Film Thailandais - Eternity de Sivaroj Kongsakul

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Film Thailandais - Eternity de Sivaroj Kongsakul

Message  thanaka le Mar 12 Avr 2011 - 16:11

Grand prix au Festival du film asiatique de Deauville avec Eternity, Sivaroj Kongsakul, qui signe son premier long métrage, s'ajoute à la liste grandissante d'un passionnant jeune cinéma thaïlandais. FilmDeCulte a rencontré le cinéaste qui a répondu à nos questions!




FilmdeCulte: Quel a été votre parcours avant de réaliser votre premier long métrage ?

Sivaroj Kongsakul: J’ai fait des études d’art et j’ai ensuite commencé ma carrière en tant qu’assistant réalisateur sur des clips et des publicités, puis sur des films indépendants. Pendant ce temps, j’ai également réalisé mes propres courts métrages.

FdC: Eternity est produit par Aditya Assara (réalisateur de Wonderful Town). Comment l'avez-vous rencontré, pouvez-vous nous parler de votre collaboration ?

SK: La première fois que j’ai rencontré Aditya, c’était pendant la production du documentaire 3 Friends. J’étais juste un stagiaire à l’époque, et je suis devenu son assistant. Nous travaillons ensemble depuis des années, comme une famille, et j’ai appris beaucoup de choses sur le cinéma à son contact.

FdC: Passé et présent se mêlent de façon quasi invisible dans Eternity. Comment avez-vous travaillé la structure temporelle de votre film ?

SK: Dans Eternity, différentes périodes et époques sont mélangées. C’est un mélange de souvenirs lies à mon père, d’histoires que ma mère me racontait et qui se sont déroulées avant ma naissance, et c’est aussi sur la mort de mon père, qui est survenue à un moment où j’étais assez grand pour m’en souvenir aujourd’hui. J’ai voulu recréer ces souvenirs sans pour autant les relier clairement à un moment précis.

FdC: Ce qu'il y a de particulier dans ce film, c'est ce mélange entre des scènes de la vie quotidienne (les repas, le ménage) et les histoires extraordinaires qu'on s'y raconte. Pouvez-vous nous en parler ?

SK: La plupart des événements et des dialogues du film viennent directement de souvenirs liés à ma famille. Mes propres souvenirs et ceux de ma mère, qu’elle me racontait comme une histoire. Les détails quotidiens, les gens simples, c’est ce qui m’intéresse. C’est pourquoi j’ai privilégié une approche naturaliste pour mon film.

FdC: Quelles étaient vos inspirations pour Eternity ?

SK: Mon inspiration me vient de vieux films thaïlandais ainsi que de la musique de notre âge d’or, dans les années 70 et 80. Ce sont les films et la musique de mon enfance, mais aussi de la jeunesse de mes parents. Je suis aussi inspiré par la production indépendante asiatique.

FdC: L'année dernière, Apichatpong Weerasethakul a remporté la Palme d'or à Cannes. Quel a été l'impact de ce prix en Thaïlande ?

SK: En Thaïlande, les gens qui font du cinéma sont très heureux pour Apichatpong parce qu’on sait à quel point continuer à faire des films est difficile. Il y a eu des news dans les médias, les gens en ont entendu parler, mais ça n’a pas rendu la situation vraiment plus facile. Cela dit, il y a des jeunes cinéastes motivés pour faire leurs films malgré ces conditions.

FdC: Comment un film comme Eternity est-il vu et distribué en Thaïlande ? Est-il difficile de sortir un film tel que celui-ci ?

SK: En Thaïlande, les films produits hors des studios ont toujours des difficultés à être distribués, tout simplement.

FdC: Quelle a été votre réaction après le grand prix que vous avez remporté à Deauville ?

SK: Je suis heureux. C’est une expérience positive pour un jeune cinéaste comme moi, et ça me met en confiance pour mon prochain projet.

FdC: Savez-vous si Eternity va pouvoir sortir en France ?

SK: Ce serait super que davantage de gens puissent voir Eternity en France et en Europe. Mais je n'ai pas d'information.

FdC: Quels sont vos projets ?

