"Nouvelle Suite birmane" - Richard Texier, peintre nomade

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"Nouvelle Suite birmane" - Richard Texier, peintre nomade

Message  Admin le Lun 30 Avr 2012 - 8:13

PORTRAIT - Paris, New York, Kyoto et maintenant Rangoun... Originaire du marais poitevin, l'artiste hanté par le ciel et l'eau expose sa "nouvelle Suite birmane" dédiée à la nature et à Bouddha.

"L’huile sèche très lentement ici. Le pinceau devient trop onctueux. Sur les supports laqués, c’est pire. Les repentirs sont impossibles et je vois mon reflet dans la laque!" De ses galères techniques, provoquées par cette chaleur féroce qui enveloppe la Birmanie de mars à mai (30 à 45°C), Richard Texier parle avec décontraction. L’artiste maîtrise l’art de voiler son inquiétude et ses colères, tout comme il drape sa silhouette massive d’humeurs lumineuses et d’amples vestes de lin.

Depuis l’aube, sur de petits formats de bois laqué noir, son pinceau fait fleurir des formes insolites. Végétaux, racines ou organes, allez savoir. Miró ou Tàpies ne sont pas loin, de même Jean Degottex, qui fut son maître, et Zao Wou-ki, son vieil ami. Les gestes sont sûrs et délicats. L’artiste passe à des supports plus grands, des toiles marouflées avec du papier d’ombrelles (shan), sur lesquelles il trace la carte oblongue de la Birmanie. Mais soudain la sueur perle. Il faut poser les pinceaux. Dix heures trente, les ventilateurs tournent follement mais la touffeur ambiante prend le dessus. On attendra le petit soir pour y revenir. "Ce genre d’inconvénient me stimule. Ici, je peins plus de sept heures par jour, contre quatre ou cinq à Paris, où je n’arrive jamais à m’y mettre avant 18 heures. C’est le jeu de l’atelier nomade, stratégie de création et de renouvellement."

La Birmanie donc. Voici quelques années, le peintre français n’osait en rêver. Au pays mystérieux et "préservé" des grandes pagodes d’or, où rien ne s’explique sans les astres et ces animaux hybrides qui hantent la mythologie chinoise, cela relève pourtant de l’évidence. Ces deux thèmes sont constitutifs de l’œuvre amorcée voici trente ans par Texier, hantée par le ciel, le cosmos et la navigation, par ailleurs aujourd’hui très cotée dans le monde. Et surveillée de près par les plus grands marchands de Paris, New York ou Hongkong.

A New York, Basquiat et Keith Haring
Virgile Texier, son fils de 25 ans, confirme. "Sa 'Suite birmane' rappelle des toiles anciennes." Son artiste de père sourit : "Je suis terrorisé à l’idée de toujours faire le même tableau. J’ai souvent l’impression d’emmener mes obsessions. Pour contrer cela, il faut que la vie soit une aventure, non? La facilité n’est pas un cadeau. Les rencontres et les imprévus, si." Cela n’avait pas échappé à l’écrivain Daniel Pennac : "Comme l’univers dont il se préoccupe, Texier est en expansion. Dans ce permanent bouleversement, chaque œuvre est une éclosion."

De l’Asie, jusqu’à son atelier nomade de 2004 dans la grande fonderie Liu de Shanghai, Richard Texier n’a longtemps connu que les galeries huppées du Japon et de Taïwan, où il expose dès les années 1990. "Auparavant, je n’avais fait qu’une seule résidence en Orient, sur les hauteurs de Kyoto, dans une maison à 35 essences de bois. Une chance incroyable : un collectionneur m’en avait ouvert la porte." L’artiste n’avait alors pas encore théorisé les ateliers nomades, mais déjà pas mal voyagé, surtout à New York où, en 1983, il pénètre le marché de l’art avec ses toiles réalisées… dans les ateliers de ses pairs. "J’ai eu la chance de pouvoir travailler chez Jean Dupuis, Nam June Paik. Même Arman m’a ouvert sa porte, j’avais sonné chez lui au culot! Je croisais Basquiat, Keith Haring. Sans m’en rendre compte, j’ai eu un sacré feeling."

