews. Les sujets du moment concernent le renouveau politique en cours, mais aussi les violences communautaires, l’ouverture des marchés et le développement de Rangoon. À terme, le magazine souhaite devenir une référence journalistique pour l’ensemble de l’Asie du Sud-Est. L’indépendance du contenu est assurée grâce à des financements privés qui prennent la forme de dons et de recettes publicitaires.

Devenir journaliste

Issue de la génération 88, l’histoire de Kyaw Zwa Moe et du magazine sont entrelacées. Aujourd’hui, ce rédacteur en chef à la fraîche quarantaine signe des éditos et des interviews depuis son bureau de Rangoon, mais les vingt années précédentes de sa vie furent emplies de violations des droits de l’Homme et de doutes.

Kyaw Zwa participe à la contestation de 1988 alors qu’il est encore étudiant. Il explique que « toutes les universités furent fermées ». Il est arrêté lors de la répression de ce mouvement et condamné à dix ans d’emprisonnement en 1991, à l’âge de dix-neuf ans. Il passera huit ans dans la prison d’Insein, particulièrement connue pour ses conditions de détention inhumaines et la torture physique et mentale pratiquées sur les prisonniers. D’autres ont pu fuir avant d’être arrêtés, dont son frère. Ils créent The Irrawady en 1993 à Bangkok, en Thaïlande. Lors de sa détention, Kyaw Zwa rencontre le journalisme. « J’ai appris l’anglais secrètement en prison. Parfois, des membres bienveillants des autorités me faisaient parvenir The Time et Newsweek, et même parfois des livres. Je savais ce qui se passait en France et aux États-Unis. » Le journalisme n’avait jamais été un rêve pour Kyaw Zwa. « Mais j’absorbais le style d’écriture. J’aimais ça. » La répression et les lectures en détention le conduisent sur une voie qu’il n’aurait pas choisie autrement. « Je pouvais rester indépendant. » Il est libéré en 1999. « Je suis resté un an en Birmanie, puis j’ai quitté le pays. » Il rejoint la rédaction en exil. Le nouveau bureau est à Chiang Maï, une ville thaïlandaise proche de la frontière birmane, afin que les contacts avec les personnes travaillant sous couverture soient plus aisés. « Au début, j’ai appris le métier sur le tas, par des petites formations. » En 2005, il bénéficie d’une bourse d’étude de l’Université de Berkeley. Il précise : « je ne crois pas que les États-Unis aient fait cela pour des raisons politiques. J’ai juste déposé un dossier et ils m’ont accepté. Il y avait des étudiants du monde entier. » Il s’envole pour la Californie, obtient un diplôme en journalisme et revient en Thaïlande un an plus tard. Le journalisme sera son métier. Pour l’instant en exil.

L’ouverture du pays et le retour à Rangoon

En 2008, la junte militaire birmane adopte une nouvelle constitution. « Nous étions sceptiques face aux réformes démarrées en 2010. Les journalistes craignaient un nouveau piège pour faire sortir les opposants de l’ombre. » Les journalistes du magazine suivent les élections tout en les considérant comme une farce de la junte militaire. Les évolutions de la société birmane sont cependant telles qu’elles apparaissent irrémédiables. Thein Sein, le chef d’État-général, semble soutenir personnellement les réformes. The Irrawady décide de suivre les nouvelles échéances électorales de 2012.

Avec d’autres journalistes, Kyaw Zwa a obtenu l’autorisation d’effectuer trois voyages de cinq jours pour couvrir les élections législatives partielles du 1er avril 2012. Une couverture médiatique indépendante est autorisée dans le pays pour la première fois depuis 1993. Le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue Nationale pour la Démocratie, gagne. Le temps du changement semble confirmé. C’était la première fois depuis treize ans que Kyaw Zwa était à Rangoon. Il confie ses sentiments d’alors : « C’est toujours bon et agréable d’être de retour, mais beaucoup de choses restent à régler. La plupart des gens vivent toujours sous le seuil de pauvreté et on ne voit pas encore les conséquences de l’ouverture sur le terrain. La situation dans les villages est terrible. Le gouvernement est responsable. » Suite à l’accord du ministère de l’Information, The Irrawaddy ouvre son bureau à Rangoon en octobre 2012. « La procédure avec les autorités s’est bien déroulée bien que la licence d’exploitation ne nous ait, dans un premier temps, pas été accordée. » De plus, Kyaw Zwa a encore un passeport étranger et un visa de trois mois renouvelable. Finalement, le premier numéro papier en anglais sort en décembre. Il est tiré à 6 000 exemplaires et distribué par voie postale, ainsi que dans les plus grandes villes du pays. Les versions électroniques birmanes et anglaises reçoivent 180 000 visiteurs uniques par mois.

L’avenir de la presse

Kyaw Zwa souhaite que les réformes concernant les médias aillent plus loin. La situation des journalistes en Birmanie demeure incertaine. « Les publications doivent procéder à une demande de licence auprès du ministère de l’Information qui doit être renouvelée chaque année. » Les critères ne sont pas difficiles à remplir, mais cette pratique reste discrétionnaire et incompatible avec une véritable liberté d’expression. « L’autocensure se retrouve de fait dans les esprits des journalistes au quotidien. Évoquer la corruption des haut-gradés militaires ou les processus de paix en cours reste difficile. » De plus, la constitution de 2008 ne peut être critiquée sous peine de poursuites judiciaires. Kyaw Zwa appelle à l’abrogation de ces lois. Pour ces raisons, il ne participe pas au Conseil de la Presse qui rédige le nouveau cadre législatif des médias avec le gouvernement. Il précise : « Certains de mes amis y siègent, mais pour moi le ministère de l’Information ne devrait tout simplement pas exister. » L’édition du Time du mois de juillet sur la couverture duquel figure un moine bouddhiste extrémiste birman a été interdite. La main invisible du gouvernement est encore présente.

Dans le bureau de Rangoon, 35 journalistes s’entassent dans deux pièces aux sols de béton et aux murs délavés. Les chaises sont en plastique et les néons blafards, mais les Birmans et les quatre anglophones qui y travaillent sont heureux de contribuer à l’arrivée du magazine dans le pays. Le bureau de Chiang Mai ne compte plus que 15 journalistes. Kyaw Zwa explique que « le siège restera en Thaïlande au moins jusqu’aux élections de 2015, par mesure de précaution ». La crainte de voir se répéter le scénario des élections de 1990 qui avaient été annulées par les militaires est toujours vivace.


http://ragemag.fr/birmanie-the-irrawaddy-un-magazine-de-retour-dexil-37790/

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Kamayut, l'essor d'un média birman indépendant

Message  Admin le Lun 14 Oct 2013 - 12:34

En Birmanie, les médias sont en plein boom. Le pays impose désormais moins de restrictions après un demi-siècle de dictature. Mais la plupart des chaînes de télévision et des journaux qui naissent sont liés à l'ancien pouvoir. Pourtant, un nouveau titre a vu le jour, "Kamayut". Indépendant, multiplie les scoops et est devenu la bête noire du gouvernement




Source http://www.boursorama.com/
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