La levée des sanctions est prématurée

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La levée des sanctions est prématurée

Message  Admin le Mar 24 Avr 2012 - 17:03

Le 23 avril, l'Union européenne a suspendu pour un an ses "restrictions" à l'encontre du régime birman, à l'exception de l'embargo sur les armes. Un geste précipité à l'égard d'un gouvernement dont les intentions restent incertaines, regrette un exilé birman.

Le 17 avril, le département américain du Trésor a annoncé un assouplissement des sanctions financières à l'encontre de la Birmanie [ou Myanmar, selon son nom officiel] concernant les activités humanitaires et caritatives. La décision est importante et bien plus habile que celles qui ont été prises par le Royaume-Uni, l'Australie et la Norvège. Quatre jours plus tôt, à l'occasion de son déplacement en Birmanie, le Premier ministre britannique David Cameron avait déclaré être favorable à la suspension [et non pas à la levée] des sanctions. La Norvège et l'Australie lui ont aussitôt emboîté le pas et assuré qu'elles allaient, elles aussi, alléger leurs sanctions. Tout ce qui restera, virtuellement, c'est un embargo sur les armes. L'Union européenne a officiellement adopté la même position le 23 avril en prenant la décision de suspendre [pour une année] des sanctions financières et politiques cruciales, comme une interdiction d'investissements et des restrictions sur les visas pour les membres du régime. La politique birmane de l'Europe va dès lors nettement diverger de celle que les Etats-Unis appliquent. Or compte tenu de la situation en Birmanie, la prudence dont fait preuve Washington semble être une réaction beaucoup plus raisonnable aux développements sur place.

Le régime ne tolère toujours aucune dissension

De jour en jour, la politique devient de plus en plus imprévisible en Birmanie. La dirigeante de l'opposition, Aung San Suu Kyi, et les représentants de sa Ligue nationale pour la démocratie, élus depuis peu, ont refusé de prêter serment en tant que garants de la Constitution de 2008 [et boycottent la session parlementaire qui s'est ouverte le 23 avril]. Sur le terrain, dans l'Etat Kachin [frontalier de la Chine], les combats continuent entre les forces gouvernementales et les rebelles. On a fait grand cas du prétendu engagement du pouvoir sur la voie des réformes, mais la condamnation de trois militaires, qui auraient blogué sur les difficultés que connaît l'armée en général, montre plutôt que le régime ne tolère toujours aucune dissension. D'après la version birmane de Radio Free Asia, trois officiers de l'armée de l'air auraient été condamnés le 9 avril à des peines de prison par un tribunal militaire. L'un d'eux, le capitaine Zaw Lynn Dwe, aurait écopé de vingt ans en raison, entre autres, de la loi draconienne sur l'électronique. Les deux autres devraient purger des peines de sept ans. On ne sait toujours pas non plus si "The Lady", comme Aung San Suu Kyi est parfois surnommée, sera libre de se rendre au Royaume-Uni et en Norvège en juin, comme elle l'a annoncé. A ce jour, elle n'a toujours pas reçu de nouveau passeport.

En gardant tout cela à l'esprit, les pays occidentaux devraient, pour l'instant, s'abstenir de récompenser un gouvernement prétendument réformiste, y compris en rétablissant des relations commerciales avec la Birmanie. Certes, l'embargo sur les armes est maintenu. Mais même si les pays occidentaux ne sont pas disposés à vendre directement des armes à la Birmanie, ils n'en continuent pas moins de lui permettre de s'armer en offrant au régime les moyens de se procurer plus facilement des liquidités. Après tout, le pouvoir birman consacre traditionnellement une grande part des revenus des investissements étrangers à la défense plutôt qu'à la santé ou à l'éducation. Le gouvernement, nominalement civil, propose ainsi pour 2012-2013 un budget qui n'est pas tellement différent du précédent. La défense représente 14,9 % du total, tandis que 2,9 % et 4,9 % du budget ont respectivement été alloués à la santé et à l'éducation.

La réalité, c'est que la politique birmane reste trouble et que son avenir est toujours incertain. Des centaines de prisonniers politiques se trouvent encore derrière les barreaux, et ceux qui ont été libérés sont victimes de tracasseries quotidiennes. Ce serait donc une erreur de récompenser un gouvernement pour ces réformes superficielles et de faire passer les intérêts commerciaux avant les droits de l'homme. Ceux qui envisagent de suspendre ou d'annuler les restrictions sur les investissements doivent comprendre qu'il n'est pas nécessaire de vendre des armes directement au régime pour lui permettre de s'armer.

Zaw Nay Aung est directeur de Burma Independence Advocates (Défenseurs de l'indépendance birmane), à Londres.

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