Ces expériences new-yorkaises l’ont en effet propulsé, au point de lui permettre de s’acheter cash un vaste atelier à Paris, côté Butte-aux-Cailles, qu’il a depuis agrandi. Le concept d’atelier nomade ne sera clairement formulé qu’en 1992, à Moscou, où il va peindre au Pavillon de la culture d’une Russie en ébullition. En 2002, peu après les attentats du World Trade Center, il pose ses pinceaux dans l’un des plus anciens gratte-ciel de New York, le Starrett-Lehigh Building. Entre-temps, il y a eu la Villa Noailles, les chantiers navals de La Rochelle. Chaque fois, c’est un événement qui le remet en selle et en lumière.

À Rangoun, il se souvient d’un autre de ses ateliers nomades. "En 2003, au phare de Cordouan, au large de Bordeaux, j’étais seul au milieu de l’océan. Cette force de la nature, je la reprends en pleine face ici sous une autre forme." La végétation luxuriante, avec son lot de moustiques et serpents sortis de nulle part, est présente jusqu’au cœur même de Rangoun. Et lui rappelle le marais poitevin, où il a grandi. "Je vivais de manière sauvage, j’avais ma barque et je partais loin. C’est la nature qui nous a tout donné, pas les industriels." Une enfance panthéiste, ose-t-il. Déjà nomade? "Mes parents déménageaient au gré des saisons. Ils étaient commerçants itinérants. J’ai dû en souffrir mais cela m’a aussi forgé. Et bizarrement, je suis devenu urbain."

"Les frontières bougent"
Lors de son repérage en Birmanie, en octobre dernier, Texier voulait s’installer au lac Inle, un lieu magique où la nature scintille de tous ses feux, où la végétation et l’eau du lac unissent leurs forces. Confronté à la lenteur administrative d’un pays encore sur ses gardes, il se contentera finalement d’un espace au cœur de Rangoun… au Governor’s Residence, l’un des plus beaux hôtels de la ville. Un choix qu’il assume et savoure, jurant qu’il avait d’abord rêvé de friches industrielles. Mais pour concrétiser de tels rêves, évidemment, l’artiste a besoin d’alliés. Sa "chargée de mission", Alice Lepers, arrivée de Paris avec lui, l’assiste dans ses démarches. "Je flotte et elle s’occupe du concret. Je ne voulais pas d’un atelier dans un hôtel de luxe mais elle m’a mis au-devant de mes contradictions."

Sous un auvent auquel on accède par un ponton, dans un jardin bordé d’eau et de frangipaniers en fleur, l’endroit est peu fréquenté. On y entend les oiseaux. "L’hôtel appartient à une chaîne britannique qui, dans les pays pauvres, défend une éthique. Ils le font bien et cela me rassure." Bref, il a trouvé son havre. Il ne se prive pas d’aller se perdre dans les rues de Rangoun, sur les marchés où il s’extasie devant les étals de ces poissons, fruits et légumes exotiques qu’il n’avait jamais vus, comme le firent tant d’artistes en Italie au XVIIIe siècle, en Orient au XIXe. "J’ai peut-être contribué à relancer une pratique mais je n’ai rien inventé." À l’heure de la globalisation, son propos sur l’hybridation et le nomadisme prend tout son sens, il le sait. "Nous sommes arrivés à ce beau moment de l’humanité où les frontières tombent, où il faut faire le pari de l’ouverture, avancer le cœur et la main ouverts."

