Birmanie - Elections de 2010, vers un espoir de changement ?

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Birmanie - Elections de 2010, vers un espoir de changement ?

Message  Admin le Mer 17 Fév 2010 - 7:12

Espoir de changement ou nouveau tour de passe-passe de la junte pour légitimer son assise au pouvoir ? Les élections générales multipartites, qui doivent être organisées en Birmanie au début de cette année, divisent la population. Même si 25% des sièges du futur Parlement seront réservés aux militaires, il s'agit du premier vote libre et dit "démocratique" depuis 20 ans. Plusieurs partis d'opposition sont dans les rangs, mais il faudra convaincre la population d'aller voter.

Novembre dernier. Des centaines d’habitants se sont rassemblés pour deux jours de chants, de danses et de prières dans cette bourgade proche de Rangoun. Devant les caméras de la télévision birmane, plusieurs officiers de l’armée s’avancent vers le chef des moines pour lui remettre, en guise de donations, des fleurs, du riz et même des lunettes de vue.

Des scènes comme celles-ci sont maintenant diffusées presque tous les jours sur les chaînes nationales. « Les élections ne sont que pour l’année prochaine, mais on les croirait déjà en campagne électorale ! », me glisse mon traducteur. La date des élections générales, dernière étape d’une « feuille de route vers la démocratie » encouragée par la communauté internationale, n’a pas encore été fixée ; mais le Premier ministre Thein Sein a rappelé, dans un discours à l'Assemblée générale de l'ONU fin septembre, que le scrutin se tiendrait bien au cours de l’année 2010.

A neuf heures de train d’ici, la nouvelle capitale birmane, Naypyidaw, se prépare déjà à l’après-élection. Partout, dans cette ville construite de toutes pièces à 320 km au nord de Rangoun, les tractopelles s’activent : il faut que tout soit près d’ici début 2010. Les journalistes non-invités sont normalement interdits dans la nouvelle capitale ; mon chauffeur me conduit donc discrètement devant d’immenses bâtiments en construction. « Ici, me montre-t-il après m’avoir interdit de prendre des photos, on construit la nouvelle résidence du Président, juste à côté des bureaux du régime militaire. Là-bas, c’est le futur Congrès. On est en train de construire une nouvelle ville, en prévision des élections.»

Si les élections ont bien lieu, les deux chambres de ce Congrès monumental accueilleront bientôt 664 élus. Mais d’après la nouvelle constitution birmane mise en application après un référendum critiqué, qui s’est tenu quelques jours après le passage du cyclone Nargis, 25% des sièges sont d’ores et déjà réservés aux militaires.

Ces élections « démocratiques » permettront donc à la junte de conserver le pouvoir. Mais après l’échec des pressions occidentales et des manifestations de 2007, ce scrutin est tout de même, estiment certains Birmans, une opportunité de faire un peu évoluer les choses.

«Les militaires vont garder 166 sièges pour eux, donc il en restera 498 pour d’autres élus, note un journaliste birman de Rangoun. Alors bien sûr, c’est très différent des élections de 1990, qui étaient 100% libres. Peut-être que ces élections sont juste un moyen pour le régime de légitimer ses actions passées ou futures. Mais moi, je le vois comme une chance d’obtenir un semblant d’opposition. »

Pourtant, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), le principal parti d’opposition, hésite toujours à y participer. Il faut dire que la junte n’a jamais accepté sa victoire aux dernières élections, en 1990. Le parti menace donc de boycotter ce nouveau scrutin si plusieurs passages du texte de la Constitution ne sont pas modifiés et si les prisonniers politiques, en particulier leur leader Aung San Suu Kyi, ne sont pas libérés au préalable.

Le Parti Démocrate, un nouveau parti qui compte bien s’engouffrer dans la brèche, s’inquiète de cette participation sous conditions. Si le principal parti d’opposition ne se présentait pas, les élections, déjà controversées, perdraient toute crédibilité. « La LND devrait arrêter de tergiverser et se rendre compte qu’il s’agit d’une chance, martèle Myin Kyai, un membre du comité exécutif, dans son bureau de Rangoun. On n’a plus le temps de réfléchir : si le gouvernement nous propose de participer, il faut y aller. La LND n’a objectivement aucune chance de faire modifier la constitution maintenant. »

On parle politique

La perspective des élections met les rédactions des journaux d’informations générales en ébullition. D’autant plus que la proximité du scrutin a permis aux journalistes d’obtenir un peu plus de liberté de la part du Bureau de la censure.

« Les sujets politiques étaient encore un tabou pour la plupart d’entre nous il y a quelques mois. Mais désormais, on peut aborder ce thème, notamment à travers le prisme des élections », explique le rédacteur en chef d’un hebdomadaire de Rangoun.

