Birmanie - L’Etat Shan empoisonné par l’opium

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Birmanie - L’Etat Shan empoisonné par l’opium

Message  thanaka le Ven 5 Fév 2010 - 8:05

Après un déclin de plusieurs années, la production de drogue connaît un nouvel essor. L’armée, à la recherche de sources de financement, incite les communautés locales à reprendre la culture massive du pavot.


La culture du pavot au Myanmar connaît un re gain dangereux dans les zones contrôlées par l’armée, peut-on lire dans “Poisoned Hills”, un rapport qui vient de pa raître. Nettement plus inquiétant : la toxicomanie atteint des proportions alarmantes dans les régions productrices, tandis que la culture du pavot est en passe de supplanter la culture traditionnelle du thé dans certaines parties du nord du pays. La superficie des terres consacrées à l’opium dans l’Etat Shan a ainsi été multipliée par cinq ces trois dernières années, et ce sont désormais plus de 4 500 hectares qui sont dévolus à cette culture, affirme le document publié par la PWO (Palaung Women’s Organization), une associa tion de défense des droits de l’homme installée en Thaïlande. L’étude s’est intéressée à deux zones dans l’Etat Shan, Namkham et Mantong, deux territoires proches de la frontière chinoise, peuplés en majorité par l’ethnie Palaung et placés sous le contrôle étroit de l’armée birmane.

“Poisoned Hills” est le fruit de deux ans d’enquête ayant permis de dresser un état des lieux des terres cultivées et d’entreprendre une série d’entretiens avec les villageois. Ses conclu sions viennent confirmer celles de l’UNODC, l’organisme des Na tions unies chargé de la lutte antidrogue, selon lequel le Myanmar consolide actuellement sa place de deuxième producteur mondial d’opium [derrière l’Afghanistan]. “Le célèbre Triangle d’or fait un retour en force”, explique Luway Daug Jar, coordinatrice des recherches. “Et ce sont les villageois ordinaires qui en paient le prix.” L’Etat Shan est une région pluriethnique où les groupes d’origine chinoise, dont plusieurs armées rebelles, sont majoritaires. Il est encadré au nord par la Chine, à l’est par le Laos et au sud par la Thaïlande, ce qui en fait le centre du Triangle d’or. La PWO accuse les autorités birmanes, les militaires et les milices progouvernementales d’encourager l’essor de la culture du pavot afin de pouvoir extorquer de l’argent aux paysans. Cet argent permettrait de financer la présence militaire et de préparer au mieux les élections prévues pour cette année. Le gouvernement exerce un strict contrôle sur le prix du thé, le maintenant délibérément au plus bas. “Les paysans sont donc contraints d’abandonner le thé pour l’opium”, relève Luway Daug Jar.

Des villageois de plus en plus accros

“Pour empêcher les soldats de toucher à leurs récoltes, les Palaungs qui font pousser du pavot doivent s’acquitter de sommes faramineuses auprès des autorités locales”, rapporte Lway Nway Hnoung, l’une des enquêtrices. “Aujourd’hui, les militaires sont partout. L’armée contrôle tous les secteurs de l’économie locale.”

Au cours de la seule saison du pa vot 2007-2008, les 28 villages de la région ont dû débourser plus de 37 millions de kyats [27 000 euros] en pots-de-vin. “Les villageois doivent soudoyer les soldats pour qu’ils les laissent tranquilles, ainsi que leurs récoltes, poursuit Lway Nway Hnoung. Certaines familles ont déboursé jusqu’à 200 000 kyats [150 euros] en une année.” “C’est un cercle vicieux”, déplore Kuensai Jaiyen, rédacteur en chef de Shan Herald Agency for News et spécialiste de la production de drogue dans le nord du Myanmar . “Plus il y a de soldats dans l’Etat Shan, plus l’armée birmane impose sa loi et plus la culture de l’opium se développe.” Ce nouvel essor survient après une baisse spectaculaire de la production d’héroïne [au milieu des années 1990 sous l’effet de multiples pressions internationales]. Deux groupes ethniques, les Kokangs et les Was, avaient ainsi mis un terme à leur production en 2002 et 2005, à la suite d’une répression chinoise contre le trafic d’héroïne. Pékin s’inquiétait alors d’une propagation galopante de la toxicomanie et du sida dans les provinces méridionales bordant le Myanmar. Mais, d’après l’association palaung, l’UNODC et d’autres sources, la culture du pavot, loin de cesser, s’est simplement déplacée dans l’Etat Shan. “Elle a fait son apparition dans des régions jusque-là épargnées”, affirme Kuensai Jaiyen. Elle prospère dans le nord et le sud de l’Etat Shan, se répand dans l’Etat Kachin et, plus à l’ouest, dans les Etats Arakan et Chin, à en croire le rédacteur en chef.

Les révélations les plus inquiétantes concernent la hausse de la toxicomanie dans les régions qui se sont tournées vers la culture de l’opium. Dans les villages du Mantong, chez les plus de 15 ans, plus de trois hommes sur quatre sont accros à l’opium ou à l’héroïne. On estime que 85 % des hommes de cette zone sont toxicomanes, un chiffre qui a pratiquement doublé au cours des trois dernières années. Curieusement, très peu de femmes sont dépendantes, explique Lway Nway Hnoung. A Namkham, si la toxicomanie concerne moins de la moitié des hommes, elle a néanmoins pratiquement quadruplé en trois ans. “Tant que la junte restera au pouvoir, la drogue continuera d’empoisonner la population du Myanmar, ainsi que toute la région”, met en garde Lway Nway Hnoung.

source www.courrierinternational.com
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