C’est aussi pour cela qu’en Birmanie, Richard Texier se fait un devoir d’aller à la rencontre des artistes locaux tels Khin Zaw Latt ou Aung Soe Min qui, à leurs risques et périls, lui offrent leur amitié. "L’art va vers la paix et, en cela, il est subversif. Cela ne se refuse pas, même si on se sent parfois surveillés comme le lait sur le feu…" Ce vendredi matin, divine surprise, c’est Aung San Suu Kyi qui est venue rendre visite à celui qui, en France, est proche de Lionel Jospin et Jean-Pierre Raffarin. Elle aime la peinture et confie apprécier la calligraphie et l’aquarelle. Ému, Texier lui a offert une de ses toiles avant de lui proposer de peindre. Gracieuse et sereine, la Lady s’est exécutée, amusée, et a tracé les contours de son pays sur un fond jaune safran. "Elle a un joli coup de pinceau. Je suis convaincu qu’elle peint."

http://www.lejdd.fr/Culture/Beaux-Arts/Actualite/Portrait-Richard-Texier-peintre-nomade-506617/
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Comptemplations birmanes

Message  Admin le Lun 9 Juil 2012 - 7:07



L’artiste nomade a posé ses pinceaux à Rangoon. L’homme pressé y a goûté la sérénité orientale.

vril 2012. Au sein du plus beau palace de Rangoon, le Governor’s Residence, Richard Texier a pris ses quartiers de printemps. Depuis des années, le peintre picto-charentais aime tenir des ateliers nomades ; New York il y a dix ans, Moscou ou Shanghai. Texier part généralement à l’aventure, sans idée préconçue sur ce qu’il va peindre. Il aime les astres et la matière, les rencontres inattendues et les aléas de la vie. Ce bon vivant adore discuter, refaire le monde jusqu’au bout de la nuit. L’art attendra. Mais à l’heure où le soleil se lève, il grimpe au premier étage de l’hôtel pour laisser filer son inspiration. « Je suis arrivé en Birmanie avec rien », sourit-il.

Aidé par Alice Lepers, sa collaboratrice parisienne sur le projet, l’artiste s’est donc installé quatre semaines dans un cadre très luxueux. Trop luxueux ? « Nous aurions aimé trouver des lieux différents, admet-il. Mais l’important c’est de se balader, de vivre à Rangoon, d’aller à la rencontre d’artistes locaux ou de galeristes. » Et si l’Institut français soutient le projet, l’ambassade de France, elle, s’est montrée coopérative. « Le pays commence tout juste à s’ouvrir ; pendant des années les artistes contemporains travaillaient en secret. Ils avaient accès à très peu d’informations sur la culture occidentale. C’est incroyable de voir aujourd’hui combien ils sont ouverts d’esprit », poursuit Richard Texier.

LA DAME A
REGARDÉ, SOURI, AIMÉ

Alors, les premières journées passées à trouver du matériel furent aussi l’occasion de belles rencontres. A commencer par Ming, un homme d’une quarantaine d’années qui tient une galerie au premier étage d’un immeuble insalubre. On y boit du thé, de la bière, on vient discuter entre amis, jouer de la guitare. Ming ne cache plus ses portraits d’Aung San Suu Kyi, ni ses affinités avec le parti de la dame. Ici, la patience est de mise, on ne brusque pas les gens. Texier adore et déteste à la fois. Le matériel commandé met du temps à arriver, les toiles ne sont pas légion, il faut les fabriquer sur place. Il trépigne pour peindre, mais, pour une fois, la vie l’en empêche. Alors, quand on finit par lui livrer une quarantaine de laques, le peintre exulte. Sa « Suite birmane » prend forme en quelques heures, quelques jours. « Je ressens des gens, des atmosphères et cette nature foisonnante, cette chaleur qu’on éprouve...»