Bien sûr, personne n’est dupe : « Il est évident qu’on est encore loin d’obtenir la liberté de la presse, ajoute-t-il. Le gouvernement a juste besoin de nous pour donner l’impression qu’il favorise le pluralisme et qu’il devient plus démocratique. Mais c’est mon rôle de saisir cette opportunité pour informer un maximum de gens sur les élections. Je m’inquiète que les gens des campagnes ne s’y intéressent pas. Ils se disent que ce sont des « conneries » et je trouve cette opinion dangereuse. »


"90% des gens ne sont pas éduqués : ça arrange bien la junte."


En effet, dans les campagnes comme dans les villes, on ne voit pas vraiment l’intérêt d’aller voter. Myat Thet, ouvrier à Mandalay, s’intéresse pourtant bien à la politique : tous les soirs, il a l’oreille vissée à son poste de radio pour capter en ondes courtes les journaux d’informations des médias étrangers.

Mais il n’envisage pas pour autant de participer à ces « fausses élections ». « On n’y comprend rien, lâche-t-il, les gencives rouges de bétel, qu’il mâchonne à longueur de journée. Il n’y a même pas encore de date ! De toute façon, ce scrutin ne va pas nous rendre la démocratie. Regardez le référendum l’année dernière : ils ont eu les résultats qu’ils voulaient. Ils ont voté eux-mêmes ! »

Même son de cloche chez les jeunes, qui abordent parfois le sujet dans ces bruyants cafés du centre de Rangoun, moins surveillés par les services de renseignement. « Ça ne servira à rien d’aller voter, affirme une étudiante de 21 ans. Le résultat est dans les mains du gouvernement. Et puis tout le monde à peur, parce que les militaires vont regarder pour qui on vote. »

Valeurs démocratiques

Un peu plus loin, Soe Mee, 24 ans, semble se sentir davantage concerné par l’issue du scrutin. Bien que diplômé en économie, il survit avec seulement huit dollars par mois, en travaillant comme stagiaire dans un grand hôtel. Un monastère lui offre le gîte et le couvert en échange de menus services.

« Moi j’irai voter et pas pour les militaires. Le problème, c’est qu’ils ont déjà prévu de gagner donc ça va être difficile de les mettre dehors, sourit-il. Si le gouvernement changeait, on aurait tous accès à une meilleure éducation, de meilleurs emplois. Ici, 90% des gens ne sont pas éduqués et cela arrange bien la junte. Si l’enseignement est mauvais, on ne peut pas réfléchir à la politique, on ne peut pas se rebeller non plus. »

Pour compenser ces lacunes et encourager les jeunes à aller voter, une organisation de formation professionnelle de Rangoun a récemment ajouté à son programme des cours d’éducation civique obligatoires. De jeunes professeurs birmans, éduqués à l’étranger, tentent ainsi de transmettre à leurs élèves quelques « valeurs démocratiques ».

« Notre organisation n’a jamais eu de problème avec les autorités, se félicite Khin Sandar, l’une des enseignantes. Nous n’avons pas l’intention de renverser le gouvernement. Notre rôle, c’est d’aider la nation à se reconstruire, d’assurer une transition démocratique par l’éducation, en donnant à ces jeunes des clés pour comprendre la politique, le texte de la constitution, les affaires étrangères. Ces élections sont peut-être la seule façon de s’en sortir ! Elles permettraient au moins de créer des institutions politiques. »

Société meurtrie

Pourtant, ces élections n’ont aucune chance de ramener à elles-seules la stabilité en Birmanie, explique un intellectuel birman préférant garder l’anonymat. Selon lui, le pays doit faire face à des problèmes bien plus profonds, que le scrutin ne règlera pas.

« La plus grande menace pour le gouvernement, avance-t-il, c’est le conflit avec les minorités ethniques : les Was, les Kokangs, les Kachins. Ces groupes ont bien signé un cessez-le-feu avec le gouvernement en 1989, mais ils ont toujours des armes, des munitions. En préparation des élections, le gouvernement essaye aujourd’hui de reprendre le contrôle de ces régions semi-autonomes ; il veut démobiliser les milices ethniques, pourtant fortes de quelque trente mille hommes, pour y organiser tranquillement les élections. »

Après six décennies de guerre civile, ces profondes divisions entre la majorité birmane et les minorités ethniques se sont encore illustrées, en août, par l’écrasement de la milice des Kokangs par l’armée, à la frontière chinoise.

Pour Renaud Egreteau, chercheur à l’université de Hong Kong, la Birmanie ne peut espérer connaître une transition pacifique par les urnes sans d’abord restaurer l’unité. « L’une des erreurs de l’Occident est de concentrer ses efforts sur une transition démocratique censée à elle seule panser les plaies d’une société birmane meurtrie, écrit-t-il dans une tribune libre publiée par le journal Libération. Mais pour changer la Birmanie, la démocratie ne suffira pas. »


Le parti démocrate, un nouveau parti en course ?

Les affiches et les tracts sont déjà imprimés. Les têtes de listes ont décidé de faire leur coming-out, malgré les risques. Il ne manque donc plus que l’annonce par la junte de la loi électorale pour que le parti Démocrate puisse s’enregistrer et donc officiellement exister. Une soixantaine de membres sont à ce jour rassemblés autour du président, U Thu Wai.

