Des dissidents attendent toujours derrière les barreaux

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Des dissidents attendent toujours derrière les barreaux

Message  Admin le Sam 5 Mai 2012 - 15:53



Alors que l’Occident ne cesse de saluer les progrès de la Birmanie sur le chemin de la démocratie, des centaines de détenus politiques attendent toujours de bénéficier de cette embellie, craignant de devenir les victimes oubliées d’un demi-siècle de dictature militaire.
Aye Aung avait été arrêté en 1998 et condamné à 59 ans de prison, réduits plus tard à 29, notamment pour avoir imprimé et distribué des tracts. Mais il n’a pas bénéficié de l’amnistie de janvier, au grand désespoir de ses parents.
« Nous espérions réellement sa libération », explique son père Thaung Sein à son domicile de Rangoon, où une photo du jeune homme jouant de la guitare est accrochée au mur.
« Ca nous a vraiment fait mal. Sa mère s’est presque évanouie lorqu’elle a entendu ça », ajoute l’homme de 60 ans.
« Mon fils a dit qu’il n’avait aucune idée de pourquoi il n’était pas encore libéré ».
« Je me suis sentie si triste », lâche de son côté sa mère San Myint, les larmes aux yeux.
Amnesty International considère Aye Aung, 36 ans, comme un « prisonnier de conscience » enfermé notamment pour l’organisation de manifestations étudiantes. Et l’ONG Burma Campaign UK affirme qu’après son arrestation, le jeune homme a subi quatre mois d’interrogatoires et a été « brutalement torturé ».
Ses parents lui ont rendu visite pour la dernière fois en mars dans sa prison de Kalay, dans le Nord-Ouest du pays.
« Il a des hémorroïdes et des problèmes d’estomac. Nous avons dû lui acheter des médicaments. Comme il est dans une zone impaludée, parfois il tombe malade », raconte Thaung Sein.
Les autorités ont libéré quelque 200 prisonniers politiques en octobre 2011 et plus de 300 autres en janvier. Mais les estimations de ceux qui restent encore derrière les barreaux varient.
Selon l’Association pour l’assistance aux prisonniers politiques, basée en Thaïlande, le pays en compte encore plus de 900. La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la leader de l’opposition Aung San Suu Kyi les estime à environ 330.
Le Groupe des étudiants de la génération 88, mouvement pro-démocratie dont les leaders avaient mené la révolte de 1988 réprimée dans le sang, avance quant à lui le nombre de plus de 600.
Même ceux accusés de relations avec des groupes rebelles armés devraient être élargis parce que leurs actes étaient politiques, estime Thet Zaw, un des dirigeants du groupe libérés en janvier.
« Nous allons demander leur libération aussi vite que possible, pour la réconciliation nationale ».
Le gouvernement civil mais contrôlé par d’anciens militaires a multiplié les réformes depuis la dissolution de la junte en mars 2011, encourageant le retour au coeur du jeu politique légal de Suu Kyi, élue députée pour la première fois lors des partielles d’avril.
En récompense, les Etats-Unis ont allégé certaines restrictions et promis la nomination d’un ambassadeur, mais ont exclu pour l’heure de lever leurs principales sanctions.
L’Union européenne est allée plus loin en suspendant pour un an ses sanctions, à l’exception de l’embargo sur les armes. Et continue de réclamer l’élargissement de tous les prisonniers politiques.
La diplomate en chef de l’UE a ainsi indiqué, après une visite cette semaine en Birmanie, avoir abordé la question avec le président Thein Sein.
« Il a dit qu’il continuerait à examiner qui devrait être libéré et à quel rythme », a-t-elle précisé dans un communiqué.
Les parents de Aye Aung, eux, continuent d’espérer.
« Le gouvernement a parlé de chemin vers la démocratie. Mon fils s’est aussi battu pour la démocratie. Ils ont donc maintenant la même position. Et s’ils veulent vraiment appliquer la démocratie, ils doivent le libérer », insiste sa mère.

