Singapour - Le scandale des travailleuses domestiques

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Singapour - Le scandale des travailleuses domestiques

Message  Admin le Mar 26 Juin 2012 - 5:22

Singapour, une des nations les plus modernes de la planète, est aussi réputée pour son retard sur la législation sociale. Plus de 200 000 travailleuses domestiques en provenance de pays pauvres d’Asie du Sud, connaissent des conditions de travail déplorables et un manque de considération affligeant au sein de la société singapourienne.



Le « miracle économique » de Singapour, une cité-État qui compte 5 millions d’habitants, n'a pas été accompagné d’avancées sociales concernant les travailleuses domestiques, environ 200 000 dans le pays. Le troisième pays du monde en termes de richesse par habitant, a longtemps refusé de suivre l'exemple de Hong Kong et Taïwan où les employeurs sont obligés d'accorder un jour de repos hebdomadaire aux domestiques. Récemment, le gouvernement singapourien a fait un premier pas en acceptant d'accorder une journée de repos hebdomadaire aux travailleuses étrangères qui seront recrutées après le 13 janvier 2013, ou celles dont le contrat sera renouvelé après cette date.
Des conditions de travail difficiles
Ces travailleuses domestiques qui viennent en majorité des pays pauvres d’Asie comme l’Indonésie, les Philippines et la Birmanie, connaissent des conditions de travail très difficiles. Les 11 défenestrations cette année en témoignent : 9 employées ont perdu la vie depuis le début de l’année, et 75 depuis 2000 alors qu'elles étaient en train de nettoyer les vitres de gratte-ciel ou d’étendre du linge. Les autorités de Singapour prennent l’affaire au sérieux et menacent les familles qui négligent la sécurité et les conditions de travail de leurs employées. Une femme a d’ailleurs été reconnue coupable de négligence après la mort de son aide-ménagère en novembre 2011 et a été condamnée le 3 mai à une amende de 5 000 dollars singapouriens (3 000 euros). Les autorités singapouriennes espèrent ainsi que cette condamnation véhicule un message fort auprès des employeurs de la cité-État.

Un manque de considération « ancrée dans la culture singapourienne »
« Il y a une sensibilisation des Singapouriens aux conditions de travail des domestiques : nombreux sont ceux qui pensent qu’elles ne devraient pas être traitées comme des marchandises », a déclaré Jolovan Wham, directeur exécutif de l'Organisation humanitaire de l'économie des migrants. « Cependant, la discrimination contre les travailleurs domestiques persiste: c’est ancré dans notre culture », ajoute-t-il.

Jolovan Wham s'énerve lorsqu’il entend le terme « bonne », utilisé par NetMaid ou Maids, des services de placement en ligne. « Le terme est humiliant » déclare Jolovan Wham. « Cela renforce leur soumission ». Mais pour de nombreux employeurs à Singapour, l'asservissement est précisément ce qu'ils attendent.

La discrimination contre les travailleuses domestiques
Tamarind - nom de plume d'une femme d'origine chinoise et singapourienne, mère de deux enfants - tient un blog destiné aux « employeurs qui ont souffert de leurs travailleuses domestiques ». C’est devenu un répertoire très visité pour contrôler le comportement des travailleuses. Sur le site, les domestiques sont généralement décrites comme « intrigantes, fourbes, paresseuses et peu hygiéniques ». Tamarind établit des règles: les domestiques doivent se réveiller à 6h30 et attendre 22h30 pour se coucher. Le règlement stipule également qu'elles doivent se laver les cheveux tous les jours et demander la permission avant de quitter la maison. Malgré ce règlement très strict, Tamarind apparaît tout de même comme plus « libérale » par rapport à certains employeurs qui veulent faire travailler les domestiques sans un jour de congé. C'est le cas d'Yvonne, une employeuse qui considère qu'elles sont toutes des « oiseaux de la même volée ».

Pour Tamarind, les domestiques étrangères arrivent trop souvent sans formation adéquate : pas d'expérience en travaux ménagers et un mauvais niveau d'anglais, langue officielle du pays [Singapour est une ancienne colonie britannique, ndlr]. Elle soutient ainsi les maisons singapouriennes qui réclament le meilleur service possible, puisque celles-ci dépensent une grande partie de leur salaire pour payer les domestiques. « Ma femme de chambre indonésienne est musulmane mais elle est une formidable domestique », déclare Tamarind, « elle s'entend très bien avec toute ma famille ».
Certains internautes réagissent sur son blog et commentent « je trouve qu'il y a une dégradation dans l'attitude des femmes de chambre ces dernières années : c'est pire que les années précédentes ».

« Les singapouriens ont davantage besoin des services des domestiques que les autres pays »
Dans les métropoles asiatiques, il est courant que les maisons riches embauchent une domestique. Selon Tamarind, les parents singapouriens ont davantage besoin de femmes de chambre qu'ailleurs. La raison : les hommes ici ne sont pas disposés, ou trop occupés, pour aider à la garde des enfants ou participer aux tâches ménagères. Tamarind met aussi cela sur le compte de la difficulté des plats à préparer à Singapour en comparaison à la cuisine européenne, et à leur exigence en matière de propreté : « Nous préférons nettoyer les sols tous les jours » dit-elle, « parce que nous laissons nos bébés ramper par terre ».

Selon le ministère singapourien de la Main-d'œuvre, le taux de participation des femmes à la vie active est de 51% à Singapour, un pourcentage comparable aux chiffres des États-Unis et du Royaume-Uni.

Une prise de conscience
Lors de la dernière « journée des travailleurs domestiques étrangers », Tan-Jin Chuan, le ministre d'État pour le développement national et de la main-d'œuvre, a appelé les Singapouriens à montrer plus de gratitude envers leurs travailleuses domestiques.
« En tant que parents, nous donnons l'exemple à nos enfants. La façon dont nous traitons nos domestiques étrangères sera intériorisée par nos enfants et reproduite plus tard. » « Cela renvoie une mauvaise image de nous, si nous ne respectons pas ces valeurs ».

En réponse au discours du ministre, Tamarind a affiché à son site web: « Pourquoi devrions-nous être reconnaissants envers elles ? En fait, ce sont les domestiques qui devraient être reconnaissantes de nous! ... Votre message est très insultant pour toutes les mères qui travaillent à temps plein à Singapour ».

Global Post/ Adaptation Louise Michel D. - JOL Press

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