A la fin de son séjour, Aung San Suu Kyi elle-même est passée à son vernissage. La dame a regardé, souri, aimé. Elle s’est même saisie d’un pinceau pour dessiner quelques traits avec l’artiste. La « Suite birmane » est émouvante, le peintre mélange ses formes habituelles, ses cosmogonies, à ses influences asiatiques. Cette semaine, il la présente en France, mais pense déjà à l’après. Il songe à un bateau-atelier sur le Mékong... L’Asie coule définitivement dans ses veines. Il voyage en solitaire, comme dirait Gérard Manset. Et, surtout, dans sa peinture, il chante la terre.


http://www.parismatch.com/Culture-Match/Art/Actu/Richard-Texier.-Contemplations-birmanes-408655/?sitemapnews

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Richard Texier expose la suite Birmane à Saumur

Message  Admin le Jeu 12 Juil 2012 - 10:03

Le peintre surréaliste Richard Texier expose au Centre d'art contemporain Bouvet-Ladubay de Saumur jusqu'au 30 septembre sa "suite Birmane".



C'est la première fois que Richard Texier expose en Europe les oeuvres réalisées lors de son séjour en Birmanie au printemps dernier.
L'exposition se tient au Centre d'art contemporain Bouvet-Ladubay de Saumur (Maine-et-Loire) jusqu'au 30 septembre.

Baptisée "Suite Birmane", l'exposition réunit une quarantaine de tableaux dont la majorité a été réalisée au Governor's Residence de Rangoon, l'un des plus beaux palaces de la capitale birmane, où il a séjourné entre le 1er avril et le 5 mai... un peu par défaut.

Les lenteurs administratives ne lui avaient en effet pas permis de se poser près du Lac Inle, à l'est du pays, où il avait envisagé initialement de fixer son atelier.
"Je suis allé en Birmanie avec un visa touristique en adoptant la même stratégie de renouvellement que pour mes autres ateliers nomades: me fondre dans les lieux et travailler pour nouer des relations", explique Richard Texier, pratiquant assidu depuis vingt ans d'une pratique artistique nomade.

L'artiste a peint en moyenne sept heures par jour, en dépit d'une chaleur contraignante, choisissant volontairement comme supports des toiles d'ombrelles et des laques birmanes "très brillantes et très résistantes".

Une rencontre avec la Prix Nobel de la Paix

Il a aussi multiplié les rencontres avec des artistes et intellectuels birmans dont la Prix Nobel de la Paix, Aung Sang Su Kyi, qui lui a rendu visite et a peint pendant quelques minutes avec lui.
"Un moment magique" pour l'artiste. "Elle a dessiné la carte de son pays, on s'est amusés. Elle est impressionnante de culture et malicieuse, j'ai découvert qu'elle parlait extrêmement bien le français et peignait. Elle a réalisé de nombreuses aquarelles lors de son assignation à résidence", raconte Richard Texier.

Il est arrivé dans le pays le jour des élections législatives. "J'ai senti une effervescence incroyable et beaucoup de joie dans la ville", raconte-t-il, "La Birmanie est magnifique. C'est une nature proprement délirante et des gens très humains qui vivent de peu mais donnent beaucoup".

Sur fond blanc, jaune ou noir, les créations birmanes de Richard Texier expriment la luxuriance végétale et l'effervescence rencontrées lors de son séjour, tout en intégrant les formes hybrides et étranges qui caractérisent son travail.

Infos pratiques

L'exposition a commencé le samedi 7 juillet et se tient jusqu'au dimanche 30 septembre 2012.
Du mardi au vendredi de 10h à 12h et de 14h à 17h.
Le samedi et le dimanche de 15h à 18h.

Centre d'art contemporain Bouvey-Ladubay. http://www.bouvet-ladubay.fr/index-7.html
Saint-Hilaire-Saint-Florent.

Accès libre et gratuit. Renseignements au 02 41 83 83 82

http://pays-de-la-loire.france3.fr/2012/07/11/richard-texier-expose-la-suite-birmane-saumur-40579.html
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Re: "Nouvelle Suite birmane" - Richard Texier, peintre nomade

Message  Admin le Jeu 29 Nov 2012 - 8:52

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Re: "Nouvelle Suite birmane" - Richard Texier, peintre nomade

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