SK: Mon prochain film s’intitule Arunkarn. C’est l’histoire de deux soldats thaïlandais et de leur lutte entre l’image de force qu’ils dégagent et leur sentimentalité intérieure. Le film sera divisé en deux parties.


source http://www.filmdeculte.com/people/entretien/Entretien-avec-Sivaroj-Kongsakul-12337.html
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Eternity, un film de Sivaroj Kongsakul (Thailande)

Message  Admin le Mar 5 Juil 2011 - 10:09

www.sancho-asia.com


Cela fait un certain nombre d’années déjà que Sancho traîne ses mots sur la toile, presque autant que nous nous rendons au Festival du film asiatique de Deauville, et force est de constater que, pour cette manifestation comme pour d’autres, nos ressentis sont rarement en phase avec ceux des jurys chargés de désigner quelques lauréats. Contemplation thaïlandaise dont l’infinie pudeur côtoie de trop près l’inconsistance cinématographique, Eternity, premier long de Sivaroj Kongsakul produit sous la bienveillance d’Aditya Assarat (Wonderful Town), rejoint ainsi True Legend au rayon des incompréhensions de l’édition 2011 fraîchement achevée. Devrais-je pourtant m’en étonner ? A la sortie de la projection, mon compère Kizushii me remémorait notre exaspération à l’issue de la vision d’un certain Blind Pig Who Wants to Fly, raillant la victoire prévisible de la seule œuvre en compétition à nous avoir à ce point effleurés. Il avait vu juste, le bougre.

Eternity s’ouvre sur de longs plans séquences d’un homme traversant autant de paysages à moto, avant de se recueillir, en silence et en larmes, dans une bâtisse abandonnée, et de s’enfoncer dans les eaux d’une étendue proche. Ce prologue insaisissable partage avec le trublion indonésien précité une lacune évidente : en l’absence de note d’intention – ou mieux, d’un dossier de presse indispensable -, bien malin le spectateur qui percevra en cet homme le spectre d’un récent défunt, arpentant ses souvenirs de jeunesse en accord avec une croyance locale. Qu’importe me direz-vous, s’il se dégage de son pèlerinage nostalgie et émotion. Mais les premiers plans, trop longs, donnent à son parcours des allures d’égarement, les allers et retours de sa moto perturbant la quiétude somnolente de notre observation forcée.

Lorsque Kongsakul embraye avec beaucoup de délicatesse, sur l’émoi platonique qui unit Wit (notre revenant) et sa bien aimée Koi, le vrombissement mécanique s’efface au profit d’un chuchotement amoureux, qui va emplir la quasi-totalité du métrage de sa retenue identitaire. Une heure durant, le réalisateur va regarder ses protagonistes s’aimer simplement, à demi-mot, dans une distance idéalisée. Lorsque l’on sait qu’Eternity évoque la naissance de la relation des parents de l’auteur, le temps d’un séjour à la campagne qui résonne lui aussi d’une histoire (celle des souvenirs d’enfance de Wit), on comprend que des moustiquaires les sépare chaque nuit l’un de l’autre ; voiles semi-opaques – ou semi-translucides selon votre tolérance – qui ont tôt fait de se dresser entre le spectateur et l’émotion, n’en laissant filtrer que de désuètes particules. Celles-ci véhiculent certes affection et respect, politesse et délicatesse, mais leur perpétuelle évanescence évoque difficilement la pérennité – et encore moins l’éternité.

Je dois bien avouer qu’il y a un talent évident, dans le fait d’avoir réussi à imprimer un tel effleurement sur pellicule. Mais l’extrême pudeur de la démarche de Sivaroj Kongsakul finit par nous donner l’impression que nous ferions mieux de laisser ces deux êtres tranquilles, que nous n’avons pas à les fixer ainsi, n’en déplaise à leur beauté simple qui, finalement, est aussi simpliste. N’allez pas me faire dire qu’Eternity fait fausse route, car j’aime l’idée qu’un souvenir idéalisé survive à un être, dépouillé de tout parasite extérieur, autant que celle développée par la conclusion du film, qui veut que l’absence en elle-même l’emporte sur la raison de l’absence. C’est au contraire dans sa réussite qu’il échoue à m’intéresser réellement : à se contenter d’une émotion trop proche de son auteur, Eternity est un film qui ne saurait nous appartenir.

source http://www.sancho-asia.com/articles/eternity


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