Deux pipelines vers la Chine renforcent la dictature birmane

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Deux pipelines vers la Chine renforcent la dictature birmane

Message  Admin le Sam 28 Mai 2011 - 11:56

L’essentiel des revenus en hydrocarbures de la dictature militaire va à l’armée.

Les dépenses d’éducation et de santé ne représentent que 6 % du PIB birman.


Entouré de barbelés, dissimulé entre une barrière montagneuse et une rivière, le chantier ressemble à un camp militaire. Le portique d’entrée est gardé par des policiers ainsi que par des ouvriers des compagnies pétrolières publiques de Birmanie et de Chine. Ils ne laissent passer que des camions, chargés de béton destiné à la construction d’un pont qui supportera bientôt deux pipelines.

« La compagnie chinoise a prélevé des échantillons de terre pour étudier le sol avant d’installer les tuyaux », explique un riverain (1) de ce chantier de Patheingyi, près de Mandalay, au centre de la Birmanie. Son champ a été retourné. Sa récolte, détruite.

Parallèles sur plus de 1 100 km, les deux gigantesques pipelines en construction traverseront tout le pays pour, d’ici à deux ans, transporter du pétrole exploité au Moyen-Orient, et du gaz extrait au large des côtes birmanes vers la Chine. Ils permettront à Pékin de s’approvisionner en hydrocarbures par voie terrestre, en évitant le dangereux détroit de Malacca, au large de l’Indonésie, par où transitent les tankers.

QUATRE FOIS PLUS DE BUDGET POUR L’ARMÉE QUE POUR L’ÉDUCATION
« Les exportations d’hydrocarbures constituent la première recette du pouvoir birman : plus de 1,4 milliard d’euros par an, évalue Jockai Khaing, directeur d’ Arakan Oil Watch, une association birmane en exil qui suit la construction de l’oléoduc et du gazoduc. Une fois qu’ils seront opérationnels en 2013, le gouvernement birman encaissera plus de 700 millions d’euros supplémentaires par an. »

Cette année, la dictature a reconnu consacrer moins de 6 % de son budget à l’éducation et à la santé. Mais elle dépense quatre fois plus pour son armée, forte d’un demi-million de soldats. La manne gazière et pétrolière sert donc en priorité au secteur de la défense et finance donc la répression contre l’opposition.

Dans l’État totalitaire birman, tout projet d’infrastructure fait craindre des violations des droits de l’homme. À Kyaukpyu, l’édification des pipelines s’accompagne d’expulsions forcées. Une jeune activiste (1), originaire de cette ville côtière, filme les abus.

« Là, regardez, un, deux, trois bulldozers, explique-t-elle, en commentant ses vidéos. Ils coupent les arbres et rasent les rizières. Ils cassent tout. Il y a de plus en plus de militaires dans la région. Ils m’empêchent de visiter les chantiers. Je dois cacher ma caméra sous mon vêtement de pluie. »

LES REVENUS DU PÉTROLE REVIENNENT AUX ÉLITES
En Birmanie, le travail forcé est une pratique courante. En novembre dernier, la représentation du Bureau international du travail à Rangoun a proposé d’assister le gouvernement birman afin de prévenir tout recours à la main-d’œuvre gratuite sur les chantiers des pipelines. « Nous attendons la réponse des autorités », dit Steve Marshall, officier de liaison pour le BIT à Rangoun. Mais les mois se sont écoulés et les travaux se poursuivent.

Les revenus en hydrocarbures ne bénéficient qu’à une élite grippe-sou. À Nga Shan Taung, un village du centre du pays, les habitants extraient depuis quatre ans du pétrole à faible profondeur. Le sol du bourg est perforé de milliers de puits, surmontés de chevalets branlants.

Équipés de tuyaux de PVC, de cordes et de compresseurs bruyants, ces ouvriers transpirent sang et eau. Ils doivent obligatoirement vendre leur brut à une entreprise proche du gouvernement. « Nous ne pouvons garder que quelques gallons pour notre usage personnel, c’est tout, précise Kyaw Min, qui manœuvre au pied de son installation. Certains ont vendu ailleurs en ville et ils se sont fait attraper. Leurs puits ont été confisqués. »

Ces exploitants indépendants doivent céder leur production à un prix fixé par la société, 40 à 70 % inférieur aux cours du marché. C’est à prendre ou à laisser. Kyaw Min s’en sort. Mais beaucoup d’autres ont préféré quitter Nga Shan Taung. Les champs pétrolifères environnants, plus grands, sont contrôlés par une entreprise indonésienne liée au gouvernement. De grandes pancartes rouges plantées aux abords des derricks préviennent : tout vol de pétrole est puni de dix ans de prison.

(1) Les témoignages ont été recueillis sous le couvert de l’anonymat

REMY FAVRE, à Patheingyi, Nga Shan Taung et Rangoun (Birmanie)


source http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Economie/Deux-pipelines-vers-la-Chine-renforcent-la-dictature-birmane-_NP_-2011-05-26-619103
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