Ancien activiste de 77 ans, il a passé plusieurs années en prison pour avoir distribué des tracts antigouvernementaux. Le poste de secrétaire générale revient à Than Than Nu, qui est rentrée en Birmanie après 34 ans passés en Inde. Elle est la fille du tout premier chef de gouvernement pays, renversé lors de son troisième mandat en 1962 par un coup d’État militaire.

« Nous avons bon espoir de nous faire élire, clame Myin Kyai, un des membres du comité exécutif. Le parti Démocrate n’est ni proche du gouvernement de Naypyidaw, ni de la LND. Nous, on est le parti de l’optimisme : nous voulons justement réussir à créer l’unité pour le bien de la Birmanie. Les militaires ne vont pas abandonner leur pouvoir simplement. Mais d’ici huit ans, je suis sûr que le pouvoir sera dans nos mains et plus dans les leurs. » Une dizaine d’autres partis seraient officieusement prêts à se présenter aux élections de cette année.

Manam Tu Ja, l’ancien leader du mouvement indépendantiste kachin (une des minorités ethniques birmanes), a récemment annoncé qu’il envisageait, lui aussi, d’y participer.

source www.gavroche-thailande.com
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Les députés Européens expriment leur inquiétude

Message  thanaka le Mer 17 Fév 2010 - 18:35

Alors que des élections - les premières depuis 1990 - devraient se tenir cette année en Birmanie, les députés européens s'inquiètent des conditions dans lesquelles elles pourraient se dérouler. Elles pourraient servir à légitimer la junte militaire au pouvoir, lui assurant une majorité des sièges au parlement. Dans une résolution, les parlementaires appellent à la libération de l'opposante Aung San Suu Kyi et à la protection des populations civiles dans les conflits qui déchirent le pays.

« La situation ne semble pas s'améliorer ». Voilà, en quelques mots, comment la Finlandaise Eija-Riitta Korhola (Parti populaire européen) a résumé la raison pour laquelle les députés européens se sont à nouveau saisis du problème birman. La junte au pouvoir fait en effet peser un joug de fer sur le pays. « La Birmanie est l'un des pays les plus fragiles au monde en ce qui concerne les droits de l'homme », a rappelé Eija-Riitta Korhola.

Pour le Britannique Charles Tannock (Conservateurs et réformateurs européens), il est du devoir de tout démocrate de s'élever contre de tels abus : « Les généraux peuvent ignorer nos appels, mais en tant que démocrates, nous avons le devoir de dénoncer une telle brutalité, où qu'elle se déroule dans le monde ».

Des élections qui risquent de ne pas être libres

La junte militaire a promis que des élections se dérouleraient en 2010. Pour l'instant, ni la date du scrutin ni même la loi électorale ne sont connues. « Si les élections se tiennent en conformité avec une constitution rédigée par l'armée, elles auront pour seul effet de légitimer cinq décennies de régime militaire et de donner aux militaires 25 % des sièges du parlement », s'est inquiété la Belge Véronique de Keyser (Socialistes et démocrates).

La Française Marie-Christine Vergiat (Gauche unitaire européenne) a rappelé le lourd contexte dans lequel les élections pourraient se tenir, et les problèmes que le pays connaît depuis deux décennies. « Les derniers députés élus démocratiquement l'ont été en 1990. Ils ont tous été arrêtés ou forcés à démissionner. On fait état de plus de 2 000 prisonniers politiques ».

Des députés unanimes

Signe de leur engagement et de leur détermination, les députés européens ont adopté une résolution à l'unanimité. Elle demande la libération d'Aung San Suu Kyi et la levée de l'interdiction de se présenter aux élections qui la touche. Elle rappelle le droit à la liberté de rassemblement et demande que celle-ci soit respectée.

Par ailleurs, la junte militaire lutte contre les indépendantistes de la guérilla karen, une ethnie minoritaire. Les combats ont déjà déplacé plus de 10 000 personnes, notamment 3 000 Karens qui se sont réfugiés en Thaïlande. Ce dernier pays a d'ailleurs rejeté une demande des autorités birmanes demandant leur rapatriement. Les députés européens ont salué cette décision, et ont demandé dans leur résolution de protéger les civils des combats.

Enfin, la résolution invite la Commission européenne à maintenir son aide humanitaire aux réfugiés de la zone frontière entre la Birmanie et la Thaïlande. Ils seraient environ 140 000.

Chronologie
1948 : indépendance de la Birmanie
1962 : prise du pouvoir par les militaires
1990 : la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d'Aung San Suu Kyi, remporte les premières élections depuis 30 ans. Les résultats sont annulés.
2007 : les manifestations antigouvernementales menées par des moines bouddhistes sont réprimées.
2008 : en mai, le cyclone Nargis laisse derrière lui 200 000 morts et disparus.
2010 : des élections sont prévues.

source http://www.europarl.europa.eu/news/public/story_page/030-68977-039-02-07-903-20100212STO68928-2010-08-02-2010/default_fr.htm
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