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Les ex-détenus de Génération 88 face à leur avenir politique

Message  Admin le Sam 8 Sep 2012 - 6:11



Ils ont fait l’Histoire de la Birmanie il y a près de 25 ans, en lançant le plus grand mouvement d’opposition à la junte. Désormais, les leaders étudiants de Génération 88 doivent choisir entre poursuivre la lutte au sein de la société civile, ou entrer en politique.
Libérés en janvier à la faveur des réformes entreprises par le président Thein Sein, le chef du mouvement Min Ko Naing et son numéro deux Ko Ko Gyi ont repris le combat.
« Je veux changer la société », explique Ko Ko Gyi, 50 ans, dans les locaux du mouvement, une petite bâtisse déglinguée du centre de Rangoun où défilent moines, civils à la recherche d’un conseil et diplomates étrangers.
« Nous réfléchissons activement à ce que nous devons faire à l’avenir. Certains responsables sont très impliqués en politique, certains sont restés dans le travail social », explique-t-il.
« Nous sommes déterminés à continuer d’assumer nos responsabilités ».
Reste à savoir sous quelle forme.
En 1988, les leaders étudiants ont fédéré un mouvement contre la vie chère qui a soulevé les universités, puis la ville de Rangoon et l’ensemble du pays. Quelques mois et une féroce répression plus tard, les manifestations étaient matées dans le sang, faisant 3 000 morts.
Mais les bases de la lutte étaient posées. Outre Génération 88, le pays découvrait la fille du général Aung San, héros de l’indépendance, une certaine Aung San Suu Kyi qui, de retour de Londres pour un voyage au départ familial, fondait la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

« Impact énorme »


Deux décennies de détention plus tard, toutes ces grandes figures sont encore là.
Le contexte n’a pourtant plus rien à voir. La junte a cédé le pouvoir en mars 2011, au terme d’une transition sans violence, à un régime dit « civil » dont les réformes ont convaincu la communauté internationale et une grande partie de l’opposition.
Des centaines de dissidents ont été libérés. Et la lauréate du prix Nobel de la paix a été élue députée lors des partielles d’avril, à la tête d’une LND devenue premier parti de l’opposition.
Toute la scène politique birmane regarde désormais 2015, les prochaines législatives, comme le prochain grand rendez-vous, le premier peut-être réellement démocratique depuis des décennies.
Génération 88 entrera-t-elle dans la bataille, acceptant ainsi de facto les règles du jeu fixées par le nouveau régime?
« Nous n’avons pas décidé », assure Ko Ko Gyi. « Quoique l’on décide, cela aura un impact énorme ».
Dans les milieux de l’opposition, le débat est vif. Certains estiment que le mouvement peut rester actif et populaire notamment dans les luttes sociales et les conflits fonciers.
D’autres jugent inévitable l’entrée en politique, jugeant impensable de se passer de Min Ko Naing, accueilli par une foule en liesse à sa sortie de prison, sans doute le militant le plus populaire du pays après Suu Kyi.
« Génération 88 va devenir un parti politique », affirme ainsi Zaw Thet Htwe, ex-journaliste libéré en janvier. La seule question est selon lui de savoir s’il va créer un nouveau parti, ou intégrer la LND.
« Cela dépend des discussions entre eux », précise-t-il, laissant entendre que des divergences devront être aplanies.
Ko Ko Gyi, lui, refuse d’entrer dans ces considérations. Les gens ont « tellement d’imagination », ironise-t-il.
« Il n’y a que deux façons d’entrer en politique: rejoindre les partis existants ou en créer un nouveau ».
« Nous devons en savoir plus sur comment la LND va procéder » dans les arcanes du parlement, insiste-t-il.
« Aung San Suu Kyi n’est pas une députée comme les autres. Elle parle plus fort que quiconque », mais la Ligue ne dispose que de 43 députés sur les 440 de la chambre basse.
Et il lui faudra présenter un millier de candidats en 2015.
Les leaders d’hier doivent assurer la pérennité d’organisations fondées dans le sang et les larmes. Mais les choix sont compliqués.
« C’est une période confuse. Nous devons prendre notre temps ».
Illustration : DR

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