La vie suit son cours, malgré la guérilla

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La vie suit son cours, malgré la guérilla

Message  Admin le Jeu 19 Avr 2012 - 1:48

Dans l'État de Kachin, au nord de la Birmanie, une guerre civile fait rage. Ce qui n'empêche pas les habitants de Laïza, ville proche de la frontière chinoise, située à quelques kilomètres des affrontements, de jouer au golf et convoler en justes noces.



On a connu des « greens » plus verts que ce petit parcours de 6 trous situé dans l’État de Kachin. Des « fairways » plus propres aussi. Au Laïza Golf Club, les parcours sont jalonnés de bouses de buffles. Personne ne s’en soucie, cependant. Il faut dire que dans cette petite ville du nord de la Birmanie, les gens ont d’autres préoccupations : à tout juste 30 km de là, la guerre civile fait rage entre des factions armées qui luttent pour l’indépendance du Kachin et leurs détracteurs birmans.
Un parcours pour apaiser les esprits
L’idée d’aménager ce petit havre de paix à Laïza est née en 2006, initiée par des guérilleros, épuisés par les affrontements incessants. Le terrain en bordure de rivière, frontière naturelle avec la Chine, semblait alors tout indiqué à l’aménagement d’un parcours de golf.

Les séparatistes chargent le célèbre golfeur indo-birman, Nay Min, de leur apprendre les rudiments de ce sport. L’idée peut en effet surprendre. Pourtant, ici, les combattants en sont convaincus: le golf apaise les esprits fatigués par la guerre. « Le golf est un jeu de gentleman » affirme le colonel Zaw Maran Tawng, secrétaire du club de golf de Laïza et commandant en chef de l'armée pour l’indépendance du Kachin. « En pratiquant le golf, nous apprenons à nous respecter les uns, les autres. Alors que les autres tirent, vous devez garder le silence. »

Le golf, une tradition héritée de la colonisation
Comme de nombreux Birmans, le soldat s’est pris, très jeune, de passion pour cette discipline. Enfant, il pouvait passer des heures à regarder les golfeurs exercer leur swing sur le parcours aménagé par les colons britanniques, dans sa ville natale de Myitkyina, en Birmanie (Myanmar).

Quand, en juin dernier, les hostilités ont repris entre les indépendantistes et les forces du Myanmar, brisant ainsi un cessez-le-feu qui avait duré 17 ans, les militaires ont cependant insisté sur la nécessité de maintenir un accès permanent et public au club de golf de Laïza.

La reprise des combats a naturellement eu des répercussions sur l’affluence du club. Certains généraux de l’État de Kachin avaient pour habitude de s’y rendre quotidiennement; désormais, ils réduisent cette activité à une fois par semaine.

Un regain de spiritualité
Malgré tout, à Laïza, la population continue à vivre selon ses habitudes. « Les combats ont lieu tout près de Laïza, mais les civils sont sûrs que nous sommes en mesure de défendre la ville, alors ils agissent comme si de rien était », explique Karen Naw Awn, major de la faction indépendantiste. C’est justement parce qu’ils sont convaincus que rien ne pourra les atteindre Maran Doi Seng et Labang Mi May, respectivement 27 et 26 ans, ont décidé de se marier dans la petite église baptiste de la ville.

Khawng Lum, l’un des pasteurs qui a officié durant la cérémonie, explique que depuis la reprise des affrontements, il y a un regain de foi. « Les gens sont beaucoup plus spirituels depuis que nous sommes en guerre. Le christianisme est la clé, il nous unit et nous rassemble. C’est crucial pour nous ».

Prier pour la fin des conflits
Il y a 9 mois, l’Église a commencé à organiser des « vigiles de guerre », des veillées religieuses durant lesquelles la population prie pour que le conflit cesse. Tu Lum, 57 ans, s’y rend trois jours par semaine, depuis huit mois. Et il continuera « tant que la guerre se poursuivra ».

Traditionnellement animistes, les Kachins ont été convertis au Christianisme par des missionnaires coloniaux. Le plus apprécié, l’américano-suédois Ola Hanson, a vécu au nord de la Birmanie entre 1890 et 1928. Il a été le premier à leur fournir une traduction de la Bible et des hymnes suédois, qui sont d’ailleurs toujours chantés dans les églises de la région.

Dans son livre, Les Kachins, leurs coutumes, et leurs traditions, publié en 1913, Ola Hanson a prédit aux minorités du Myanmar un bel avenir. « Le futur de la Birmanie dépend du futur de ses tribus. Les birmans du passé ont fait leur temps », écrivait-il alors. L’Histoire en a voulu autrement.

Un rapprochement peu souhaitable
Pour les Kachins, divisés des Birmans par la langue, la religion et des années de suspicion, il y a peu de chances qu’un accord avec le gouvernement central aboutisse. Et, à vrai dire, ce n’est pas souhaitable. « Il y a deux forces qui s’opposent : d’un côté les forces du mal, de l’autre, les forces du bien » estime le pasteur Khawng Lum. « Il faut que nous restions séparés de la majorité birmane et que nous entamions la création d’un autre pays ».

Pourtant, les velléités indépendantistes de la population du Kachin, n’occultent pas les petits plaisirs du quotidien. La preuve : sitôt son office terminé, Khawng Lum, retourne sur le parcours de golf. « Plus jeune, je jouais au foot. Et puis j’ai vu du golf à la télé. J’ai subitement eu envie d’y jouer » explique ce fan du golfeur australien, Greg Norman.

Alors que les joueurs se préparent pour leur dernier « 6 trous », le crépuscule vient obscurcir les collines de la Chine et du Myanmar. Quand la lumière tombera, il faudra mettre fin à la partie, retourner vers la ville et au fardeau d’un long combat pour l’indépendance de Kachin.

http://www.jolpress.com/article/birmanie-etat-du-kachin-malgre-guerre-pour-independance-la-vie-continue-golf-parcours-laiza-green-mariage-religion-595878.html
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