Birmanie, L’exutoire du jeu pour oublier la misère

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Birmanie, L’exutoire du jeu pour oublier la misère

Message  thanaka le Mar 29 Sep 2009 - 8:28

A Rangoon, capitale d'un des pays les plus fermés au monde, les paris vont bon train. Bien qu'interdits, les jeux de hasard fascinent les plus pauvres, qui n'hésitent pas à jouer leur maigre salaire, constate The Independent.

Midi approche. Le Sky Café, dans le quartier miteux de Daubon, à Rangoon, commence à se remplir. Jeunes femmes portant leur bébé, hommes sortant de l'atelier de réparation de vélos de l'autre côté de la rue, vieilles femmes fumant le cheroot, un cigare à bouts coupés, tous prennent place sur de petites chaises en plastique. A 11 h 55, la cabane en bois est bondée et un serveur branche le générateur avant d'allumer le grand téléviseur installé dans un coin. Dans une atmosphère électrique, la foule attend l'indice de la Bourse de Bangkok à la clôture de la mi-journée. Pourtant, ici, personne n'a jamais détenu d'actions. Journaliers, marchands ambulants, petits fonctionnaires, ils gagnent l'équivalent de 2,10 euros par jour. Ce ne sont pas les performances du marché qui les intéressent mais les deux derniers chiffres de l'indice boursier sur lesquels ils ont parié au moins la moitié de leur paie quotidienne.

Le jeu est une épidémie qui se propage de manière incontrôlée dans la population pauvre du Myanmar. Ici, aucune liberté politique, pas davantage de perspectives économiques, pas grand-chose à espérer : dans les quartiers surpeuplés de la capitale, dans les bourgs décrépits et les villages pauvres des campagnes, chacun tente sa chance pour échapper à une existence misérable. Comme Kyaw Kyaw, 35 ans, qui travaille dans l'affaire familiale de réparation de moteurs et de générateurs installée au rez-de-chaussée de la maison. Il attend toujours avec impatience le moment de parier. "Deux fois par jour, je suis plein d'espoir." Il joue au loto "des deux chiffres" le midi et le soir, en donnant à chaque fois 70 centimes d'euro aux vendeuses qui collectent les paris au porte-à-porte. Elles prélèveront une commission de 10 % sur les mises avant de les remettre à de plus gros bookmakers. Kyaw Kyaw a 1 chance sur 99 de gagner et, dans ce cas, il recevra 80 fois sa mise. Comme tous les petits parieurs du Myanmar, il perd quasiment tous les jours. Mais il ne se souvient que des gains. "Quand la chance me sourit, je sors acheter plein de choses à manger puis je fais la cuisine pour ma famille et mes amis", raconte-t-il.

Même si le loto ne répond qu'au hasard, les parieurs passent des heures sur le formulaire de jeu. Le grand-père de Kayw Kyaw, âgé de 81 ans, les pieds croisés sur son lit en bois, étudie consciencieusement les relevés des chiffres gagnants de ces derniers mois. Il y cherche des tendances, des séries et s'il pense avoir trouvé la bonne combinaison, il joue une plus grosse somme que d'habitude. D'autres consultent des moines bouddhistes, des astrologues ou leurs propres rêves.

Au Sky Café, l'indice boursier s'affiche à la télévision thaïlandaise, captée grâce à un satellite installé illégalement sur le toit. Une seule personne a poussé un cri au fond de la salle, tous les autres ont perdu. On exprime discrètement sa déception par quelques murmures.

La fièvre du jeu se paie au prix fort. Alors que les généraux au pouvoir s'enrichissent en vendant le gaz, le bois et les rubis du pays à l'étranger, leur mauvaise gestion de l'économie prive les plus défavorisés de presque tout, sauf peut-être d'une hutte en bambou surmontée d'une bâche. Il n'existe aucun système de protection sociale, rien pour empêcher une famille de sombrer quand les pertes de jeu s'accumulent. "Quand il ne leur reste plus rien, les gens doivent céder leur maison, retirer leurs enfants de l'école et les faire travailler. Souvent, ils tombent dans la mendicité", déplore un travailleur social qui gère des associations d'entraide aux femmes pauvres des bidonvilles. "La semaine dernière, j'ai vu une mendiante avec son enfant dans les bras. L'ami qui m'accompagnait m'a dit qu'elle avait possédé une maison, une vraie, mais qu'elle avait tout perdu au loto. Maintenant, elle mendie. Certains dorment dans le marché." Et tandis que les pauvres perdent de l'argent, les bookmakers s'en mettent plein les poches. Même s'il s'agit d'une activité interdite et que quiconque pris en flagrant délit de pari ou de collecte de mises est passible d'une peine de prison allant de trois mois à deux ans, la plupart des policiers se laissent soudoyer - et comptent bien toucher leur part du gâteau si un habitant du quartier touche le gros lot.

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